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in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/s4bulletin07inst 



fHE. KOYAL Uiirtuirti^ ii-iûiiiuiL 



'f- 



15 JANVIER, 12 FÉVRIER, 5 MARS. 9 AVRIL. 1 MAI. 5 NOVEMBRE. 3 ET 24 DÉCEMBRE 190G. 



IHE ROYAL CANADIAN r'-^^^-^^-r 
BULLETIN 



DE 



L'INSTITUT ÉGYPTIEN 



QUATRIÈME SÉRIE. — -N^ 7 



SOMMxVIRE 

COMMUNICATIOÎVS : 

M. Aly bey Bahgat. — Deux bronzes du Musée arabe : Une petite lampe à deux becs 

et le plumier du grand philosophe arabe Al-Ghaudi. 
M. le D' B. Apostolidés. — Les Pélasges et les Hellènes; les Pélasges et tes Albanais. 
S. E. Y. Artin pacha. — Les armes de rÉgi/ple aux xv' et ivi' siècles; Nouvelles 

preuves concenuint la signification du meuble cachet dans les armoiries orientales. 
H. J. Barois. — Co7npies de r Institut égyptien, année igo6. 

M. le D"" Bay. — Note sur les phénomènes électriques qui accompagnent le Khamsin. 
M. G. Daressy. — Quel est l'âge du Sphinx ? 
H. G. Legrain. — Introduction à l'étude de la sculpture égyptienne; débuts de l'art 

thébain. 
M. le D' Lortet. — Syphilis et spirochœtes. 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES ASSISTANTS AYANT PRIS LA PAROLE 



S.E. Abbate pacha (D'). 
S.E. Aetin pacha (Y.). 

MM. ADAMlDl(rV). 

Aly bey Bahgat. 
Apostolidks (1)'). 
Barois (J.). 
BaV (D'). 
Daress.y (G.). 
Eli.iot Smith- (Pi-of.). 



S.E. Fakhry pacha (H.). 
MM. FOLQLET (D'). 
KoLRTAU (R.). 

Gavillot (A.). 

(iIORGIADIS (N.). 

Innés bey (D' ). 
Legrain (G.). 
hoT BKV (J.-B.). 



LE CAIRE 

IMPRIMEIUE DE L'INSTITUT FRANÇAIS D'ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

1907 

(L'iDsiitut D'assuine aucune respsabUiie des oploions eoilses par les auieurs) 



INSTITUT EGYPTIEN 



PROCKS-VERBAUX ET COMMUNICATIONS 




BULLETIN 



DE 



L'INSTITUT ÉGYPTIEN 



\ii 






QUATRIÈME SÉRIE. — W 7 



ANNEE 1906 




LE CAIRE 

IMPRIMEUIE DE LINSTITLT FRANÇAIS 

D'ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 



1907 

(L'iflsiliui n'assume aucune responsablllié des opinions émises par les auteurs) 






Y\0 ~1 ■ 



BULLETIN DE L'INSTITUT ÉGYPTIEN. 



SEANCE DU 15 JANVIER 1900. 



Présidence de S. E. Hussein Fakhrv pacha, président. 



La séance est ouverte à 3 heures et quart. 

Sont présents : 

LL. EE. Hussein Fakiiry pacha, président, 
LE D'" Ahrate pacha, vice-pri'sident ; 
MM. Barois, trésorior-bibliulliécaire , 
Gavillot, secrétaire général, 
LE D' W. Innés bey, secrétaire adjoint, 

Ahmed bey Kamai, Aly hev Bahgat. le docteur Hay, le docteur Elliot 
Smith, R. Fourtau, Herz bey, S. E. le docteur Issa pacha Hamdy, 
Monseigneur Kyrillos Macaire, MM. de Mohl. V. Mosseri, D. H. Parodi 
et J.-B. Piot bey, membres de rinslihil. 

Se sont fait excuser : MM. Bonola bey, par S. E. le docteur Abbate 
pacha et Brugsch bev. par M. Ahmed bey Kamal. 

Assistent à la séance : MM. 0. .lean Doss. les Hl>. Pl\ Bovier-Lapierre 
et Dorveaux et M. L. Bivanera. 

Le procès-verbal de la séance du al) décembre 1900 est lu et adopté 
sans observations. 

M. fiwiLLor donne connaissance de la Ictlre par laquelle M. A. Lucas 
remercie les membres de l'Institut de son élection au titre de membre 
correspondant. 

Bulletin de l'Institut égyptien, i 



BULLETIN DE L'INSTITUT ÉGYPTIEN. 



Le Secrétaire général signale les ouvrages reçus, depuis la dernière 
séance, pour la Bil)liolhèque, en dehors de ceux provenant du service habi- 
tuel des échanges, savoir : 

Recueil inlernalwnal des Traités du xx' siècle, don du .Ministère des 
Affaires étrangères; 

Du Service des antiquités : Annales, vol. VI, fasc. i et ii; 

BiOT, Sur un calendrier trouvé à Tlièbes, etc., achat; 

Du Comité de conservation des monuments de l'art arabe. Exercice 

De l'Institut français d'archéologie orientale : Recueil de travaux, 
vol. XXVII, liv. 3 et A; 

Du Capitaine Lvons : On the Nil jlood and its variations the Rains of tite 
IS'il hasin in icjoù; 

Et du Ministère des Travaux publics : Rapport pour 1 (joâ. 

A noter, aussi, un fort envoi d'Amérique formé surtout des publications 
de la Carnegie Institution of \] asinngton , arrivé il y a deux jours et non 
encore catalogué. 

Au 1 9 de ce mois le dernier numéro de la Bibliothèque était ajô^Q. 

M. Fourtau, au nom de S. E. Boghos pacha Nubar. présente un lot 
important d'ouvrages publiés par M. Cossmann, membre honoraire, dont 
Son Excellence fait don à la Bibliothèque de llnstilut, savoir : 

Observations sur quelques coquilles crétaciques recueillies en France (^Congrès 
deMontauban, 19012); 

Observations sur quelques coquilles crétaciques recueillies en France (Congrès 
d'Angers, 1 9o3); 

Note sur rinfralias de la Vendée et des Deux-Sèvres (extrait du Bulletin de 
la Société géologique de France, 1908); 

Faune pliocénique de Karikal (Inde Française), 1 908 ; 

Essais de paléoconchologie comparée, B*" livraison (décembre 1908). 
6* livraison (juillet 190/i); 

Mollusques éocéniques de la Loire-Inférieure, t. III. fasc. 1 et 11 (^extrait du 
Bulletin de la Société des sciences naturelles de l ouest de la France); 

Sur un gisement de fossiles ballioniens, près de Gourmes (^A. M.), 1 90 5: 

Revue critique de paléozoologie {^Aireciion de Maurice Cossmann), 7* année 



PROCÈS-VERBAL DU 15 JANVIER. 



n"' 1, 9, 3 et 4 (janvier, avril, juillet et octobre i go.j). et 9' année, n"' 1, 
2,3 et A (janvier, avril, juillet et octobre 1905); 

Auteurs: M. Cossmann et G. Pissaro. 

Iconographie complète dess coquilles fossiles de l'éocène des environs de Pans, 
fasc. I, pi. I à \V1. — 3 1 décembre 1 90 A ; 

Et Faune éocénique du Cotentin (Mollusques), t. II, fasc. i. 11. m 
(1908, 190/1, i9o5j. Extraits du Bulletin de la Société géologique de Nor- 
mandie. 

M. LE Président adresse les remerciements de l'Institut au généreux 
donateur. 

Abordant Tordre du jour, la parole est donnée au seul orateur inscrit 
pour faire sa communication sur Les Pélasges, les Hellènes et les Albanais 
dans leurs rapports ethnologiques et linguistiques. 

M. le docteur B. Apostoliuès s'occupe d'abord des Pélasges et de 
leurs rapports avec les anciens Grecs. 

Contrairement aux idées émises par M. le docteur Adamidi et publiées 
dans notre Bulletin (fasc. n" 3 de 1 906), le doctem- Apostolidès soutient que 
les Pélasges n'étaient ni les parents ni les instituteurs des Grecs, (tétait un 
peuple barbare, non liellène, qui doit avoir dominé pendant quatre siècles 
de suite en Grèce, de la fin de l'Empire mycénien jusqu'au retour des 
Héraclides en Péloponèse, tandis que les Hellènes historiques se présentent 
comme un mélange de Grœcoi de Dodone (les([uels n'étaient nullement 
Pélasges) avec les Hellos ou Sellos, les habitants pré-pélasgi([ues de la 
Tbessalie. Aussi, conservèrent-ils jusfpj'à nos jours la double appellation : 
Ypaxol et fcXXïjros qui leur vient de leurs parents. 

Il n'y a pas de doute que durant leur séjour en Grèce, les Pélasges 
laissèrent passer un certain nombre d'éléments ethniques et glossologiques 
aux Grecs. Mais cela ne veut pas dire que les Grecs tenaient leur origine 
des Pélasges. pas plus ([ue leur langue était un dérivé du Pélasge. Les 
mélanges de ce genre sont communs à tous les peuples et à toutes les 
langues et n'ont nullement l'importance que le docteur Adamidi leur 
accorde dans cette occasion. 

D'ailleurs les mois (pii, du Pélasge passèrent au Grec, se comptent sur 
les doigts et dans toute l'histoire on trouvera dilhcilement un Grec (jui se 



BULLETIN DE L'INSTITUT ÉGYPTIEN. 



dise fils ou petit-fils d'un Pélasge, et qui n'ait pas traité ce peuple de 
barbare. 

Les deux peuples différaient, ensuite, par leurs religions. Les Pélasges 
étaient pliysiolâtres , les Grecs anthropolâtres. Mais, tandis que ceux-ci 
restèrent jusqu'au dernier moment fidèles à la foi de leurs pères, les Pé- 
iasges, en se mélangeant avec les Hellènes, finirent par devenir, eux aussi, 
anthropolâtres. Le seul rite qui, d'après Hérodote, eut passé des Pélasges 
aux Grecs, fut le pliallisme. Mais les recherches modernes ont démontré 
que l'habitude de représenter le soleil sous la forme d'un jeune homme 
pluillophore est excessivement ancienne. Elle remonterait jusqu'à l'époque 
héolilhique. Il est, par conséquent, plus que probable que celte habitude 
existait bien avant l'arrivée des Pélasges en Grèce. 

Il en est de même des constructions de la Grèce préhelléni([ue. Elles 
étaient l'ieuvre de Cyclopes et des autres artistes que les Persides avaient 
fait venir exprès d'Asie Mineure, non des Pélasges. Et le fameux mur 
pélasgique de l'acropole d'Athènes a dû dernièrement reprendre son vrai 
nom, celui de mur pélargique, qui lui enlève tout rapport avec les Pélasges. 

Ainsi, l'histoire, l'archéologie, la mythologie et la linguistique tendent 
à démontrer que les Pélasges n'étaient ni les parents, ni les instituteurs des 
anciens Grecs ^^\ 

M. le docteur G. Adamidi, avec l'autorisation préalable de M. le Prési- 
dent, présente les observations suivantes : 

«J'aurais beaucoup à dire pour relever les erreurs contenues dans la 
communication de mon honorable confrère, M. le docteur Apostolidès, et 
sur les critiques qu'il a formulées au sujet de mes études sur les Pélasges 
et les Albanais, mais je me propose d'exposer mes objections dans un 
travail que j'aurai l'honneur de présenter prochainement à votre honorable 
Société. Je liens cependant aujourd'hui à répondre aux assertions suivantes 
qui louchent au fond de la question. 

r 1° Les Pélasges ne furent qu'une petite race barbare absorbée par les 
Hellènes. 

<'^ Celte première partie do la communicaii m du tiocleui- Apostolidès est publiée 
in eoctcnso avec la secoiulo j)ailie, comme aimexos (hi procès-verbal de la séance du 
12 février igo6. 



PROCÈS-VERBAL DU 15 JANVIER. 



«Je répondrai en me servant du tf'moignage d'Aristote, que les Hellè- 
nes n'étaient eux-mêmes qu'une lrll)u habitant l'Epire sous la dénomi- 
nation de Greci ou Delli ou llelli (d'où Hellènes) et que ces Hellènes 
s'étaient groupés autour du sanctuaire de Zeus Adoni, oracle par excellence 
de la race pélasgique. Cette région est appelée par Thucydide Ellopia, ce 
qui veut dire en albanais «Pays des vaches :i, mot que les Grecs ont traduit 
par Euboia «Pays des bons bœufs «. Les Grecs eux-mêmes s'appelaient 
Lopessi «gardiens des vaches d'Héraclès '5, et les vaches étaient nommées 
Laniii, ce ([ui en albanais signifie «les grises??. 

«Après la guerre de Troie, les Helli et les Thessaliens, descendant vers 
la Grèce appelée alors Pelasgia, donnèrent à ce pays le nom d'Hellas. 
Jusqu'à ce moment la Pelasgia était habitée par des races diverses, et si 
nous analysons les divers auteurs, nous voyons qu'ils mentionnent tour à 
tour ces peuples en leur octroyant l'adjectif «pélasgi(}ues-% et le Père de 
l'histoire lui-même nous dit : «Tout ce qui est aujourd'hui helléni([ue fut 
«auparavant pélasgiquew. Les Athéniens eux-mêmes étaient des Pélasges. 
Bien entendu, dès que les Hellènes eurent imposé leur iiit'rarchie reli- 
gieuse ils considérèrent tout ce qui est pélasgien comme des peuples non 
civilisés et non helléniques, lisez «Athéniens-, oubliant eux-mêmes qu'ils 
étaient Pélasges, ils traitèrent ces derniers de barbares, les dédaignant 
comme provinciaux et agraires. 

«Il n'y a donc pas eu d'absorption de Pélasges, puisipie du temps de 
Strabon le« Epiroles macédoniens et les Illyriens conservèrent tous les 
mêmes mœurs, les mêmes costumes et la même langue sans subir la civi- 
lisation des Hellènes. 

«9" 11 est donc démontré (|ue les trois provinces, foyer des Pélasges, 
n'ont pas changé et que le langage hellénique qui est parlé sous le nom 
(Varbriiî ou arbcri ou de ki/p n'est que le vestige du dialecte archaï([ue le 
plus important parmi les langues qui nous sont parvenues jus([u'à ce jour, 
car il a conservé sa forme primitive des temps préliisloricpjes. 

«3" Au sujet de l'alphabet, bien ([u'en avouant mon incompétence, je 
puis néanmoins allirmcr que les Hellènes se sont servis de l'alphabet 
pélasgien. w 



BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 



M. ie docteur Apostolidès répond : «Toutes les remarques de mon hono- 
rable confrère concernent les rapports des Pélasges avec les Albanais, 
sujet que je n'ai pas touché dans ma dissertation de ce jour, mais sur 
lequel je me réserve de parler à la prochaine séance. Je prierai donc 
M. Adamidi de reprendre ses observations lorsqu'il aura entendu mes 
idées sur ce point. 

S. E. le docteur Abbate pacha réclame des éclaircissements sur certaines 
des allégations produites, lesquels lui sont donnés séance tenante à sa 
satisfaction. 



La séance publique est levée à h heures un quart. 



Le Secrétaire général, 
J. G. Aristide GAVILLOT. 



BULLETIN DE L'INSTITLT ÉGYPTIEN. 



SEANCE DU 12 FEVRIER 1906. 



Présidence de S. E. Hussein Fakhry pacha, phésidest. 



La séance est ouverte à 5 heures i o minutes. 

Sont présents : 

LL. EE. Hussein Fakhry Pkc.iik, président, 
Yacoub Artin pacha, vice-président; 
MM. Gavillot, secrétaire général, 

LE D' Innés bey, secrétaire adjoint, 

le docteur Bay, Bonola bey, Brugsch bey, le docteur Da Corogna bey, 
R. Fourtau, N. Giorgiadis, S. E. le docteur Issa pacha Hanidy, MM. de Mobl, 
le docteur Osman bey Gbaleb, D. H. Parodi, J.-B. Piot bey, le Président 
Prunières, Vaast et L. Vidal, membres; le docteur Apostolidès, membre 
honoraire. 

Le procès-verbal de la séance du i 5 janvier 1906 est lu et adopté sans 
observations. 

M. Gavillot fait part de la lettre par lui reçue de M. Chaillé-Long bey, 
membre honoraire, pour accompagner plusieurs exemplaires de la notice 
intitulée : Les Provinces éfjnatonnles dl'.p^ijptc , que notre confrèi-e américain 
a lue devant le 8° Congrès international de géographie ([ui s'est tenu 
à New- York le 1 h septembre 190/1. Cette notice comporte un résumé his- 
torique et géographitpie de la domination de l'Egypte sur les provinces 
équatoriales du Haut-Nil depuis les temps pharaoniques jus(|u'à nos jours, 
et se termine par des déductions d'ordre politic|ue dont l'Inslilul n'a pas à 
s'occuper. 



BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 



Conformément à la demande de l'auteur, le dépôt aux archives des exem- 
plaires reçus est ordonné par M. le Président. 

La correspondance comprend, en outre, une circulaire datée de janvier 
dernier, adressée par La Société de Géo^aphie de Genève , à toutes les sociétés 
de géographie du monde , pour les informer que le neuvième congrès inter- 
national de géographie s'ouvrira à Genève le 97 juillet 1906 et durera 
jusqu'au 6 août suivant. La société genevoise se met à la disposition des 
sociétés savantes, que ce congrès pourrait intéresser, pour leur faire 
adresser la circulaire d'invitation au congrès et un programme préliminaire 
de ses travaux. 

Le Secrétaire général présente ensuite les ouvrages reçus à titre de dons. 
pour la Bibliothèque de l'Institut , depuis la dernière séance : 

Oscar von Lemm, membre honoraire : Iberica, Etude sur un manuscrit 
copte, traduit et commenté en allemand. 

Oscar Almoren , Mémoire archéologique, en suédois, présenté à l'Acadé- 
mie de Stockholm, sur des tombeaux préhistoricjues découverts en Suède. 

Docteur LoRTET et C. Gaillard : Faune momijiée de l'ancienne Egypte. 

M. FouRTAu dépose sur le bureau un exemplaire d'un travail en langue 
grecque, de M. D. E. Pachundaki , membre correspondant, sur la Pêche 
des éponges en Egypte, dont l'auteur fait hommage à l'Institut. M. Fourtau 
fait remarquer que c'est le premier ouvrage paru traitant ce sujet si inté- 
ressant pour le pays. 

M. LE Président invite le Secrétaire général à adresser les remercîments 
de l'Institut aux donateurs de ces ouvrages. 

S. E. Fakiirv PACHA annonce la perte que vient de faire l'Institut par 
le décès, à peu de temps d'intervalle, de deux de ses membres : MM. Marc 
Rabis bey, élu résidant le 1 6 novembre 1860, soit depuis plus de ^5 ans, 
et le docteur Hassan Mahmoud pacha, élu résidant le 2 mars 1888, soit 
depuis 1 6 ans. M. le Président émet le vœu que ceux de nos confrères qui 
auraient plus particulièrement connu les défunts préparent pour chacun une 
notice nécroiogi([ue retraçant ses travaux . qui serait lue en séance et serait 
accueillie avec gratitude par tous. 



PROCÈS-VEnBAL DU 12 FÉVRIER. 



En si<jnc de deuil, S. E. Fakhry pacha suspend la séance et invile les 
assistants à se lever avec lui pendant celte suspension. 

A la reprise, la parole est donnée à M. le docteur Apostolidès pour la 
seconde partie de sa communication sur Les Pélasges, les Hellènes el les Al- 
banais dans leurs rapports eOtnohgiqufs et linguistiques. 

M. LE Président adresse à M. le docteur Apostolidès les remerciements 
de l'Institut pour son intéressante communication. 

La séance ordinaire est levée à G Jieures i 5 minutes. 



Le Secrétaire général, 
J. C. Aristide GAVILLOT. 



LES PELASGES, 
LES HELLÈNES ET LES ALBANAIS 

DANS LEURS 
RAPPORTS ETHNOLOGIQUES ET LIÎNGLISTIQLES. 



LES PELASGES ET LES HELLENES. 

Messieurs, 

Dans une de vos dernières séances, je me suis inscrit pour une commu- 
nication ayant pour but de réfuter les idées émises par mon honorable 
confrère M. Adamidi et publiées dans votre Bulletin, sur les rapports 
ethnologiques et linguistiques des Pélasges avec les Grecs anciens, d'une 
part, avec les Albanais de nos jours, d'autre part, et je viens, avec votre 
permission, remplir aujourd'hui ma promesse. 

Je tâcherai d'être clair et bref en me bornant à la simple narration des 
faits qui me paraissent indispensables à ma démonstration. 

Contrairement à ce que j'ai soutenu dans une de vos précédentes 
séances, M. le docteur Adamidi prétend que les Pélasges n'ont pas été 
absorbés par les Hellènes, Pélasges eux-mêmes, mais qu'ils leur ont 
survécu et vivent encore aujourd'hui, masqués sous le nom d'Albanais, et 
conservent leurs mœurs et leurs habitudes intactes, 'rlls habitent, dit-il. 
les mêmes localités, ils se gouvernent comme se gouvernaient dans l'anti- 
quité les Spartiates, et leur langue, la langue albanaise, conserve encore 
un grand nombre de ces mots pélasges (jui ont servi de radicaux dans la 
formation de la langue grecque." Aussi M. Adamidi pense-t-il que, dans 



12 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

la table ethnologique de la péninsule balkanique, ce sont les Albanais et 
non les Grecs qui doivent occuper la première place, de même que dans 
la série des langues indo-européennes, c'est l'albanais, non le grec, qui 
doit être placé à la droite du sanscrit, la mère des langues indo-euro- 
péennes, suivant lui. 

Pour soutenir ces idées, M. Adamidi invoque le témoignage de l'his- 
toire, de l'archéologie, de la mythologie et de la linguisti([ue. Mais le seul 
fait qu'il puise à ces sciences, c'est la tradition, conservée par Hekatée, 
que la Grèce, avant d'être occupée par les Hellènes, était habitée par les 
Pélasges et s'appelait Ylelacryia. Cela dit, mon honorable confrère fait ses 
adieux à l'Histoire pour se livrer corps et âme à la poésie, et, accordant 
une valeur historique à tout ce que dit Eschyle dans ses Suppliantes , sur 
les Pélasges, il reconnaît à ce peuple pour habitat tout le territoire compris 
entre l'Adriatique et la mer Egée, entre le Danube et le cap Malée : c'est- 
à-dire toute la péninsule balkanique de nos jours, sans prendre en considé- 
ration que les historiens de l'antiquité ne connaissent des Pélasges qu'en 
Macédoine, en Thessalie, en Epire et en Grèce. 

Or, lors(jue dans les recherches de ce genre, on débute par une erreur, 
il est très facile d'en commettre dans la suite d'autres, et, je regrette de le 
dire, mon honorable contradicteur n'a pas su s'en préserver. 

C'est ainsi qu'en lisant Hekatée, il lui est échappé que, sous le nom 
d'Hellènes , cet historien n'entendait que les Hellènes historiques , c'est-à-dire 
ceux qui, sous la conduite de Deucalion. sont descendus vers le \i* siècle 
de notre ère en Grèce, et que, dans l'histoire de ce pays, cet événement 
marquait aussi la fin de la domination des Pélasges. 

M. le docteur Adamidi a oublié ensuite que les Héraclides qui. avec 
le secours des Doriens et des Illyriens. ont expulsé les Pélasges du Pélo- 
ponèse, étaient les descendants directs des princes du même nom, qui, 
cin{[ siècles auparavant, régnaient dans la péninsule, et qu'avant cette 
époque, on n'y trouve rien qui puisse nous déceler l'existence des Pélasges 
dans le pays. 

Si M. Adamidi s'était montré un peu plus attentif dans celte circon- 
stance, il aurait certes compris que l'Empire pélasgi(jue en Grèce était, non 
seulement géograpliicpiement, mais aussi chronologi([uement mieux limité 
que ne l'uil pensé Eschyle; il aurait évité une plus grande erreur, colle de 



LES PELASGES ET LES HELLENES. 13 

prendre pour Pélasges tous les peuples hellènes et non hellènes qui , dès la 
création du monde jusqu'à l'arrivée des Hellènes histori({ues, se sont suc- 
cédé dans la péninsule grectjue. rrLes Graîccoi et les Helloi de Dodone, les 
Achéens de la ïhessalie, les Kadméens et les Minyens de la Béolie, les 
Kékropides de l'Attique, les Lokriens, les Curetés et les Akarnanes, les 
Argiens, les Arcades et les Messéniens, bref tous les peuples qui, sous la 
conduite de deux fds d'Alrée, sont allés se battre en Troïde, de même que 
les Troyens et leurs innombrables alliés, tous ces peuples, dit-il, parlaient, 
suivant Homère, la même langue ou des idiomes apparentés; aucun d'eux 
n'appelait l'autre barbare, ce qui indique que tous étaient de la même race, 
la race pélasgique, et la langue qu'ils parlaient ne pouvait être ({ue le 
pélasge. C'est dans cette langue, conlinue-t-il. (pi'Orphée et Thamyris, les 
premiers aèdes d'Olympe, célébrèrent les Muses de la Piérié, les divinités 
d'Olvmpe, et qu'Homère chanta plus tard les exploits d'Achille. 71 Or, 
comme il est aujourd'hui reconnu que les premiers chants héroïques de 
Grèce, dont les aèdes de l'Ionie ont composé leur Iliade, étaient rédigés en 
éolien, M. Adamidi n'hésite point de considérer cet idiome l'idiome propre 
aux Pélasges et mère de la langue grecque, de même que les Pélasges 
étaient, suivant lui, les ancêtres du peuple hellène. 

Mais autant de mots, autant d'erreurs. 

Si M. Adamidi s'était donné la peine de lire avec plus d'attention les 
auteurs anciens, il aurait vu que les Grœccoide Dodone, qu'Hérodote appelle 
TsvKpoi, n'étaient point des Pélasges, mais les premiers peuples asiatiques 
qui, avant la guerre de Troie, unis aux Mysiens, émigrèrent dans la 
péninsule balkanique en traversant le Bosphore, et, après avoir battu les 
plus anciens habitants de la Thrace — très probablement Pélasges — 
s'avancèrent vers le sud-ouest et occupèrent tout le pays qui s'étend du 
Pénée à la mer Ionienne, c'est-à-dire toute l'Epire des temps historiques. 
«Oi' Sta^dvtes sis li^v Et;p^7r)7i' «ara B'itTTropov tovs t£ ©pjj'i'xa» xara- 
(jlpéil'OivTSî KO.) S7r) Toov loviov \16vT0i' KciTaSdvTSî ué^pi IlriveioC rsoTa^ov 10 
'cspls (xea-ïiix^ptas ri\a<TCLv , •)•> Hérodote:, VII, 20. 

S'il avait lu la Météorologie d'Aristote, il aurait appris que ces Graîccoi 
s'étant mêlés dans leur nouvelle demeure avec les Helloi. les anciens 
habitants de la ïhessalie, et ensuite avec les Ioniens amenés du Sud par 
Deucalion, formèrent les Hellènes historiques, qui, en souvenir de leur 



U BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

double origine, conservèrent et conservent encore les deux appellations 
ethniques — TpaïKo) et EXXrjves — qui leur viennent de leurs parents. 
'•O xakovfjievos £7r< Aev^aXicovos Karaji'kva'iios -ffep) to F.AXrjvi>co6 êyévsTO 
[ÀdXi<7la jÔttov , 'Tffsp) Tïjv EXXada Tr}v à.pyjxiaLV : avrt] S' éa-lt'v ^ Tseoï tïjv 
Act)§cûv)]v xa) Tov A^e'k'Sov .... ''Jjxov yap oï SeXXoi xa) oi xaAOVfxevoi 
TOT£ ixév Tpaixo) vvv Se LtXktjves.v Aristote, Météorologie. 

Or, quelles sont les objections que M. Adamidi oppose à ces deux faits 
historiques, dont je n'ai pas besoin de relever la valeur? "L'Epire, dit-il, 
avant été de tout temps le pays des Pélasges. tous les peuples qui en 
sortirent, qu'ils s'appelassent Graeccoi ou Hellènes, étaient des Pélasges. '^ 
Mais il me suffira de vous rappeler le passage précité d'Hérodote relatant 
l'émigration des Tenkriens en Epire pour vous faire comprendre combien 
notre confrère est loin de la vérité. 

Non moins incompréhensible est son erreur lorsqu'il fait dire à Homère 
que tous les combattants sous les murs de la Troïde étaient des gens de 
même race et parlaient la même langue. Car Homère, dans plus d'un 
passage de ses immortelles poésies, nous apprend tout le contraire. 
Combien de fois, en effet, ne nous cite-t-il pas Nestor et Néoptolème 
conseillant l'un les deux fils d'Atrée, l'autre Hector et flnée, de prendre 
soin que les chefs des différents corps soient des gens de la même race, et 
qu'ils parlent la même langue, afin que leurs commandements soient mieux 
compris dans les combats? Quel besoin avait-on de ces conseils si tout le 
monde y était de la même race et parlait la même langue? 

Mais ce même moyen — la langue — qui a servi à M. Adamidi pour 
réunir tous les combattants de la Troïde à un et même peuple, lui sert 
également en Grèce; mais ici, non pour unir mais pour séparer les Grecs 
en Pélasges et non Pélasges et pour élargir le champ des premiers aux 
dépens des derniers. 

Considérant qu'en Grèce les Pélasges étaient traités de barbares pour 
la seule raison qu'ils ne savaient pas la langue grecque. M. Adamidi 
n'hésite point à considérer comme Pélasges tous les peuples de la péninsule 
balkani(jue qui, comme eux, ne parlaient pas le grec, et, un peu plus 
tard, tous les peuples reconnus hellènes qui ne parlaient pas, comme les 
Athéniens, le dialecte attique. Procédant de cette manière, il conclut que 
les lllyriens, les Macédoniens, les Mysiens, les Thraces, et ensuite les 



LES PELASGES ET LES HELLÈNES. 15 



Doriens, les Éoliens, les Béotiens, etc., tous étaient des Pélasges, et que 
toutes les notabilités de ces peuples étaient des notabilités pélasges. Le 
roi Pbilippe, Alexandre le Grand, son professeur Arislote, les généraux 
avec lesquels il a pu conquérir l'Asie entière, les diadoques, les Ptoléinées 
surtout, etc., et, sautant un intervalle de vingt siècles, il arrive à découvrir 
du sang pélasge coulant dans les veines du feu Mohamed Aly, l'illustre 
fondateur de la dynastie actuelle d'Egypte, car lui aussi, avant de venir en 
Egypte, avait habité la Macédoine et parlait quelques mots albanais. 

Voilà, Messieurs, par quels moyens notre honorable confrère cherche à 
étendre l'empire pélasge sur toute la péninsule balkanique et à le faire 
survivre aux Hellènes, jusqu'à l'apparition des Albanais, pour le faire 
représenter dans la suite par eux. 

Je vous fais grâce des théories par lesquelles M. Adamidi cherche à 
étabhr la connexité des Pélasges de Grèce — par conséquent des Albanais — 
avec les peuples d'Italie, d'Asie Mineure et de l'Egypte et à les faire 
remonter jusqu'aux temps des pyramides. J'ai hâte d'examiner la prétendue 
descendance pélasgique des anciens Grecs, si chaleureusement soutenue 
par mon adversaire. 

Les Grecs étaient-ils ou non les descendants directs des Pélasges? 

11 n'y a pas de doute. Messieurs, et la plupart des historiens nous 
l'adirment, que le peuple grec qui, à l'origine, était petit, s'est agrandi 
en s'assimilant un certain nombre de peuples barbares, et plus particu- 
lièrement les Pélasges, ce qui l'a fait passer pendant un certain temps 
comme une branche détachée de ce peuple non hellène. «To Se EXX>7v<xor, 
dit Hérodote, éov àa-6evés àizo {XiKpov re niv àpy^rjv opiisôyiSvov av^averat 
eîs zrXiïôos tôjv éOvécov, Ylakarrycov (XotAïa-la z!ïpo7>i£)(^copriK6rct)v aÙTÔj xa.) 
aXkoov êôvôjv jSapSapcov 'aux.vSv. ^i 

Mais cela n'indique point que le peuple grec tira son origine des 
Pélasges. Tous les grands peuples s'assimilèrent dans leur développement 
un certain nombre de peuples étrangers sans perdre pour cela leur nom 
ethnique, sans trop altérer leur caractère national. Et pour n'aller pas 
chercher plus loin, prenons pour exemple les Albanais. Qui pourra dire. 
Messieurs, que ce peuple ne s'est pas assimilé'une foule de peuples étran- 
gers : des Romains , des Grecs , des Slaves , des Bulgares , des Valaques , etc. ? 
Sa langue, mélange encore indigeste des idiomes de tous les peuples 



16 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

précités, en est un indice irréfutable. Mais qui a jamais prétendu que 
les Albanais fussent les descendants des Romains, des Slaves ou des 
Grecs? 

Mais la preuve la plus décisive de la tbèse que nous soutenons, c'est- 
à-dire que les anciens Grecs n'étaient pas les descendants des Pélasges, c'est 
le très peu de respect, le mépris cboquant même, avec lequel les Grecs ont 
toujours traité les Pélasges. Dans toute l'histoire de leur pays, on ne trouve 
pas un Grec qui se dise le fds ou le pelit-fds d'un Pélasge. Au contraire, 
toutes les fois que l'occasion se présente, ils les appellent constamment 
barbares et les traitent de barbares. Les Athéniens surtout, qui, incontes- 
tablement, avaient plus de sang pélasge que de sang ionien dans les veines, 
sont ceux qui firent le plus de misères à ce peuple et finirent par les 
chasser de leur territoire de la manière la plus indigne, rien que pour 
faire croire à leurs compatriotes qu'ils n'avaient aucune parenté ethnique 
avec eux. 

Le Pélasgisme, s'il est permis de me servir de ce néologisme, qui s'est 
développé dans le courant du vf siècle à Athènes, était dicté par des 
raisons politiques; aussi ne tarda-t-il pas à céder la place à Xîomsme et plus 
tard à V Hellénisme, qui, développé au temps de Périclès, continue à dominer 
jusqu'à nos jours. 

Plus inadmissible encore est l'opinion de notre confrère concernant la 
langue des Pélasges et ses rapports avec le grec. 

Il est aujourd'hui reconnu par tous les hellénistes que l'éolien, de même 
que le dorien, n'étaient pas des langues indépendantes, mais bien deux 
dialectes, c'est-à-dire deux transformations de la langue grecque, déve- 
loppées sous l'influence de deux peuples, très probablement non hellènes : 
les Doriens et les Eoliens, et que ces dialectes se sont formés plusieurs 
siècles après l'expulsion des Pélasges de la Grèce. Ce ne fut qu'alors que 
les différents peuples qui ont pris part à cette guerre d'extermination 
purent s'installer définitivement. les Eoliens en Thessalie, les Doriens en 
Péloponèse, les Kadméens en Béotie, et là. avant vécu longtemps isolés 
les uns des autres, parvinrent à développer chacun sa langue et son phylé- 
tismesi différemment que, lorsqu'ils se rencontrèrent de nouveau, l'un prit 
l'autre pour un peuple étranger et son idiome pour un idiome barbare. 11 
est par conséquent matériellement impossible que l'éolien , dont la création 



LES PELASGES ET LES HELLENES. 17 

ne remonte pas au delà du viif siècle, ait pu servir de lan^jue aux Pélasges 
qui le devancèrent de plusieurs siècles. 

Quant au passage de Pausanias par lequel M. Adamidi cherche à 
démontrer qu'avant la descente des Héraclides en Péloponèse, on v parlait 
le éolo-dorien , qu'il me soit permis de le lui dire : ou bien il ne l'a pas 
du tout compris, ou il a eu sous les yeux un texte défiguré. Car, dans ce 
passage, l'auteur nous dit tout le contraire : rUph HpoiKXetSois xaTSA$e7v 
sis IlsXoTTovriiTOv rrjv avTïjv é(piea'a.v Aôrjvociois oî Apysïoi <^rovriv^i . ce qui 
se laisse traduire : «Avant le retour des Héraclides en Péloponèse. les 
Argiens y parlaient la langue qui, à cette époque, se parlait également 
à Athènes 1'. Or. nous savons par l'Histoire que les Pélasges qui, expulsés 
d'Athènes et de l'Argolide, se sont réfugiés les uns à Lemnos et à Samo- 
ihrace, les autres en Asie Mineure et en Syrie, parlaient tous l'ionien, 
non l'éolien pas plus que le dorien. Et si les élèves parlaient l'ionien, il 
faudra hien admettre (jue leurs professeurs en faisaient autant. 

Le professeur Berger, le célèbre asianalogue de la Sorbonne, n'a pas 
eu un meilleur sort dans les mains de M. Adamidi. Mon honorable confrère 
lui fait dire des choses auxquelles il n'a jamais pensé. Dans son excellent 
ouvrage sur l'histoire de l'Ecriture, l'éminent professeur de la Sorbonne 
parlant des inscriptions préhelléniques de l'île de (îhypre. dit qu'elles 
cachent un idiome éolien. Cela a sulli à M. Adamidi pour conclure et 
nous présenter sa conclusion comme étant celle de M. Berger, que les 
lettres avec lesquelles ces inscriptions sont écrites sont des lettres éoliennes 
ou pélasges, mentionnées par les auteurs anciens. Or. il est aujourd'hui 
connu, et c'est M. Berger (jui nous l'a enseigné le premier, ([ue les lettres 
soi-disant pélasges, citées par les auteurs grecs tTà Wska-ryiKOL Tpdfx- 
juara^", n'étaient que la première transformation que l'alphabet phénicien 
a subie sur le sol grec; tandis que les lettres figurant dans les inscriptions 
préhelléniques de l'ile de Chypre sont tirées de l'alphabet hétite qui diffé- 
rait essentiellement du phénicien, le premier consistant en signes indi([uant 
des syllabes, tandis (pie les lettres du dernier n'exprimaient que des sons. 

L'éolien, pas plus que le dorien, n'était par consécpient la langue des 
Pélasges, ainsi (|ue le croit M. Adamidi. Les Pélasges avaient indubita- 
blement un idiome à eux. Mais de quelle nature était cet idiome? C'est un 
mystère ([ue ni les anciens ni les modernes n'ont réussi encore à pénétrer. 

Bulletin de l'Iitstilitl égyptien. a 



BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 



Hérodote qui, comme nous venons de le dire, a visité toutes ies localités 
qui, de son temps, servaient de demeure aux Pélasges, avoue ignorer la 
langue que ce peuple parlait. La seule chose qu'il est à même de nous 
certifier, c'est que cet idiome était barbare et tout à fait incompréhensible 
pour les Grecs. 

rHv Tiva Se y\'2(T3'xv triuav ol Y\sAix<7yo\ ovk s/^co irpSKecos e'nzoLi. E/ 
Se ;(,p£wf èali T£H.[xatp6[xevoi Asyeiv Tolai vCv éovyi IleAao'ycûv, tcSv ÙTtkp 
Tvp(7r!vô!)v l^prjalôiva. 'Zs'Skiv oixeôvTjjv . . . xa/ TÙiv ïlAOiKirjv t£ xa< ISxirra- 
Xrjv Ile\ayyô5v oUt]<TavTCov èv cXkr](7'7i6vxrf) , ol a'jvoiKoi éysvovTO Adtjvaiois, 
xaî oja aXXa zseXayyiKoi, èv xojtoicti si TSxa'xtp'jyLSvot Set "kéyeiv, ^<txv oî 
Tle\a(7yo] (3ap^apov yX'-Joo'yocv lévTSS. Kai yàp oins oi Kpritrlcovifjra.t oùSo-ixol^i, 
rôôv vCv (T^écov YlepioiftovTcov sicriv L(x6yX<o!T(T0i oîne oi YlAaKicivot , (T(pi<Ti Se 

0(XC>yXco 7(70 1.^1 HiiRODOTE, 1, 5, 'J . 

Du vocabulaire de cet idiome, il ne nous reste que deux mots : Adpiy^ot 
et Apyos, et encore, nous n'en sommes pas tout à fait édifiés. On suppose 
que ces mots sont pélasges parce qu ils se rencontrent comme toponymies 
dans les pays qui, dans l'antiquité, ont été occupés par les Pélasges; mais 
personne ne peut nous certifier qu'ils n'y étaient pas plus anciens que les 
Pélasges. Quant au mol Apyos, tous les archéologues s'accordent aujour- 
d'hui pour lui reconnaître une origine sémite. 

Nous basant sur le fait (jue la plupart des toponymies des pays qui, 
dans l'antiquité, ont été occupés par les Pélasges, décèlent un idiome 
turco-tartare, et (pi'elles se rencontrent sur le Caucase occidenlal avec la 
même signification, j'ai été amené à croire que les Pélasges étaient un 
peuple skythic[ue, descendu à une époque préhellénicpie dans la péninsule 
des Balkans, et qu'ils parlaient une de ces langues turco-tartares qui, 
jus([u'aujourd'liui, sont en usage dans les innombrables vallées de cette 
montagne, (^esl l'opinion que j'ai eu l'honneur de soutenir le premier à 
celle même place et que j'ai soutenue également au congrès international 
d'archéologie d'Athènes. 

Mais si séduisante qu'elle me paraisse, cette opinion, n'ayant pas encore 
obtenu la sanclion de la science, ne peut certes intervenir dans la discussion 
qui nous occupe. Quel (jue puisse élre cependant le sort que l'avenir lui 
réserve, il est indéniable que les Pélasges, à force de cohabiter avec les 



LES PÉLASGES ET LES HELLÈNES. 19 

Grecs, iaissèrent passer dans la langue de ces derniers un certain nombre 
de leurs termes les plus usuels, et cpie ces termes doivent être cherchés 
parmi les mots grecs dont le radical ne se retrouve ni dans les langues 
indo-européennes ni dans les langues sémitiques. Or, comme cela est arrivé 
également aux peuples barbares chez lesquels les Pélasges expulsés de la 
Grèce s'étaient réfugiés : les Illv riens, les Mysiens, les Macédoniens, les 
Thraces, il est aisé de comprendre comment les langues de ces peuples se 
trouvent posséder un certain nombre de mots communs avec l'ancien grec, 
mots étrangers à ces peuples aussi bien qu'aux Grecs, et qui, indubita- 
blement, ont été empruntés à un autre idiome, parlé plus anciennement 
dans le pays, et qui, très probablement, était le pélasge. 

Hâtons-nous de le dire cependant, les mois de cette catégorie ne sont 
pas encore sudisamnient étudiés et nous doutons beaucoup qu'ils le seront 
bientôt. Mais quand même ils le seraient et que leur identité soit démontrée, 
ces mots ne pourront jamais servir de preuve que les langues qui les pos- 
sèdent sont apparentées entre elles, pas plus qu'avec la langue à laquelle 
ils ont été empruntés, et qui, dans notre cas, pouvait être le pélasge. Car 
toutes les langues font des emprunts à d'autres langues sans contracter la 
moindre parenté avec elles. 

Mais M. Adamidi ne s'arrête pas ici. 11 est fermement convaincu que 
les Hellènes devaient aux Pélasges non seulement leur langue et leur 
existence, mais aussi leur religion et les arts. 

«Ce sont bien les Pélasges de l'Epire, dit -il, qui formèrent la belle 
théogonie des dieux préhelléni(jues. Us avaient voulu personnifier toutes les 
forces de la nature, surtout la lumière et la belle saison. ?5 

Et, un peu plus loin, il ajoute : 

«Les Pélasges, célèbres parleurs murs cyclopéens, franchirent l'époque 
mégalolithi([ue et développèrent les arts. Les lions de Mvcène, les canaux 
d'Orchomène, le bouclier d'Achille, la toile de Pénélope, surtout les mer- 
veilles d'art extraites des fouilles de Troie et des environs, tout rend un 
éclatant témoignage d'une civilisation avancée parmi les Pélasges, avant 
l'apparition des Hellènes et de leur rôle dans l'histoire, n 

Mais, de nouveau, notre honorable confrère ne nous dit que des paroles, 
il ne nous étale que des erreurs. 



20 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

Il est notoire, Messieurs, que, nonobstant les énormes progrès que 
l'archéologie a réalisés dans ces dernières années, la mythologie comparée 
est encore un de ses plus obscurs chapitres, et, autant il est facile d'émettre 
sur elle les doctrines les plus fantaisistes, autant il est diiïicile de les réfuter 
d'une manière sérieuse. Mais, par bonheur, le peu de notions que la science 
a acquises sur ce sujet suffît parfaitement à démontrer que tout ce que 
M. Adamidi nous a dit sur la religion des Pélasges et sur l'influence 
qu'elle a exercée sur les idées religieuses des Hellènes est erroné. 

Il est aujourd'hui archiconnu que les Hellènes étaient de tout temps 
anlhropolâtres. Cronos et Rhéa, Jupiter et Héra, Mars et Vénus, etc., ont 
été toujours leurs divinités, tandis que les Pélasges éiaieni physiolâtres. Ils 
adoraient les forces de la nature sans leur donner des noms ni des formes. 
Mais, avant tout, ils adoraient la force créatrice de la nature; et, comme 
elle a ses ateliers dans la profondeur de la terre, les grottes et les cavernes 
servaient de lieux du culte, et ce culte consistait en actes qui rendaient 
l'homme égal à la divinité adorée. Aussi, lorsque les Grecs prirent connais- 
sance de ce qui se passait dans ces lieux retirés, trouvèrent-ils très naturel 
de désigner ces orgies par le nom du culte de Vénus chtonimne. 

Mais lorsque les Pélasges, mêlés avec les Grecs, commencèrent à 
s'helléniser, ils prirent l'habitude de désigner leurs divinités par les noms 
que les Hellènes leur donnaient et de se les imaginer sous la forme hu- 
maine. C'est alors qu'ils apprirent que ce qui donnait la pluie n'était point 
le firmament, mais Jupiter qui v demeurait; ce (|ui faisait pousser les 
plantes n'était point le sol inerte, mais la Terre-Mère qui v avait sa rési- 
dence. Et, combinant les deux idées, les Grecs ne lardèrent pas à créer le 
culte pélasgo-heHéni({ue de Zsù? Na/os et de ^lévr) ^vTokiyLOs. 

Mais les peuples qui ont le plus influencé les idées religieuses des 
Pélasges furent les Phéniciens et les Egyptiens. Ce furent les Phéniciens 
qui, avant pris le culte de Vénus chtonienne comme reproduisant le culte 
de leur Astarlé, donnèrent aux mystères des Pélasges de Samothrace tous 
les attributs du culte de la divinité de leur pays. 

En lieu et place de 2,£V5 Nai'o? et de A<îuv>; OuraXt^uos, ils y introduisirent 
le culte de Kadmus et d'Harmonie, les deux grandes divinités pliéniciennes, 
ce qui a valu aux dieux de Samothrace le nom de Kabires. Us donnèrent 
ensuite à ce couple pour compagnes deux autres, ensuite quatre, et plus 



LES PELASGES ET LES HELLENES. 21 

tard six divinités, '!Evvvaoi Qso), qui, pour la plupart, portaient des nonis 
sémites et représentaient des idées religieuses sémites. 

On peut en dire autant des mystères d'Eleusis, de l'oracle de Dodone. 
Après avoir subi une première transformation hellénique, ces sanctuaires 
finirent par devenir semblables, l'un aux sanctuaires d'Isis, l'autre à 
l'oracle d'Ammon de Libye. 

Il n'en a pas été de même chez les Grecs. Ce peuple est resté toujours 
attaché aux idées religieuses de ses ancêtres et il continue à être, jusqu'au- 
jourd'hui comme dans l'antiquité, anihropolâtre. Il suffit de jeter un coup 
d'œil dans les poésies d'Homère pour voir les plus grandes divinités hellé- 
niques mangeant, buvant, s'amusant ou se disputant, et, très souvent, se 
battant même avec les hommes sans rien perdre de leur nature divine. Il 
en est de même chez les Grecs modernes, quoi([ue chrétiens. Il suffit de 
parcourir avec un peu d'attention leurs livres de Saints pour reconnaître 
qu'un grand nombre de ces personnages sont formulés d'après le type de 
telle ou telle divinité païenne, de même que leur culte est une reproduction 
du culte de la divinité correspondante. L'idée d'adorer dans la personne de 
Jupiter et de ses innombrables concubines la force créatrice de la nature 
ne vient pas des Pélasges, pas plus (jue des Grecs d'Athènes. Elle apparaît 
pour la première fois dans le courant du vi" siècle en lonie, et constitue une 
des plus belles conceptions de la philosophie ionienne. Les Athéniens qui, 
au commencement, lui firent une guerre acharnée, finirent par l'adopter 
lorsque, à l'apparition du christianisme, ils sentirent le besoin de donner 
à leurs mythes des idées philosophiques qu'ils n'ont jamais eues. 

Sans doute, Hérodote dit quelque part que les Grecs ont reçu leurs 
divinités des Pélasges. Mais si l'on voulait examiner un peu sérieusement 
cette assertion, l'on s'étonnera d'apprendre que la seule divinité que l'his- 
torien nous nomme dans cette occasion, c'est Priape; le seul geste religieux, 
c'est le priapisme. 

Il est facile à démontrer cependant que cette habitude aussi n'est pas 
une invention pélasge. Le soleil, représenté comme un jeune homme 
phallophore, se rencontre parmi les figures rupestres des rochers de la 
Scandinavie, lesquelles, au dire des archéologues de ce pays, remontent 
jusqu'à l'époque néolithique et représentent la première divinité des peuples 
hyperboréens. 



22 BLLLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

On la rencontre ensuite sous le nom d'Ares, d'Apollon, d'Hermès en 
Thrace, sous celui de Priape en Bithynie; et le plus important, c'est <{ue le 
soleil qu'on adorait depuis cinquante siècles à Héliopolis de la Basse- 
Egypte, et que les pharaons de la IV^ dynastie ont expulsé dans la Syrie, 
était également représenté comme un jeune homme phallophore. Il ne reste 
par conséquent aucun doute que les Pélasges n'étaient point les impor- 
tateurs de ce culte en Grèce, mais qu'ils l'y avaient trouvé existant bien 
avant leur arrivée. 

On peut en dire autant de la prétendue civilisation pélasgique et de son 
influence sur le développement de la civilisation hellène. 

Si notre confrère avait lu avec plus d'attention l'ouvrage de Pausanias, 
il aurait vu pour sûr que les murs cyclopéens qui se trouvent en Péloponèse, 
de même que les palais de Tyrinthe et de Mycènes, si bien explorés par 
M. Schliémann, et plus tard par M. Tschountas, ont été construits non par 
les Pélasges, mais par les Cyclopes que les Persides avaient fait venir exprès 
de la Kilikie, et qui, soit dit en passant, n'avaient aucun rapport avec les 
Cvclopes de VOdyssée. S'il se donnait la peine de visiter une seule fois en 
archéologue les pyramides de Ghizeh. il aurait vu que les lions comme 
gardiens de tombes étaient, en Egypte et dans tout l'Orient, en usage de 
temps immémorable; que le monument connu sous le nom de r Trésor 
d'Atréew en Béotie n'est qu'une tombe à coupole semblable à celles qu'on 
trouve en Crète et dans la Haute-Egypte, et, eu égard à sa construction 
et à sa décoration, il aurait pu conclure que ce monument aussi a été 
construit par des arlistes venus de l'Orient et non parles Pélasges de Grèce. 
Si enfin mon honorable confrère se rappelait le fait rapporté par tous les 
archéologues qui ont étudié les restes des palais de Tyrinthe et de Mycènes, 
c'est-à-dire que ces palais, toute celte civilisation préhelléniquc ont été 
détruits par le fer et par le feu dans le courant du xv* siècle, juste à l'époque 
où l'histoire place la première invasion des Pélasges en Péloponèse, il 
aurait certes conclu avec eux que ce fut ce peuple, et non les Dorions, 
qui a mis la Grèce mycénienne dans l'état oij la trouvèrent, huit siècles 
plus tard, les Phidons et les Pisislrates. 

Les Pélasges, ainsi que nous l'avons dit, étaient un peuple barbare 
adonné à l'agriculture et à l'élevage des bestiaux. Après un séjour de 
quatre à cinq siècles en Grèce, la seule chose qu'il a laissée comme marcpie 



LES PELASGES ET LES HELLÈNES. 23 

de son passage sont les terres cultivées dans les environs de l'Himèle et 
du Parnasse, les haras de la Thessalie, les étables de la Béolie. 

On dit que les Pélasges étaient également de très bons maçons. Mais, 
dans toute la Grèce, on ne connaît aucune construction qu'on aurait pu 
attribuer à ce peuple. Le mur méridional de l'Acropole, qui longtemps était 
considéré comme une œuvre des Pélasges, a été reconnu dernièrement 
comme appartenant à d'autres constructeurs. Le plus ancien manuscrit 
que nous possédons, celui de Thucvdide, lui donne le nom de pélargique , 
non pélasfri(jue, et tous ceux qui ont eu occasion de visiter l'Acropole 
d'Athènes avant que la Société archéologique commençât ses travaux, ont 
compris que le mur en question avait des rapports plutôt avec les cigognes 
qui, de tout temps, y avaient leurs nids, qu'avec les maçons qui l'ont 
construit. C'est au moins l'idée partagée aujourd'hui par la pluj art des 
archéologues. 

L'histoire donc, l'archéologie, la mythologie et la linguistique concourent 
à nous édifier que les Pélasges n'étaient ni les ancêtres ni les instituteurs 
des Grecs, ainsi que M. Adamidi le prétend. Ils étaient, comme nous 
l'avons dit, un peuple barbare qui n'a rien su apprendre durant son séjour 
en Grèce et qui s'en est allé emportant avec lui la barbarie qui le distinguait 
à son arrivée. Tous ceux qui ont eu occasion de connaître les descendants 
des Pélasges expulsés de Grèce s'accordent à n-connaitre qu'ils continuaient 
à être barbares, adonnés à l'agriculture et à l'élevage des bestiaux, et le 
plus souvent, pour compte de leurs maîtres. Et s'il faut en croire Etienne 
de Byzance, les Pélasges qui s'étaient réfugiés en Sicile s'étaient abaissés 
sous la domination hellène à un tel point, que leur nom ethni(jue était 
devenu le synonyme d'esclave. 

Tels étaient. Messieurs, les Pélasges de l'histoire et leurs rapports avec 
les Grecs de l'anlicpiité. L'étude de leurs rapports avec les Albanais fera 
l'objet d'une autre communication que, dans le cas où l'institut me le per- 
mettra, j'aurai l'honneur de lui faire dans la prochaine séance. 



2/i BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 



II 

LES PÉLASGES ET LES ALBANAIS. 

Il est beaucoup plus difficile d'établir les rapports des Pélasges avec les 
Albanais. 

Entre le \f siècle avant notre ère, c'est-à-dire l'époque où les Pélasges 
ont été expulsés de Grèce, et le ii^ de noire ère, où les Albanais sont 
apparus pour la première fois dans l'histoire, il y a un intervalle de 
douze siècles dont l'histoire n'est pas encore faite, et les renseignements 
que nous trouvons éparpillés dans les auteurs sur la question suffisent 
à peine à nous indicpier où les Pélasges finissent et les Albanais com- 
mencent. Si maigres toutefois qu'ils soient, ces renseignements sont plus 
que suffisants pour vous faire comprendre (|ue ce que M. Adamifli nous 
a dit sur ce sujet n'est pas du tout sérieux. 

11 n'y a pas de doute, Messieurs, que les Pélasges ([ui ont occupé la 
Grèce n'ont pas été tous hellénisés. L'histoire ne nous atlirme le fait que 
pour les Pélasges cpii ont demeuré dans l'Attique et dans l'Argolide. Les 
Pélasges, dit Hérodote, qui de l'Attique ont émigré à Lemnos, étaient 
hellénisés à un tel point que tout le monde les prenait pour des Hellènes, 
et les Ioniens qui, de l'Argolide, ont passé en Asie Mineure, étaient connus 
plus communément sous le nom de Pélasges maritimes, TïsAacjyo] Aiyiakeîs. 
Or, ce qu'Hérodote dit est confii-mé non seulement par Thucydide, par 
Strabon et par Diodore, mais aussi par les écrivains juifs. Les Pélasges (|ui 
de la Candie ont émigré en Syrie, sont appelés par l'un des écrivains de 
la Bible, Philistées, par l'autre Cretois, par un troisième Hellènes, ce qui 
indique que ces trois peuples ne différaient pas sensiblement entre eux. 

Au contraire, les Pélasges qui, au temps d'Hérodote, existaient encore 
dans la ville de Creston en Macédoine, de même que dans les villes de 
Skylale et de Plakia sur rilellespont, et qui, lors([u'ils étaient en Grèce, 
demeuraient en Thcssalie dans le voisinage des Doriens, ces Pélasges, 
disons-nous, ne parlaient pas le grec, mais le pélasge : langue barbare, 



LES PELASGES ET LES ALBANAIS. 25 

ajoute l'historien, incompréhensible pour les Grecs aussi bien rpie pour les 
barbares, dont ils étaient entourés dans leurs nouvelles demeures. 

Mais tout porte à croire qu'avec le temps, eux aussi eurent le même sort 
que leurs compatriotes d'Attique. A force de cohabiter avec les peuples 
étrangers, les Illv riens, les Mysiens, les Macédoniens, les Thraces, ils 
finirent par être absorbés par eux sans laisser la moindre trace de leur 
existence; et si nous allons un peu plus loin sur le littoral de l'Asie 
Mineure, nous y trouverons (pie les pays qui, dans les premières années 
de l'émigration pélasgique, prirent le nom de Pélastpe, ne tardèrent pas à 
le changer, l'un en lonie, l'autre en Eolkh, le troisième en Doruh : ce qui 
indi({ue que leurs habitants qui, à leur arrivée, étaient des Pélasges, ne 
tardèrent pas à se fondre avec les peuples dont ils étaient entourés et ils 
finirent par en adopter le nom. 

Les seuls Pélasges qui réussirent à conserver leur nationalité et leur 
langue très longtemps furent ceux ({ui demeuraient dans la partie occi- 
dentale de la péninsule grec(jue. 

Chassés par les Etoliens, les Curetés et les Akarnanes, ces Pélasges se 
retirèrent en Epire, et là, unis aux Mysiens chassés par les Grecs de la 
Thessalie, aux Tyrsènes de la .Macédoine et aux lilvriens, formèrent un des 
quatre grands Etats barbares auxquels la Grèce de l'époque classique con- 
finait du côté du nord, et (pii surent conserver leur nationalité et leur indé- 
pendance jusqu'à l'arrivée des Romains. 

Une tradition ancienne, qui nous a été conservée par Plutarque, nous 
apprend en effet ([u'après le cataclysme de Deucalion, c'est-à-dire lors de 
la descente des Grecs dans le Péloponèse, Pélasgos, le chef des Pélasges 
existant en Grèce, a dû se retirer avec eux en Epire, et que là. un de ses 
compagnons, nommé Phaéthon, a réussi à se faire nommer roi : 

QsaTTpcoTùiv Ka\ MoAoa-(7vv (xsToi. rov KaTOLK/vayLOv 'Krlopova-i Oas^cra 
(6a<Ti'ksv'7ot.i TffpàîTOi', ëvix tôiv fxerà IleXoL(Tyvv 'Tffoipayevcfiévcov sU t>/i' 

HTTSipOV. 

Mais les successeurs de ce roi, continue à nous apprendre la légende, 
ne lardèrent pas à retomber dans la barbarie, et cet état de choses continua 
jusqu'au règne d'un certain Tharvpa, qui eut l'heureuse idée d'introduire 
dans ses Etals la langue et les lois humanitaires de la Grèce. 



26 BULLETIN DE LINSTITUT EGYPTIEN. 

Tœv Se Siafxé7''j)v jSaat'kéùJv êx.€a.pËapct)dévTCàv 0apK7ra zrp'ùiTOv îa^opoC- 
(Tiv Y.Ï.KYjviKo'îs ypdixyiCKTi, Koi vôixois (pikoLvBp'jÔTXOis SiaKoayLrîaavTot. ràs 
tsIasis Lvo(jLaTTov yevéadai. Plutarque, Pyrrhus. 

Or, cette observation de Plutarque, que les successeurs immédiats de 
Phaéthon étaient retombés dans la barbarie, indique clairement que les 
chefs de celte famille royale d'Epiro, quoique Pélas^ifes, étaient, à leur 
arrivée, plus ou moins hellénisés. 

Toutefois, le premier roi hellénisé d'Epire cité par l'histoire fut incontes- 
tablement Admète , chez qui s'est réfugié Thémistocle lorsqu'il fut poursuivi 
par les Alhéniens; et le lils et successeur de ce roi, nommé également 
Tharvpas, fut le premier prince épirote qui, du vivant de son père, est allé 
faire son éducation et son instruction à Athènes. De sorte que, lùslonquemenl 
'parlant, l'on pourra dire que les Pélasges qui de Grèce ont émigré en Epire 
avaient commencé à s'helléniser dès la plus haute antiquité et que leurs 
premiers instituteurs étaient leurs rois. 

Mais ce qui a le plus contribué à l'hellénisation de i'Épire fut le dévelop- 
pement rapide du peuple et du commerce grec, et plus particulièrement le 
grand nombre des colonies que les Ioniens avaient établies de bonne heure 
sur tous les points de la Méditerranée. Dans le courant du vi* siècle avant 
notre ère, il y avait trente villes ioniennes le long du littoral de la Macé- 
doine; trente autres s'élevaient sur les côtes de I'Epire et de l'Illyrie, et les 
rois de ces pays se vantaient de descendre les uns des Héraclides, les 
autres des Eacides, les troisièmes des Kadméens, et tous faisaient de leur 
mieux pour introduire la langue et la civilisation grecques dans leurs Etats. 

Grâce à ces efTorIs, la langue grecque ne tarda pas à remplacer dans 
plus d'un canton d'Epire le pélasge. Au dire d'Hérodote, lorsque les Thes- 
prùtes ont voulu transformer leur sanctuaire de Dodone en oracle semblable 
à celui de Juj)iter d'Ammon, ils ont dû en retarder l'ouverture jusqu'à ce 
que la fille égyptienne qui devait rendre les oracles eût appris la langue 
grecque, la langue du pays : E;t toJtov -/^prjj^lripiov KaTtjpyrfjtjTOf ÈTreire 
awska^e ti]v ÈWâSa. yXcSrav. Hérodote. 

Le même historien nous enseigne encore que les premiers Grecs qu'on 
rencontrait en allant de I'Epire en Grèce étaient les Dodoniens, et que leur 
pays était la première station hellénique du convoi sacré qui, chaque année, 



LES PÉLASGES ET LES ALBANAIS. 27 

venait des Hyper])orrhéens pour le sanctuaire de Délos. Èvrevôev Se zsprjç 
fjLSjafjiSpîav 'srp67reiJ.7r6iJt.eva. 'ap'jôrov; Ar^S'y^vaious FiAArfvcov SéKeaOctt. 
HtaioDoir., IV, 33. 

Certes, le grec qu'on y parlait n'était pas de premier choix : c'était plutôt 
un mélange du grec, du pélasge et de plusieurs autres idiomes barbares 
que les Athéniens des temps classiques comprenaient difhcilement. Aussi, ne 
se génaienl-ils point de considérer les Kpirotes comme non Hellènes et leur 
idiome barbare. Mais si l'on prend en considération qu'aux temps classiques , 
la plupart des anciennes toponymies d'Epire (pélasgiques ou illyriennes) 
étaient remplacées par des toponymies grecques, HTzeipos au lieu d'Aperi, 
Oeppa/au lieu de Bcrat, Apados, XapaSos , Aktiov, Bov6p''jOTOv, Xtyitxipa, etc., 
et qu'on se servait de plus en plus des noms gi'ecs ou des noms pélasges 
plus ou moins hellénisés, ASixïjtos, AXé^avSpos, OXvix7:ioi5, GapuTias, 
TxiiiOos, àépKas, Aot](70T05, etc., il est permis, je crois, d'admettre que, 
bien avant la conquête du pays par les Romains, la plus grande partie de 
sa population était hellénisée. D'ailleurs, les in^^criptions que M. Carapanos 
a tirées des ruines du temple de Dodone ne laissent aucun doute sur 
ce sujet. 

L'empire épirote s'est développé presque simultanément avec l'empire 
macédonien et ses rois se sont distingués, comme les rois macédoniens, 
par des faits d'armes et des expéditions militaires qui, pour n'avoir pas 
été toutes heureuses, ne sont pas moins appréciées par les hommes du 
métier. Lors(jue Alexandre le Grand était en train de conquérir l'empire 
perse, son oncle du côté de sa mère, Alexandre, roi des Molosses, passait 
avec une grande armée en Italie, avec l'intention de l'annexer à ses états; 
et quatre-vingts ans plus tard, son neveu, le roi Pyrrhus, marchant sur 
les pas de son oncle, entreprenait la campagne contre les Romains, et il 
s'en est fallu de peu pour qu'il entrât victorieux dans leur capitale. Malheu- 
reusement, toutes ces grandes entreprises, tous ces triomphes et échecs sur 
les champs de bataille causèrent plus de mal (|ue de bien au peuple, aux 
dépens duquel ils ont été faits. Ils l'épuisèrent moralement et matériel- 
lement, le plongèrent dans la misère et dans la discorde, et préparèrent 
son asservissement aux Romains, qui a été la cause de sa disparition 
complète. 

Nous savons par Polyle que, lorsqu'cn 168, Paul-Emile, le vainqueur 



28 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

de Persée, le dernier roi de Macfkloine, devint maître de ses états, son 
premier soin fut de conduire ses légions en Epiie pour venger les outrages 
que ses derniers rois avaient osé infliger aux Ron)ains; et il exécuta son 
mandat avec toute la cruauté d'un Romain offensé. Soixante-dix villes 
florissantes furent livrées à la fureur de la soldatesque, et toute la popu- 
lation mâle du pays qui a pu échapper à la mort, montant à cent cinquante 
mille hommes, a été vendue comme bétail dans les marchés de l'Italie. 
Leur pavs, repeuplé par des Illyriens et des Romains, devint alors une des 
plus importantes stations militaires romaines : T'Sv yovv KTreipcorwv 
é^SoyLVKOvra -zsôXeis IloXvStos (^Yjat àvœrpé^OLi Jlavkov ixerà t>)v MoixeSovcov 
x-ot] Hspyscios KajaKvaiv , ■zssvts Se kou Ssxol ixvptoiSas dvSp^jjTrovs èçavSpaTTO- 
Sîcrxa-Bai. Strabon, 822. 

.Je n'ai pas le courage de vous exposer les exactions que les pauvres 
Epirotes ont souffertes durant les deux premiers siècles de la domination 
romaine. Strabon les décrit avec les couleurs les plus sombres, et ceux 
parmi vous qui s'y intéressent pourront les lire dans cet auteur. Mais en 
lisant cet auteur, ils s'apercevront vite que toutes ces vexations étaient 
dirigées [)resque exclusivement contre l'élément indigène, les Epirotes, et 
qu'elles avaient pour but lem' extermination complète. En effet, au temps 
où Strabon écrivait sa Chrestomathie , deux des plus importantes tribus de 
l'ancienne Epire, les Ethikes et les Tallares, avaient déjà disparu du pavs : 
EKXs'keiTrévy.i rà vvv io'IopovTi Aïd ix.es «a< TaXÀapof. 

11 n'en fut pas de même des Illvriens par lesquels les Romains avaient 
repeuplé le pays. 

Ayant accepté avec reconnaissance la situation privilégiée (|ue les con- 
quérants lui avaient octroyée, ce peuple a travaillé très sincèrement à la 
réalisation du programme politique de ses maîtres, celui de i-oniamser le 
pays conquis. Mais, cela faisant, les Illvriens subirent eux aussi une série 
de transformations qui les ont différenciés singulièrement de leurs frères 
restés en Ulyrie. 

Le changement de climat et de nourriture, et plus particulièrement 
leurs alliances avec la population indigène, ne tardèrent pas à altérer leur 
constitution. De bracliycéphales qu'ils étaient sur les montagnes de l'UIyrie, 
ils devinrent, à l'instar des pères de leurs mères, dolichocéphales. Leur 
chevelure, de noire qu'elle était, devint châtain clair; leurs yeux devinrent 



LES PELASGES ET LES ALBANAIS. 29 

bleu-gris, et leurs fiiles acquirent peu à peu le beau profil des Pélasges, 
qu'on a si inexactement nommé profil grec, et qu'elles ont conservé jusqu'à 
nos jours. Tous ceux qui ont voyagé en Epire s'accordent à reconnaître 
que les femmes au profil grec sont beaucoup plus fréquentes dans ce pays 
qu'à Athènes. 

En se mélangeant avec les soldats romains qui étaient de toute prove- 
nance, les lilyriens établis en Epire changèrent également leurs mœurs et 
leurs habitudes à un tel point que leurs frères restés en Illyrie ne voulaient 
plus les reconnaître comme faisant partie de leur nation. Aussi cessèrent- 
ils de les appeler par leur nom ethnique Skip. Ils leur donnèrent celui de 
To.tJii, ([ui, au dire des albanologues les plus autorisés, n'est qu'une forme 
réduite du mot Truski ou Toiirsas ou Tyrsènes, l'ancien nom des Pélasges 
de Macédoine; tandis que les Romains, qui avaient tout intérêt à les faire 
passer comme les anciens habitants du pays, leur appli([uèrent celui de 
Ar~bir ou Albir, le nom préhellénicjue de la population indigène del'Epire, 
que les Byzantins convertirent en ApëavÎTat ou AX^aviTon. 

Donc, étant donné que, sous la domination romaine, l'Epire formait 
avec rillyrie un seul et môme état — l'Illyricon — il n'est point étonnant 
que le géographe Ptolémée qui, comme vous le savez, vivait dans le 
II" siècle de notre ère, soit le premier auteur qui fasse mention de l'Epire 
sous le nom d'Albanie et qu'il la considère comme un département de 
rillyrie. Mais le rôle important qu'ont plus tard joué les Albanais sous les 
Byzantins a fait que ce nom s'étendit sur toute l'illyrie et qu'il s'y conserve 
encore. 

Eu dehors de ces deux appellations d'Arber et de Toski, les lilyriens 
{[ui, sous les Romains, se sont installés en Epire, et que dorénavant nous 
appellerons les Albanais, n'ont rien pris de l'ancienne langue du pays. Et 
il ne pouvait pas en être autrement, puisque, à leur arrivée, la population 
indigène était presque entièrement éclipsée et que les Romains avaient 
imposé le latin comme la seule langue officielle dans le pays. Les quelques 
mots épirotes (pélasges) qu'on a découverts dernièrement dans l'albanais 
coHla, espct, ajar, ont été empruntés à l'épirote bien avant l'arrivée des 
Romains dans le pays; aussi appartiennent-ils à l'illyrieii, non à l'albanais. 

La langue que les Albanais ont du apprendre dans leur nouvelle patrie 
était la langue romaine. Et, en eiïet, ils se l'approprièrent si vite ([u'en 



30 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

moins de deux siècles la plus grande partie de leur vocabulaire était rem- 
placée par des expressions latines. Et si les choses avalent continué à 
marcher du même train, il n'y a pas de doute qu'aujourd'liul nous aurions. 
en lieu et place de l'albanuls, une autre langue romaine semblable au 
français, à l'ilallen, à l'espagnol. Mais heureusement ou malheureusement, 
vers la fin du iif siècle, survint l'invasion des Golhs, laquelle a été suivie 
par celle des Slaves, des Serbes, des Bulgares, etc., ce qui a fait inter- 
rompre durant sept siècles la propagande de la langue romaine dans le pavs. 

Mais si cette occupation prolongée du pays par ces peuples barbares a 
préservé les Albanais d'une romanlsation complète, elle a chargé leur 
idiome d'une foule d'expressions barbares de toute provenance, lesquelles, 
malheureusement, figurent comme élément constituant de l'albanais 
jusqu'aujourd'hui. 

Pour vous donner une idée de la constitution actuelle de la langue alba- 
naise, il me suffira de vous dire que, de cinq mille mots environ contenus 
dans le dictionnaire de M. G. Meyer, le plus complet des dictionnaires 
albanais parus jusqu'à présent, i./ioo sont romains, 5/io slaves, i.i(So 
turcs, 8/io néo-grecs, et à /loo seulement se réduisent les mots qu'on peut 
considérer comme donnant le fond de l'ancienne langue illvrlenne et dont 
la plupart font partie des langues tudo-germanlques. 

De mots grecs, l'albanais n'a pas beaucoup, et ceux qu'il possède, il les 
a pris des Romains plutôt que des Grecs. Aussi conservent-ils encore le 
type et la forme romaine : par exemple, le mot albanais 'mhi, qui cor- 
respond au grec d[xÇ>], a été tiré du latin ambi. Le mot vesl, qui correspond 
au grec sjOrfs, a été tiré du latin vestes, dont il conserve la forme. Le mot 
mort qui, en albanais, signifie tla mortw, a été tiré du latin mortem, non de 
(xSpos, qui, seul, était en usage chez les anciens Grecs. 

Et il ne pouvait pas en être différemment, puisque les Albanais vinrent 
au monde à une époque où le grec ancien avait déjà fait place dans l'Epire 
à l'idiome romain '''. 

Le christianisme qui, en général, a fourni aux peuples barbares la 

''* 11 ne faut pas confondre les mois d'une langue avec ses 7-aciiies. En peuple apj)a- 
renlé aux Indo-germains, les lllyriens, el par conséquent les Alljanais, ont encore un 
grand nombre de racines puisées à la langue mère, lesquelles, dans loules les langues 
appartenant à celte famille, sont les mêmes. 



LES PELASGES ET LES ALBANAIS. 31 

première occasion pour s'initier à la langue grecque, ne pouvait pas avoir 
le même effet sur les Albanais, par la simple raison que la conversion de ce 
peuple à la nouvelle religion a eu lieu à une époque (aux temps de 
Tliéodose) où le latin était encore la langue officielle dans tout l'Orient. 
Aussi, la plupart des termes ecclésiastiques dont les Ali)anais font usage 
sont-ils pris du latin, non du grec. Ils appellent siV«/, le rr saint ?i; Kiese; 
l'rr Eglises; mensa, la r messe ^i; brecuhtm, le k miracle ?■); prift, le -prolre^i, 
cruoce, la rt croix w, etc. 

Je vous ferai grâce, Messieurs, des mots slaves, bulgares, valaques et 
turcs, passés à l'albanais, pour m'occuper plus spécialement de ceux em- 
pruntés au néo-grec. 

Les premières relations des Albanais avec les Grecs modernes remonlent 
à peine au xi^ siècle, et plus particulièrement lorsque l'empereur Basile 
le Bulgaroctone les a délivrés du joug bulgare, et, comme récompense de 
leur fidélité et de la bravoure dont ils firent preuve dans ces combats, les a 
installés comme gouverneurs militaires en Péloponèse et en Tbessalie, dans 
le but de contenir les Slaves domiciliés dans ce pays. Ce n'est qu'à partir 
de ce moment que les Albanais commencèrent à introduire dans leur 
dictionnaire des termes empruntés au grec vulgaire, par exemple : àyspas, 
àTTOpLCvn, àjlpdyjx, ycfxdp, yovpva, X,oxoiSa, Sioj^o, eÎKoviyix, einovoylas, 
et tant d'autres qu'il serait long de citer. 

Mais le plus grand nombre de mots néo-grecs sont entrés dans l'albanais 
lorsque, au commencement du xiii* siècle, un des frères de l'empereur 
Michel Gommène, nommé Angelodoukas. jusqu'alors préfet d'Epire, se 
déclara indépendant et fonda le despolat de l'Epire ou, pour mieux dire, 
le rovaume gréco-albanais qui a tenu tète aux Francs aussi bien qu'aux 
Turcs jusqu'au xvi" siècle. 

Suivant l'exemple des anciens rois d'Epire. Angelodoukas s'est donné 
pour tâche d'helléniser ses sujets encore barbares, et, pour relever leur 
sentiment patriotique et les préparer aux combats qu'il avait à livrer contre 
les Francs et les Turcs, ce despote chargea un grammairien de son époque, 
nommé Hcrmoniacos, de traduire en grec vulgaire V Iliade d'Homère. Et 
cette traduction qui, soit dit en passant, était écrite dans un grec du plus 
mauvais aloi, fut le seul ouvrage dans lequel les enfants des Epirotes, 
durant le despotat, apprenaient à lire et à se comporter en hommes libres. 



32 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

Ce fut aussi le modèle sur lequel Benoît de Saint- Maure a composé sa 
fameuse Guerre de Troie (jui, sans être supérieure à la traduction 
d'Hermoniacos, a remplacé plusieurs siècles Homère dans les écoles de 
France. 

Nous ne dirons rien sur l'albanais parlé actuellement en Grèce. La 
situation exceptionnelle que les Albanais se sont créée dans ce pays pour la 
part qu'ils ont prise dans la guerre de l'indépendance hellénique, et la vie 
commune (ju'ils y mènent avec les Grecs, ne pouvaient certes laisser leur 
idiome intact. Aussi cet idiome s'est-il chargé de tant d'expressions grecques 
qu'au dire du docteur Ueinhold, albanoiogue très distingué, il constitue 
un nouveau dialecte albanais que les Albanais de Bérat ne comprennent 
que difficilement. 

Il résulte de ce que nous venons de dire que les AlJjanais ne sont pas 
des Pélasges, comme M. Adamidi le croit, pas plus que des lllyriens. Ce 
sont le produit de l'union des lllyriens romanisés avec les hJpiroles helléinsésy 
lesquels unis aux Goths, aux Mvsiens. aux Slaves, et plus particulièrement 
aux Grecs modernes, formèrent avec eux un peuple mixte à part qui a 
beaucoup plus de rapport avec ces derniers qu'avec n'importe lequel des 
peuples qui ont contribué à sa formation. 

Mais M. Adamidi est un adversaire indomptable et garde ses plus 
dangereux coups pour le dernier moment. 

«Si tout cela était vrai, nous dit-il en dernier lieu, si les Albanais 
n'étaient pas les descendants directs des Pélasges de l'antiquité et si ces 
Pélasges n'étaient pas la souche du peuple et de la langue hellène, comment 
se fait-il que la langue albanaise s'approche du sanscrit beaucoup plus que 
le grec, qu'elle consiste de ces mêmes mots monosyllabes qui ont servi de 
racines pour la formation de la langue grecque, et qu'elle contient encore 
grand nombre de mots et d'expressions propres à la langue homérique "N 

Si ces objections (Haient fondées, j'avouerai, Messieurs, que c'en serait 
fait de toutes les démonstrations historiques et ethnologi(jues dont je viens 
de vous entretenir; car, dans les discussions du genre de celle qui nous 
occupe, les témoignages de la iuiguistupie passent aujourd'hui pour les 
plus véridiques. Mais, heureusement pour nous, mon honorable confrère 
est ici aussi dans la plus grande erreur. 

Nous observerons tout d'abord que le sanscrit cpùl a choisi comme point 



LES PELASGES ET LES ALBANAIS. 33 

de repère de l'ancienneté relative de deux langues, l'albanais et le grec, 
ne peut plus servir à ce propos. Il y a plus de cent ans que cette langue a 
cessé d'être considérée comme la mère des langues indo-européennes et que 
les langues ne sont plus taxées d'après le nombre de termes sanscrits 
qu'elles possèdent. Aujourd'hui, tous les asianologues admettent que le 
sanscrit est un rejelop de la branche orientale du tronc indo-persan ou 
arien des langues lapetiques, de même que le grec en est un de sa branche 
occidentale; et que les langues qui descendent directement du sanscrit, 
tout en étant plus jeunes, peuvent contenir beaucoup plus de termes de 
cet idiome que le grec. 

Mais admettons un moment que la doctrine ancienne soit encore la 
vraie, et examinons les éléments linguistiques sur lesquels mon honorable 
confrère base ses conclusions. 

Commençons par les mots qui. suivant lui. rapprochent l'albanais du 
sanscrit beaucoup plus que le grec. 

Le mot Avva, dit M. Adamidi, qui, dans le sanscrit, signifie la 
« semaine 1', se retrouve dans l'albanais sous la forme de [i)avva, tandis 
que les Grecs se servaient du mot éQoy.ds. 

Mais dans le sens que mon confrère lui donne, le mot avva n'existe pas 
dans le sanscrit. Je l'ai cherché inutilement dans le grand dictionnaire de 
Saint-Pétersbourg, le plus complet (jue nous possédons, et je prierai mon 
confrère de m'indiquer l'endroit où il se l'est procuré. 

Les Hindous, qui divisaient leurs mois en deux parties égales, corres- 
pondantes aux deux phases de la lune, se servaient des expressions ^oî/r«fl 
et navaha, équivalentes aux nôtres de pleine lune et de nouvelle lune. 
Plus tard, a été inventée la division du mois en trois parties égales, système 
dont les Hellènes de répoi[ue classique lirent usage, mais (|ui. chez les 
Hindous, passa inaperçu. 

La division du mois en semaines est une invention relativement moderne 
des Sémites de la Mésopotamie, que les Hébreux, revenant de leur exil, 
apportèrent de Babylone, mais qui n'est entrée en usage universel que 
lorsque le christianisme a propagé la légende de la création du inonde en 
sept jours. Dion Cassius nous apprend que les Romains ne l'adoptèrent 
qu'au temps des empereurs et qu'elle leur était venue des Egyptiens. Mais 
le plus intéressant de tout, c'est ([ue lorsque ce svslème s'est propagé de 

Bulletin de l'Institut égyptien. 3 



U BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

Babylone en Perse, et de là aux Indes, on y adopta, pour le désigner, la 
terminologie sémite. On traduisit sabbat par hcphla en Perse, par .snpla 
aux Indes, £7r7a en Grèce, et nulle part par avva. 

Mais le plus curieux du tout, c'est que le mot {i)awa, que M. Adamidi 
nous présente comme le nom albanais de la semaine, n'est pas non plus 
albpnais. Au dire de M. Cavalioti, de Hahn et de Meyer, les albanologues 
les plus renommés de nos jours, les Albanais se servent dans ce but du 
mot giabba qui, au dire des mêmes auteurs, n'est que le produit de cor- 
ruption du mot latin hahda ou hebda, équivalant à VÉTrla des Grecs. 

Je vous ferai grâce, Messieurs, des commentaires d'ailleurs très instructifs 
de M. G. Meyer, contenus dans son dictionnaire étymologique de la langue 
albanaise, page i6;2. Ceux parmi vous qui s'y intéressent peuvent avoir re- 
cours à cet ouvrage, et dans le cas où ils ne le trouveraient pas dans la Biblio- 
thèque kbédiviale du Caire, je m'offre de mettre à leur disposition le mien. 

Le second mot que M. Adamidi cite à l'appui de ses idées est bec. «Ce 
mot sanscrit, dit-il, se conserve dans l'albanais sous la forme de bouc, qui 
signifie, comme dans le sanscrit, le pain; tandis que les Grecs se servaient 
dans ce but du mot âpros. -' 

Mais le mot bec n'est sanscrit que pour M. Adamidi. Tout le monde le 
considère comme phrygien, et ceci d'habitude plutôt (|ue de conscience. 
Car, à vrai dire, ce mot a été fabriqué en Egypte et dans des conditions qui 
excluent toute coopération phrygienne. «Psamétique, dit Hérodote, ayant 
eu une fois la curiosité d'apprendre quel était le plus ancien peuple du 
monde, fit élever deux nouveaux-nés dans un isolement complet. Les gens 
chargés de leur entretien reçurent des ordres sévères de ne rien prononcer 
par devant ces nourrissons jusqu'à ce qu'ils eussent commencé à parler 
spontanément. Or, le premier mot (jue. au dire de leurs gardiens, ces 
enfants prononcèrent pour leur demander à manger, fut bec. Informé de ce 
fait, Psamétique demanda à son entourage si quelqu'un connaissait le pays 
oiî ce mot était en usage, et ayant appris (jue c'étaient les i^lirygiens (jui 
désignaient par ce mot le pain, eut la satisfaction de conclure que les 
Phrvgiens étaient le peuple le plus ancien de l'univers et que bec exprimait 
dans leur langue le t pain, -d Grâce à ce racontar d'Hérodote, tous les peuples 
de l'anlicpiité ont admis les conclusions de Psaniéli(pie sans jamais se 
donner la peine de les contrôler. 



LES PELASGES ET LES ALBANAIS. 35 

Mais même en admettant avec M. Adamidi que ce vocable est réellement 
un mot sanscrit et qu'il désigne le pain, il est facile à démontrer qu'il n'a 
rien à faire avec le mot bouc, le nom du pain chez les Albanais. Au dire 
des albanologues les plus autorisés, ce mot ne signifie point chez les 
Albanais le pain, mais la quantité de nourriture que la bouche d'un homme 
est capable de contenir. Il correspond par conséquent à l'ex pression, Mwe 
bouchée de pain. Et comme la nourriture habituelle des Albanais était le 
pain, le mot bouc est passé avec la signification du pain. Dans tous les cas, 
bouc ne dérive pas du phrygien pas plus que du sanscrit, mais tout sim- 
plement du latin bocca. 

Ceux parmi vous qui désirent s'assurer de l'exactitude de mes assertions 
peuvent lire les commentaires sur ce mot contenus dans le dictionnaire 
précité de G. Meyer. page 5i. 

Vous pouvez conclure. Messieurs, de cet examen comparé de deux 
premiers des mots par lesquels M. Adamidi cherche à démontrer la proche 
parenté de l'albanais avec le sanscrit, combien ses arguments sont peu 
sérieux. Les mots qu'il nous présente comme tels ne se retrouvent ni dans 
le sanscrit ni dans l'albanais. 

Venons à présent aux mots albanais qui. suivant M. Adamidi, se ren- 
contrent dans la langue liomérique et ceux qui auraient servi de racines 
pour la formation de la langue grecque. 

Le seul mot que l'albanais a en effet commun avec la langue homérique, 
c'est VAÇiap. 11 se rencontre tel quel dans plus d'un endroit de Y Iliade. 
Mais il ne faut pas oublier que, pour identifier deux mots appartenant à 
deux langues différentes, il ne sufiit pas seulement de l'identité de leur 
construction et de leur forme; il est nécessaire que les deux mots aient aussi 
la même signification. Car Vhomophonisme à différents sens est un phénomène 
du hasard commun à toutes les langues. Ceux parmi vous ([ui ont eu 
occasion d'entendre la belle comédie néo-grecque — la Bahjlonie — doivent 
se rappeler que la base de cette pièce est une homophonie de ce genre. 
Le mot par lecjuel les Cretois désignent les moulons a dans l'albanais une 
toute autre signification. Et ce fut ce ([uqiroquo qui a occasionné parmi les 
convives la rixe (pu les a fait passer la nuit dans le dépôt. 11 est très pro- 
bable ([u'il en est de même du mot a(pap. Car si nous savons ce que ce mot 
signifie en albanais, nous iffnorons complètement sa vraio signification en 



36 BULLETIN DE L'INSTITUT ÉGYPTIEN. 

grec. Les meilleurs hellénistes ne sont pas encore arrivés à préciser ce que 
ce mot signifie chez Homère. Et tant que ce pointue sera pas définitivement 
éclairci, nous ne pourrons jamais affirmer que le mot homérique est iden- 
tique avec l'alhanais afnr. 

Or, tels sont la plupart des mots albanais que M. Adamidi cherche à 
identifier avec les mots homériques et les faire passer comme les radicaux 
de l'ancien grec. 

Le mot albanais Iras, qui signifie rttuer«, et hredh, qui signifie «r tanner r , 
sont identifiés par mon confrère avec les mots homériques /SpaV et (2i€pc>jj-xri) , 
dont l'un signifie «manger 55, l'autre «ce qu'on mangeai. Le mot albanais 
prir, qui signifie fr détruire t> , est identifié avec le mot homérique 'csprjïo'Oi) ou 
'aiTTpda-xrj), qui signifie «vendrez; et ne sachant pas où caser le mot morgou 
ou mourgou, commun à toutes les langues romaines, sans en excepter le 
grec moderne, M. Adamidi ne se gène point de nous fabriquer de toutes 
pièces un mot homérique nouveau : fjiopyaléos. 

Beaucoup plus curieuse est la nomenclature grecque des animaux domes- 
tiques que M. Adamidi fait dériver de l'albanais. 

Il est notoire (jue l'animal qui. chez les Grecs anciens, était appelé 
'iTiTTOs, et chez les Romains equus, porte chez les Italioles le nom decaballaa. 
Or, en enlevant de ce mot la syllabe moyenne ba, disent les albanologues, 
les Albanais formèrent le mot calas, dont ils se servent jusqu'à nos jours, 
pour désigner le cheval. Ils en firent autant pour le mot cavalière qu'ils 
transformèrent en calior. Mais mon honorable confrère ne veut rien savoir 
de tout cela. Il est fermement convaincu que le mot albanais cale est le 
prototype pélasge dont les anciens Grecs tirèrent le mot KeXr;?, leur plus 
ancien nom du cheval, à son avis. Mais s'il avait étudié un peu mieux 
l'ancien grec, il aurait su que dans l'antiquité le mot KeXjj? n'était point le 
nom propre du cheval, mais un de ses adjectifs multiples. Il désignait un 
cheval propre à monter et plus particulièrement un cheval de course. Il aurait 
su encore que, de la forme dorienne de ce mot xsXep, les Romains for- 
mèrent leur celer et les Vala(|ues de nos jours leur calaras, qui veut dire 
«courriers. Il y a même un petit pays en Thessalie, renommé pour ses che- 
vaux de course, qui conserve jusqu'à nos jours son ancien nom de halanta. 

Le mol Mo7;i^o5, le nom grec du 'rveaur. serait, d'après M. Adamidi, 
formé sur le modèle du mot albanais mer. Mais, au dire des albanologues. 



LES PELASGES ET LES ALBANAIS. 37 

ce mot en albanais ne sifi;nirie point le veau ou la vaclie, mais le mulet, et 
je ne crois pas (pi'il y eut une époque où les mulets produisaient des veaux 
en Albanie. 

Le mot a'î^-a.iyoi enfin, le nom grec de la cbèvre, dérive, suivant 
M. Adamidi. du mot albanais gets, qui, pour tous les albanologues, est 
la forme raccourcie du mot kelsi ou katsi, que les Turcs donnent à cet 
animal et qui est également passé dans le grec moderne. 

Je crois, Messieurs, ((ue vous avez assez de la nomenclature gréco- 
albanaise des animaux domesti([ues. Permettez-moi de compléter le tableau 
en vous citant quel([ues-unes des étymologies de noms propres des localités, 
des bommes et des peuples de l'ancienne Grèce que M. Adamidi croit 
pouvoir expliquer par l'albanais. 

Du mot crns qui , en albanais , signifie le « bras v , mon bonorable confrère 
ne se gène point de faire dériver le nom grec de Kpavixoi, les anciens 
habitants de l'Altique, et l'expliquer par Pélasges au bras fort. l)u mot dore 
qui , en albanais , signifie la rc main n de même que le bout supérieur du bâton , 
il fait dériver le nom des Doriens et l'explique par hommes ou Pélasges armés 
de gros bâtons. Le mot albanais maie, qui signifie la k pomme ^\ et mole, qui 
signifie la rr montagne i% seraient les radicaux des mois grecs Maleasel Molosses. 
S'il est cependant vrai que les anciens Molosses occupaient un pays mon- 
tagneux, c'est la première fois que j'entends que le cap Maléas est un pays 
oii le pommier prospère. Le mot Hellopie, le nom ancien de l'ile d'Eubée, 
signifierait le «pays de vacbes^i; Odict, le pays de sangliers; Thèbes, que 
les Grecs prirent des Egvptiens, signifierait le pavs de porcs. Mais la plus 
amusante de ces étvmologies est celle de To(/apa et de AcoS^Jvrj, qu'il nous 
a laissée pour la bonne bouche. 

«Le nom Tôfxapa, ou Tçxôpa (en grec (à)T/:zo>) et de Dodoni. dit 
M. Adamidi, proviennent l'un de Toum-Toiim, f autre de Don-Don, qui 
rappellent les bruits ([ue ce volcan de l'antiquité produisait dans ses 
éruptions, n C'est égal à M. Adamidi si cette montagne n'a rien sur elle 
qui puisse déceler sa nature volcanique. Il sullit pour lui de savoir ([ue 
son nom actuel Tinoros est celui dont les Pélasges se servaient et qui, 
passé au grec, a conservé sa signification de montagne fumante. 

Il y a. Messieurs, un proverbe albanais (|ui dit : - Autant il est facile à 
un enfant de jeter une pierre dans le puits, autant il est dillicile à un 



38 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

adulte de la retirer i\ Malheureusement, mon honorable confrère, sans 
être un enfant, en a précipité tant dans sa disserlution qu'il me faudra 
travailler des mois entiers pour les remettre au jour. Je ne crois pas 
cependant que ce soit nécessaire. De ce que j'ai pu retirer, et, je l'avoue, 
non sans beaucoup de peine , l'on peut se faire une idée sur ce que vaut le 
reste. Aussi, je n'ai qu'à vous remercier pour la patience avec laquelle vous 
avez bien voulu entendre mon babillage et à souhaiter à mon confrère un 
meilleur emploi de son temps dans l'avenir. 

D' ArOSTOLIDÈS. 



BULLETIN DE L'INSTITUT ÉGYPTIEN. 



SÉANCE DU 5 MARS 1906. 



Présidence di: S. E. Hussein Fakhrv pacha, président. 



La séance est ouverte à 5 heures. 
Sont présents: 

LL. EE. Hussein Fakhry pacua, président, 

LE D"" AbBATE pacha ) . 

,. . > vice-présidents, 

Y AcouB Artin pacha ) ' 

MM. Gavillot, secrétaire général, 

LE l)"" Innés bey, secrétaire adjoinl , 

Aly bey Baligat, le docteur BaV, S. E. Brujjsch pacha. AIM. R. Fourlau, 
N. Giorgiadis, le docteur Kealinge, le capitaine Lyons, de Mohl, .J.-B.Piot 
bey, le docteur Sandwith, Vaast et L. Vidal, membres titulaires; Hume et 
Pachundaki, membres correspondants. 

Se sont excusés par lettre : MM. Barois et Ahmed bey Kamal. 

Assistent aussi à la séance : MM. le docteur Ballet , A. Galante, W. Green , 
B. F. E. Keeling. le docteur H. Menasche, Samuel Teschenazi et les 
RR. PP. Teilhard et Bovier-Lapierre. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté sans obser- 
vations. 

M. Gavillot donne la liste des ouvrages reçus à litre de dons pour la 
Bibliothèque depuis le i q fi'vrier dernier, savoir : 

De S. E. Winc.ate pacha, The .\ilr-Red-S«'a-Railivau, avec carie et de nom- 
breuses planches. 



40 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

Du Survey-Deparlment : Catalogue of Geological M nsnim, Cairo. 

De rinstitul français d'archéologie orientale : Bibliollirfjue des Anihi.s/mts 
français (première série, tome 1"), Silveslro do Socy. 

Et des auteurs respectifs : Le Soudan sous le rèfrne du Khédive Ismaïl, par 
S. E. le docteur Abi)ate pacha; Moyens de réoénération des cultures sucrières, 
et sur l'existence et les ravages du Borer dans la canne à sucre et Je sorgho en 
Egypte, par H. Naus et H. Pellet. 

M. FouRTAU fait hommage à l'Institut d'un exemplaire de son travail Les 
gisements de phosphates dans le nord de l'Afrique (extrait do la Bévue inter- 
nationale d'Egypte, février i()oG). 

M. PioT BEV obtient la parole et s'exprime en ces termes: 

«J'ai le regret d'avoir à annoncer à l'Institut le décès de M. Piètrement 
survenu à Paris le i 5 février dernier. Le défunt, ancien vétérinaire mili- 
taire, fut d'abord, et depuis longtemps, membre correspondant de notre 
Société qui l'éleva à l'honorariat en 1901. 

tAu cours de sa carrière militaire, brillamment remplie, il s'adonna à 
des recherches passionnéi's sur l'origine de nos diflférents animaux domesti- 
ques, et il utilisa les loisirs de sa retraite à compléter ces études en visitant 
de nombreux nmsées, en compulsant des documents écrits dans toutes les 
langues, en interrogeant les vovageurs, les archéologues, les linguistes 
afin de serrer d'aussi près que possible la vérité scientifKjue. 

«On lui doit de nombreux et importants travaux sur la matière qu'il a, 
pour ainsi dire, mise au point. En dehors de ceux que possède notre biblio- 
thèque, il a publié sur l'origine du cheval, du chien d'arrêt, etc.. quantité 
de mémoires dans les Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris et de 
la Société centrale vétérinaire. 

«On peut dire qu'il a bien mérité de la science et grandement honoré les 
sociétés auxquelles il appartenait, car son œuvre est de celles qui laissent 
une trace durable dans les fastes de l'humanité. 

«Je propose à l'Institut de vouloir bien transmettre à sa veuve et à sa 
famille les condoléances de ses collègues. 1 

M. lE Président exprime les regrets de l'Institut pour la perte de ce 



PROCES-VERBAL DU 5 MARS. 41 



confrère et charge le secrétaire général d'adresser à la famille de M. Piètre- 
ment les sincères condoléances de notre Compagnie, |)iiis il suspend la 
séance en signe de deuil. 

A la reprise, S. E. Fakiiry paclia déclare la vacance des sièges de 
M. Marc Kahis l)ev cl de S. E. ledoclcur Hassan Mahmoud pacha, décédés. 

M. LE Président annonce ensuite la nomination au titre membre de la 
Société Royale de Londres, de M. le capitaine Lyons, et lui exprime ses 
félicitations personnelles et celles de l'Institut pour cette distinclion si bien 
méritée. 

L'assistance s'associe à son président par des applaudissements unanimes 
et répétés. 

M. le docteur Bav lit sa Vo/c sur les phénomènes électriques qui accom- 
pagnent le Khamsin. 

S. E. Abbate i'achv fait les remarques suivantes: 

cLes phénomènes électri([ues du Khamsin ont ('-lé étudiés autrefois par 
Huppel et Husseger. 

" Dernièrement, voyageant dans la Haute-Nubie et le Soudan et me trou- 
vant à khartoum. j'ai constaté une grande perturbation atmosphérique un 
jour (pie le vent souillait du sud-est. (^e vent est appelé Haboub par les 
Soudanais et correspond au Sandstormtj des Anglais. Au moment de la 
tourmente, j'ai observé (jue le sable était soulevé en tourbillons et (pie le 
baromètre était descendu brusrpiement de 76 à y/i centimètres, soit une 
dépression de 20 millimètres indi(|uant une perturbation atmosphéri(jue. 

~ Pour ce ({ui concerne les phf'-nomènes électriques du Khamsin , je me 
rallie entièrement aux idées ('-mises par notre collègue M. le docteur Bay, 
(jui, suivant les nouvelles théories, attribue ces plu'nomènes à la dissocia- 
tion de la matière. Les éludes sur ce sujet me paraissent très importantes 
et doivent être poursuivies par l'observatoire dHélouan , (|ui be trouve pour 
cela dans des conditions très avantageuses. -^ 

Personne ne demandant la parole et Tordre du joiu- étant ('-puisé, la 

séance est levée à 5 heures /i5 minutes. 

Le Secrétaire ffcncral , 
J. C. Aristide GAVILLOT. 



JNOTE 

SUR LES PHÉNOMÈNES ÉLECTRIQUES 
QUI ACCOMPAGNENT LE KHAMSIN. 



L'élude du Khamsin et des phénomènes électriques qui l'accompagnent 
appartient au domaine des observations météorologiques et ne peut être pour- 
suivie qu'avec des instruments enregistreurs spéciaux que, seuls, les obser- 
vatoires possèdent; ce sera donc par des observations multipliées et long- 
temps poursuivies qu'il sera possible d'établir des graphiques définitifs qui 
donneront à ces recherches une précision rigoureuse et mathématique. 

Actuellement, nous voyons sur différents points de la côte d'Afrique 
s'élever des observatoires, et en Egypte en particulier, l'observatoire de 
Hélouan semble destiné à devenir le centre du groupement de toutes les 
observations. Nous devons donc bien augurer de ces institutions qui sont 
appelées à rendre à la science de réels services. 

Les théories anciennes sur la genèse des phénomènes d'électricité 
statique sont insuffisantes pour expliquer les phénomènes électriques qui 
accompagnent le Khamsin. 

Lélude de l'électricité atmosphérique a fait, il est vrai, connaître l'ori- 
gine des orages, et nous devons surtout à M. Palmieri, le savant directeur 
de l'observatoire du Vésuve, les plus beaux travaux sur ce sujet. Mais, si 
l'origine des orages nous est en partie connue, il n'en est pas de même en 
ce qui concerne les phénomènes élcctri{[ues du Khamsin; il est , en effet, dif- 
ficile d'étudier ces phénomènes qui, bien que se répétant périodiquement, 
ne sont pas cependant très frécpients et ne peuvent être observés (jue sur 
certains points du territoire africain assez éloignés les uns des autres. 11 
s'écoulera donc un certain temps avant que l'on puisse multiplier les obser- 
vations, surtout au centre de l'Afrique et dans les déserts où le phénomène 
parait prendre sa source. Nous ne possédons que les récits des voyageurs. 



lia BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

et leurs observations météorologiques ne sont ni assez complètes ni assez 
prolongées pour fournir des renseignements suffisamment utiles à l'étude 
du sujet qui nous occupe. Nous devons donc nous borner à la constatation 
des faits qu'il est loisible d'étudier, et en tirer quelques déductions théo- 
riques et hypothétiques sur la genèse du phénomène. 

Je me bornerai donc aujourd'hui à vous exposer brièvement les obser- 
vations que j'ai pu consigner durant ces huit dernières années , ainsi que 
les déductions pratiques (jui me paraissent devoir en découler. 

Nous rappelons que le Khamsin est le nom du vent chaud qui souffle du 
sud d'une façon intermittente durant une période de cinquante jours pen- 
dant les mois de mars et avril, c'est-à-dire à partir de Pâques jusqu'à la 
Pentecôte environ. Cet air surchauffé arrive des régions désertiques chargé 
de poussières impalpables et de sable qui, à l'apogée du phénomène, 
obscurcissent le soleil en donnant à l'atmosphère un aspect rougeâtre. 

La description de l'ambiance est trop connue de tous pour cju'il soit né- 
cessaire de m'étendre sur ce sujet; qu'il me suffise de rappeler que ce vent 
souffle généralement par période de trois jours dont la seconde journée est 
la plus pénible. On a comparé à juste titre la sensation que les hommes 
et les animaux éprouvent aux effets que produit le voisinage d'un incendie. 
L'expérience a démontré c|ue le meilleur moyen de se proléger contre ces 
effets est de clore hermétiquement les habitations, car, dans ces condi- 
tions, la température intérieure des appartements, bien ([u'au-dessus de 
la normale, est toujours, grâce à cette précaution, inférieure à la tempé- 
rature de l'air extérieur. Ce vent existe aussi en Arabie et en Syrie où il 
porte le nom de Simoun et en Algérie et Sicile où on le nomme Siroco. Il 
est un point sur lequel toutes les observations faites dans ces différentes 
contrées sont concordantes: on a observé que le vent débute par le sud et 
tourne insensiblement pendant toute la durée du phénomène dans le sens 
du mouvement des aiguilles d'une montre, c'est-à-dire de gauche à droite. 
11 arrive ainsi à parcourir tous les points de l'horizon. Ce fait unique en 
météorologie est absolument acquis à la science. Tels sont les faits géné- 
raux conmis depuis l'antiquité et que chacun de nous a eu l'occasion de 
constater. Les observatoires ont publié les courbes des oscillations baro- 
métri(|ues, thermométriques, hygrométriques ({ui accompagnent cet état 
atmosphérique. 



LE KHAMSIN. 45 



En temps de Khamsin, il m'a été donné d'observer dans les usines 
électriques des chemins de fer de l'Etat, aussi bien au Caire qu'à Alexandrie, 
des phénomènes d'électricité statique qui se manifestent sur les réseaux et 
sur les machines. Mais, s'il est très aisé d'observer ces phénomènes lors- 
qu'ils se produisent, il n'en est pas toujours de même de les expli(juer. 

Il existe , en effet , beaucoup d'obscurité dans la question de l'élec- 
tricité atmosphérique. Depuis les découvertes d^ Franklin, il a été facile 
d'étudier les nuages électrisés et la formation des orages, mais il n'en a pas 
été de même lorsqu'il s'est agi d'expliquer d'une façon satisfaisante certains 
phénomènes atmosphériques. Pour ne citer qu'un exemple, la foudre en 
boule a été constatée maintes fois, mais elle reste encore inexpliquée, il en 
est de même des effluves électriques qui accompagnent le Khamsin. Nous 
verrons dans un instant si certaines théories plus modernes peuvent nous 
donner plus de satisfaction ; quoi qu'il en soit , permettez-moi de vous 
exposer les faits (jue j'ai pu observer dans les usines électriques en temps 
de Khamsin ; les machines étant en marche. 

La moyenne de la température des machines dynamos-électriques en 
marche est d'environ 70" en hiver et 80° en été. Il y a donc un écart de 
1 0° entre la journée la plus froide et les plus fortes chaleurs de l'été. Or, 
en temps de Khamsin cette température a pu atteindre () 0°, même 1 0" et plus. 

Ce phénomène est très angoissant pour ceux qui ont à conduire des 
machines, car ils sont sous la menace de les voir brûler d'un moment à 
l'autre. Heureusement le phénomène ne dure pas très longtcnqis, 3o à 
Ao minutes environ, le vent fraîchit et tourne assez rapidement. Néan- 
moins, j'ai constaté des accidents, et c'est ainsi que le 23 avril 1906 à 
5 heures du soir, par un coup de Khamsin d'une violence extraordinaire 
((ui passait sur le Mariout balayant les réseaux électriques (très exposés, 
il est vrai) de la gare de Triage de Gabbary, une des bobines de l'induit 
d'une machine à haute tension a été brûlée en un instant. Le personnel a 
pu voir à ce moment des gerbes de feu entourant le collecteur. La machine 
arrêtée immédiatement a pu être remplacée par une autre unité, et le vent 
fraîchissant, est venu mettre un terme à ce pln-noniénr très inquiétant. 

On sait (|u'en cet endroit les réseaux c-lectriques sont établis parallèle- 
ment aux bords du lac Mariout sur une étendue de 3ooo mètres environ. 
Le vent soufflait avec violence perpendiculairement aux réseaux qui étaient 



46 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 



devenus de véritables condensateurs cliargés de l'élecli-icilé sluti(|ue de 
l'air ambiant. La résistance des réseaux augmentant^ récbauiïement des 
macbines s'était produit dans les mêmes proportions. 

De cette observation découle une observation praticjue que je suis beu- 
reux de pouvoir signaler ici. Le choix des machines dynamos-électriques 
est toujours une chose délicate et qui mérite une attention tout à fait 
spéciale lorscpi'il s'agit de machines devant fonctionner en Egypte. Les 
isolants doivent être de premier choix pour pouvoir résister aux élévations 
brusques de température. S'écarter de cette prescription serait exposer les 
usines électriques à de véritables désastres, et c'est pour cette raison que 
j'ai cru devoir insister sur ce fait spécial. Mais l'accident que je viens de 
signaler a été heureusement une exception. Dans les macliines à basse ten- 
sion de la gare du Caire, j'ai observé en temps de khamsin un échaufîe- 
ment anormal avec grandes étincelles aux collecteurs. Il y a quatre ans. 
me trouvant à l'usine à ce moment-là, j'ai pu me rendre compte que les 
réseaux étaient éleclrisés par le passage du sable dans les mêmes conditions 
que le sont les conducteurs des machines statiques. On pouvait en tirer 
des étincelles à la main. 

Ces faits indi(jucnt que le khamsin possède bien un état électrique tout à 
fait spécial puisque nous n'avons jamais constaté les mêmes faits en temps 
d'orage où cependant les phénomènes électriques sont plus apparents et 
surtout plus bruyants. Il y a là un étal spécial de l'atmosphère ([ue je vais 
essayer de définir. 

Je rappellerai qu'en temps normal, et surtout par un temps serein , le po- 
tentiel de l'air est toujours positif. Il en est de même en temps de khamsin. 
La tension augmente proportionnellement à la distance au-dessus du sol. 
Mais cette loi n'est pas absolue et les résultats peuvent être très variables 
puisqu'on a constaté que dans un lieu découvert, il y a des variations, com- 
prises entre 1 et 10 00 volts par mètre carré. En certaines circonstances, on a 
pu observer parfois dans un même lieu des variations considérables et rapides. 

Tout se passe comme si la terre était chargée d'électricité négative 
tenant en é(juilibre l'électricité positive de l'atmosphère. 11 arrive cependant 
que tout cet équilibre est changé, et surtout en temps de pluie, on observe 
parfois que l'air est négatif et le sol positif. 

L'élude du potentiel dans le voisinage du sol ne nous permel pas de 



LE KHAMSIN. 47 



déterminer quelle est la siluation des masses a(jissanles et si lélectrisation 
du sol est due ù une charge propre ou à l'influence de l'air électrisé positi- 
vement. L'expérience semble cependant démontrer que c'est l'air qui est 
électrisé et que le changement de potentiel en un point (juelconque serait dû 
au déplacement des masses d'air électrisé. Et c'est précisément ce que nous 
constatons en temps de Khamsin. Le potentiel électrique qui se manifeste, 
croît avec la masse d'air et de sable électrisé qui parcourt l'atmosphère en 
passant sur les réseaux. 

Quelle peut être l'origine de ces courants atmosphériques? 

On les a attribués à des courants d'induction produits par la rotation de 
la terre et prenant naissance au milieu des couches supérieures de l'atmo- 
sphère. Je répondrai que s'il en était ainsi . les phénomènes électriques 
constatés seraient toujours de même ordre et se manifesteraient d'une façon 
continue, et non dans certaines saisons périodiques. 

Une autre cause invoquée comme génératrice des courants atmosphé- 
riques serait l'évaporalion de l'eau à la surface du globe. Et, en effet, une 
célèbre expérience de Volt;i , contrôlée plus tard par Laplace et Lavoisier, 
démontre qu'un creuset de platine contenant de l'eau et amené à la tempé- 
rature de vaporisation , dégage de l'électricité. Plus tard , Pouillet , reprenant 
cette expérience, a démontré que ce phénomène existait en réalité, mais 
qu'il était nécessaire pour cela que l'eau renfermât une dissolution d'un sel 
quelconque, ou bien cpjelques matières d'où la vapeur se sépare, et que le 
dégagement d'électricité se produisait au moment où l'eau, ayant pris l'état 
sphéroidal, se vaporisait brusquement. 

Ce fait est très important et nous verrons dans un instant cpielle inter- 
prétation on peut lui donner. 

Gomme cause efficiente et secondaire de l'électricité atmosplK'rujue dans 
le Khamsin , nous devons admettre en outre que la lumière solaire est un 
des facteurs principaux du phénomène. Le sable surchauffé par les rayons 
solaires devient, si je puis m'exprimer ainsi, plus léger. L'air contenu dans 
les espaces intermoléculaires lui fait perdre une partie de son poids. Ou un 
vent périodi([ue vienne à s'élever sur les pleines désertiques, ce sable lin et 
léger sera facilement transporté dans les régions supérieures de lalmo- 
sphère, emportant avec lui sa chaleur acquise, (le sont là des dictions mé- 
caniques, mais qui n'expliquent pas la genèse de l'électricité. 



48 BULLETIN DE LINSTITUT EGYPTIEN. 

Serait-ce la vitesse de translation dans l'atmosphère des particules solides 
qui produit une transformation des forces en clian^jeant le mouvement en 
chaleur et en éleclririté? 

D'après les idées anciennes admises dans la science , cela paraîtrait ad- 
missihle, mais une théorie plus moderne nous permet de donner de ce 
phénomène une explication plus satisfaisante. 

M. le docteur Gustave Le Bon, dans un ouvrage paru récemment et por- 
tant le titre Evolution de la matière, développe un ensemble de théories basé 
sur des expériences longtemps poursuivies. Cet auteur, comme conclusions 
de ses recherches , formule les sept propositions suivantes : 

K 1° La matière supposée jadis indestructible s'évanouit lentement par la 
dissociation spontanée ou provoquée des atomes qui la composent. 

^ 2" Les produits de la dissociation des atomes constituent des substances, 
intermédiaires par leurs propriétés, entre les corps pondérables et l'éther 
impondérable, c'est-à-dire deux mondes que la science avait profondément 
séparés jusqu'ici. 

« 3° La matière envisagée autrefois comme inerte et ne pouvant que res- 
tituer l'énergie qui lui était fournie, est au contraire un colossal réservoir 
d'énergie (énergie intra-atomique ) , qu'elle peut dépenser sans rien emprunter 
au dehors. 

". h° C'est de l'énergie intra-atomique qui se manifeste pendant la disso- 
ciation de la matière que résultent la plupart des forces de l'univers , l'élec- 
tricité et la chaleur solaire notamment. 

t 5° La matière représente une forme stable de l'énergie intra-atomicjue. 
La chaleur, la lumière, l'électricité, etc.. représentent des formes instables 
de la même énergie. 

rr 6" En dissociant les atomes, c'est-à-dire en dématérialisant la matière, 
on ne fait que transformer la forme stable de l'énergie nommée matière 
en des formes instables connues sous le nom d'électricité, de lumière et 
chaleur, etc. 

t y' La possibilité de transformer la matière en d'autres formes d'énergie 
montre que la force et la matière sont deux phases diverses d'une mi*me 
chose et non deux choses entièrement différentes.^' 



LE KHAMSIN. 49 



Telle est, brièvement exposée, cette théorie de la dissociation de la ma- 
tière que l'auteur a mise en évidence par de très nombreuses expériences. 
La dissociation des corps, la radio-activité, comme on dit aujourd'hui, est 
un fait indéniable auquel nous devons rattacher toutes les théories de l'élec- 
tricité. Cette radio-activité, si apparente dans l'uranium et le radium, l'est 
à des degrés différents dans tous les corps, et nous sommes effrayés des 
forces latentes que renferme la nature lors([ue nous sommes mis en pré- 
sence des énergies apparentes développées par la radio-activité, c'est-à-dire 
par la dissociation de deux parties infinitésimales de la matière. 

L'expérience de Volta, (pie je citais tout à l'heure, est un frappant 
exemple de dissociation moléculaire. Nous remar([uons, en effet, (|ue dans 
celte expérience, les ph(''nomènes électriques se manifestent au moment 
précis où l'eau, passant à l'état sphéroïdal, se volatilise brusquement, c'est- 
à-dire, se dissocie. 

Pour en revenir au Khamsin , nous concevons aisément comment les ma- 
tières impondérables et le sable, comment toute cette matière surchauffée, 
mise en mouvement, peut dégager de l'éleclricilé, car il est évident que la 
chaleur et le mouvement facilitent singulièrement la dissociation atomique 
des masses et provoquent l'apparition de l'énergie qui se dégage sous forme 
d'électricité. 

Je ne puis m'étendre aujourd'hui sur ce sujet sans sortir des limites que 
je me suis tracées. Je me propose d'ailleurs de vous présenter les obser- 
vations météorologi([ues (|ui s'v rattachent. Je n'ai fait qu'indiquer le fil 
conducteur qui relie les phénomènes atmosphéri([ues observés en temps 
de Khamsin, en essayant de leur appliquer les conceptions modernes des 
phénomènes électriques. 

Saluons ces nouvelles théories à leur aurore. Bien appliquées, elles 
pourront devenir fécondes en heureux résultats. 

Heureux le savant cpii pourra dégager enlièrenicnl les lois de la disso- 
ciation de la matière. On a pu dire de Franklin Erupuit cœlo fuhnen scepl- 
rumque tijratinis ; on pourra dire du dernier avec plus de précision : Il a 
arraché la foudre au ciel et à la terre ses secrets. 



5 mars iyo6. D' B 



AY. 



Bulletin de l'Institut l'iryplien. 



BULLETIN DE LTNSTITUT EGYPTIEN. 



SÉANCE DU 9 AVRIL 1906. 



Présidence de S. E. Hussein Fakhry pacha , président. 



La séance est ouverte à 5 heures 5 minutes. 
Sont présents : 

LL. EE. Hussein Fakhry PkCHK , président , 

LE D" AbBATE pacha ) . , . , 

> vice-présiaents , 

lACOUB ArTIN pacha ] 

MM. Gavillot, secrétaire général , 

LE D"" Innés bey, secrétaire adjoint, 

Aly bey Baligat, le docteur Bay, Bonola bey, le docteur Da Corogna bey, 
le professeur Elliot Smith, le docteur Fouquet, R. Fourtau, Ch. Gaillardot 
bey, N. Giorgiadis, Herz bey, le docteur Keatinge, le capitaine Lyons, 
de Mohl , D. H. Parodi, J.-B. Piot bey, le président Prunières et L. Vidal 
membres titulaires; Lucas, membre correspondant. 

Se sont excusés : M*"'' Ryrillos Macaire et M. Barois. 

Assistent à la séance: LL. SS. Lord et Lady Cromer, M'"" Elliot Smith, 
Fouquet, Keatinge et H. Rouchdy bey, MM. le docteur Denkler, Mahmoud 
bey Fakhry, le docteur Schmidt, le professeur Wilson, les RR. PP. Teil- 
hard et Bovier-Lapierre , etc. 

Le procès-verbal de la séance du 5 mars dernier est lu et adopté sans 
observations. 

La correspondance communiquée par le secrétaire général comprend , 
outre la dépêche par laquelle M*''' Kyrillos Macaire s'excuse de ne pouvoir 
assister à la séance, les remerciements de M"" veuve Piètrement pour 

II. 



52 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

ies condoléances qui lui ont été adressées de la part de l'Institut à l'occa- 
sion de la mort de son mari. 

En plus des échanges, il a été reçu pour la Bibliolhè({ue, de la part des 
auteurs, MM. E. Cartaillac et l'abbé H. Breuil, une brochure intitulée: 
Les peintures et gravures murales des cavernes -pyrénéennes , Altamira de Santil- 
lane et Marsoulas (extrait deVAnthropoloffie, t. XV et XVI). 

M. le professeur Elliot Smith fait en anglais sa communication sur les 
procédés de conservation de momies sous la XXI* dynastie et les rapports 
existant entre les quatre génies de l'Amenti et les viscères ^'l 

Pour se conformer à l'article 22 des statuts, l'orateur fournit le résumé 
suivant, en français, de sa conférence : 

« L'élude de cinquante momies provenant de la sépulture des prêtres 
d'Ammon découverte par M. Grébaut et confiées par M. Maspero à l'Ecole 
de médecine de Kasr El-Ainy a permis à l'auteur de faire quelques 
nouvelles observations sur les procédés d'embaumement sous la XXI' dy- 
nastie. M. le docteur Fouquet, dans une communication à l'Institut en 1 896, 
attira l'attention des archéologues sur le mode de bourrage des membres de 
ces momies au moven de -limon desséché dont la peau est remplie de 
«façon à rappeler la forme du corps 57. 

«II y a environ trois ans, M. Elliot Smith, qui n'avait pas eu connaissance 
des recherches du docteur Fouquet, fit part, dans les Annales du Service des 
Ajitiguités, de quelques observations sur le bourrage des jambes et de 
la poitrine de (juelques momies de prêtres de la XXI° dynastie (|ui furent 
remises à l'Ecole de médecine. 

«L'examen détaillé de la momie d'une prêtresse confiée en juin dernier 
par M. Maspero à M, Elliot Smith qui l'a dégarnie avec l'assistance de 
M. G. Mace, permit de constater que les procédés de conservation usités à 
celte époque étaient beaucoup plus perfectionnés et plus complets que ceux 
signalés par le docteur Fouquet, et que M. Elliot Smith avait observés jus- 
que-là. Gette constatation engagea l'auteur à examiner en détail les séries 
de momies de l'Ecole de médecine , et ce sont ces nouvelles observations 
qui font le sujet de la présente communication (ju'on peut résumer ainsi : 

^'^ Publiée in extenso, t. V, fasc. i des Mémoires de i Institut égyptien, Le Caire, 1906. 



PROCÈS-VERBAL DU 9 AVRIL. 53 



rfBourrafre des momies. — Sous la XXP dynastie, il était d'usage de re- 
tirer du corps tous les viscères abdominaux et thoraciques à l'exception du 
cœur. Ce dernier organe était conservé en place et restait fixé par les gros 
vaisseaux , soit dans sa position naturelle, soit déplacé un peu vers la droite. 
L'ouverture supérieure de la cage thoracique était alors oblitérée par un 
gros tampon de toile. Les viscères retirés du corps étaient conservés par 
un procédé identique à celui employé pour la conservation du corps. Ces 
organes rassemblés ensuite dans de la toile, étaient partagés en cinq ou six 
masses (dont quatre étaient accompagnées de figurines en cire ou en poterie) 
et remplacés dans le corps au milieu d'une masse de poudre de bois, ren- 
fermant le plus souvent un ou deux oignons. 

«La cuisse, et très souvent tout le membre inférieur étaient remplis de 
limon et de gravier qu'on avait introduit par la cavité abdominale entre les 
masses charnues et les os. Le mollet était souvent garni indépendamment 
par une incision spéciale au niveau du creux poplité, sur le côté postérieur 
ou interne de la jambe ou même au niveau de l'articulation libio-tarsienne. 
Les pieds n'étaient ordinairement pas bourrés; mais lorsqu'on avait désiré 
pratiquer le bourrage sur ce point, c'est par une incision sur le cou-de- 
pied, au-dessus du talon, ou entre le gros orteil et le second doigt, que la 
sciure et la toile étaient introduites. Les lèvres de ces incisions étaient ou 
bien réunies au moyen de fils de lin ou agglutinées par une pâte résineuse, 
ou bien elles étaient abandonnées à elles-mêmes. Les bras et toutes les ré- 
gions voisines, pectorales ou dorsales, étaient également bourrés, soit de 
boue ou de chifTons, soit de mélange de boue et de poudre de bois qui 
étaient introduits par une incision de direction variable, pratiquée sur l'é- 
paule. 11 a été observé, même dans certains cas, une incision au niveau du 
coude, près de l'olécrane ou sur le côté interne du bras. 

crLe dos était le plus souvent bourré de limon dans toule sa longueur, 
mais chez ([uelques momies ce bourrage était composé de toile et de sciure. 
Cette opération était faite au moyen de diverses incisions. La région infé- 
rieure du dos était bourrée par l'ouverture (|iii ;ivail servi à vider l'abdomen, 
et qui se trouvait sur le liane gauclie; mais quelques incisions supplémen- 
taires étaient pratiquées parfois pour en permettre le bourrage complet, 
et arriver jus(ju'aux épaules. Ces incisions élaient pratiquées sur l'épine 
dorsale entre les épaules, ou sur les côtes du dos. 



54 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

«En règle générale, la poitrine était bourrée de limon; mais l'auteur 
a observé, en outre, que dans une momie les deux seins étaient remplis 
de gravier, et qu'un second sujet avait l'un des seins seulement bourré de 
toile qui avait «Hé introduite jusque-là par la cavité abdominale, entre les 
masses charnues et la cage thoracique. Le cou était toujours bourré de li- 
mon introduit par la cavité thoracique. 

«Les joues et la bouche étaient bourrées de toile, de limon ou de 
poudre de bois, et quel([uefois d'un mélange de beurre et de natron. Au 
devant des yeux, (lui se trouvaient contractés au fond des orbites, étaient 
posées des compresses de toiles, ou placés des moiceanx de pierre de 
couleur blanche peintes en noir dans le milieu de façon à simuler les 
pupilles. 

«Le crâne était vidé par une fracture pratiquée au niveau de l'cthmoïde, 
et quelquefois du sphénoïde, et rempli de toile et dépendre résineuse. Les 
yeux, le nez, la bouche et les oreilles étaient recouverts de plaques de cire 
(|u'on fixait à l'aide de résine très dense. 

V Les quatre génies de l'Amenti moulés en cire sous la forme de momies; 
Amset (à tête humaine). Hapi (à tête de cynocéphale). Duaumanfew (à 
tcte de chacal) et kebbsennow (^à tète d'épervier). accompagnaient (piatre 
des lots de viscères replacés dans le corps. 

«Ces figurines des génies funéraires étaient quelquefois composées de 
limon recouvert d'une simple couche de cire; d'autres fois, elles étaient 
formées d'un mélange bleuâtre de cire colorée et de résine, ou bien con- 
fectionnées en poterie. Elles varient d'ailleurs en dimensions et de forme. 
Ces génies étaient ([uelquefois représentés assis, et chez une momie le buste 
était figuré. 

«La position des viscères dans le corps et leur association avec les gé- 
nies étaient variables; mais l'examen de toute une série de sujets, tel que 
l'auteur a été à même de faire, permet d'affirmer, qu'en règle générale, ces 
dispositions étaient les suivantes : i" le foie consacré à Amset était placé 
transversalement au niveau de la région épigastrique; 9" le poumon gauche 
dans le côté gauche de la poitrine associé à Hapi; ')" l'estomac avec Du- 
aumautew dans le côté gauche de l'abdomen; ^1" les intestins sous la pro- 
tection de Kebhsennouw placés longiludinalement dans la région lombaire 
droite. 



PROCÈS-VERBAL DU 9 AVRIL. 55 

'tCes associations sont différentos de celles que l'on avait constatées 
jusqu'ici w. 

Cette conférence, appuyée par la présentation de pièces antiques d'ana- 
tomie, de figurines des génies de l'Amenti, et éclairée par de nombreuses 
projections, a été écoutée avec les marques d'une sympatlii(jue attention. 
La péroraison a été saluée par les applaudissements de toute l'assistance. 

S. E. Fakhry paciiv adresse les remerciments de l'Institut à M. le profes- 
seur Elliot Smith et offre la parole à ceux qui auraient des observations à 
présenter sur le sujet traité par l'orateur. 

S. E. le docteur Abmte i'agua demande à M. le professeur Elliot Smith 
s'il a eu quelques données historiques sur le bourrage des momies des prê- 
tres d'Ammon comme il en existe de très détaillées sur l'embaumement 
des Egyptiens, notamment dans les récits d'Hérodote et d'autres auteurs 
anciens. 

M. le docteur Bay répond : r Le mode de bourrage des momies avec des 
matériaux divers ressemble au procédé emplové de nos jours pour le mode- 
lage des statues. On sait que pour faire la maquette d'une statue on doit 
traiter des plans successifs qui se décomposent en trois parties: 

et i" Les parties invariables dans leurs rapports mathématiques. 

t 9° Les parties invariables par leurs symétries, mais variables par leur 
modelé. 

•' 3" Les parties dont le modelé varie d'un sujet à l'autre. 

-A ces parties correspond l'emploi de matériaux différents appropriés 
au but déterminé. 

"C'est ainsi que les parties invariables représentant le squelette sont 
formées d'une armature en bois et en fer; (|ue pour les parties symétriques 
mais de modelé différent telles que les joues, les seins, etc., on emploie 
des matériaux semi-plasli([ues comme le chiffon, l'étoupe, le papier; et 
qu'enfin, pour la continuité des membres dont le modelé varie d'un sujet 
à l'autre, on emploie une matière absolument plastique, la terre glaise. 

«Le procédé du modelage est donc essentiellement le même que celui 



56 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

qui a été employé dans les momies si l)ien décrites par M. le professeur 
Elliot Smitli, et il est remarquable de constater combien les traditions dans 
l'art du modelaije se sont conservées intactes depuis l'antiquité jus(ju'à nos 
jours, ri 

M. le docteur Fouquet ajoute: -Je puis répondre à S. E. Abbate pacha 
qu'il existe des textes anciens relatifs à l'embaumement. J'ai, ici même, à 
ia séance du 6 mars 1896, lu une note que le professeur Elliot Smith vient 
de citer dans sa très intéressante communication. On y trouve un extrait 
du mémoire de M. E. Révillout, conservateur du Musée du Louvre , inti- 
tulé : Taricheutcs et Cohochyles, dans lequel il est dit : rTu sors en joie de 
«ce lieu de boucherie .... on t'a fait dix-sept ouvertures en soixanle- 
«dix jours, etc. . . .n Les constatations faites sur les momies de la 
XXI' dynastie ne font que confirmer la méthode décrite dans ce papyrus, v 

Personne ne demandant plus la parole, M. le Président invite le second 
orateur inscrit à l'ordre du jour à faire sa communication. 

M. Aly bev Baiigat lit sa note sur Deux bronzes du Musée arabe, une 
mute lampe à deux becs et le plumier du gimnd philosophe arabe al-Ghazali. 
(Voir p. 67.) 

Après les remerrîments du Président à l'auteur de l'intéressant et érudil 
travail qu'on vient d'apprécier, la parole est donnée au troisième orateur 
inscrit. 

M. N. GiORGiADis observe (jue sa lecture sur Lm pliai-macie en Egypte sera 
un peu longue et vu l'heure avancée, il propose de la renvoyer à la séance 
de mai. 

Il en est ainsi décidé. 

M. FouRTAU expose les résultats des études du professeur H. Douville de 
l'Ecole des mines de Paris qui prouvent que le Kerouma cornata iM. E., est 
le résultat de la symbiose d'un pagure et d'une hydractwia fossile. 

La séance est levée à 6 heures 1 5 minutes. 

Le Secrétaire général , 
J. C. Aristide GAVILLOT. 



NOTE 
SUR DEUX BRONZES DU MUSÉE ARABE. 



UNE LAMPE A DEUX BECS 
ET LE PLLMIER DU GRAND PHILOSOPHE AL-GHAZALL 

La collection des bronzes du i\Iusée arabe se trouve augmentée cette 
année de deux pièces d'une valeur réelle, grâce à la générosité de S. E. Ya- 
coub Artin pacha d'une part et de M. Kyticas d'autre part. 

Le don de S. E. Artin pacha est une petite lampe à deux becs, privée de 
son couvercle. Cette lampe contient une inscription naskhi incrustée en ar- 
gent qui, jointe au motif d'ornements, la fait remonter au w* siècle. Cette 
inscription que les archéologues qualifient de t banale :i par opposition aux 
f inscriptions historiques ii, peut se traduire ainsi : -? A toi gloire, prospérité 
et longue vie, ô maître !w. Ces souhaits de bénédiction adressés au pro- 
priétaire de l'objet se rencontrent souvent sur des objets en cuivre tels (|ue 
plateaux, aiguières, soucoupes, ou en bois tels que portes, devants de pla- 
cards, ou enfin en marbre tels que jarres, etc. On les relève surtout sur 
des objets du xiii' siècle par exemple, sur la porte du tombeau du sultan 
Sâlih Ayyoub n" i, salle V, du xu" siècle, sur la jarre de la princesse Ta- 
târ al-Higazieh n" i3q , salle II, et enfin sur le vase du xv* siècle n" 5q, 
salle IX du Musée arabe. 

Le don de M. kyticas est un plumier en cuivre jaune incrusté d'argent. 
En lui-même l'objet n'a pas une valeur intrinsèque , mais il porte une in- 
scription incrustée également en argent d'un très haut intérêt historicpie et 
épigraphi(|ue. En voici le texte arabe suivi de sa traduction: 

àLo>L£ ^ ^L-J ^yJI i^Ju» Ji*U ^ù^\^ Jl2£^\ j'yjl pUili biJ^x. iolyL 
À^ (^vnJI ^^^ ^y^bdi }^\ ^liiL u^pbiii »wvs pltot-M JIA^ ^IjJI 

Fait pour la ltil»Iiotlir'(]uo de notre seigneur, le plus giaml imàni divin, le cliel 
véuéré, le jurisconsulle univiTsel. li- jioito-voix de la vérité, le plus grand savant du 



58 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

monde, le sultan des savants, le soutien de toutes les créatures, le trésor des vérités, 
le plus illustre paiini ses contemporains, le restam-ateur de la relig'ion (un mot illi- 
sible) Hudjdjat al-Islàm (l'argument décisif de l'Islamisme) Mohammad al-Ghazali. 

Si je dis que celte inscription est d'un très haut intérêt historique, c'est 
parce qu'elle classe l'objet en question au plus tard dans les premières an- 
nées du \ii^ siècle , comme je tâcherai de le démontrer tout à l'heure. 11 
constitue ainsi la plus ancienne pièce damasquinée de notre collection , la 
plus ancienne jusqu'ici étant du xiif siècle. 

Son intérêt épigraphique réside en ce qu'il est au Musée la pièce unique 
de cette époque, qui soit gravée d'inscription en caractères naskhi ; l'em- 
ploi des caractères koufiques sur les monuments ayant duré jusqu'à l'avène- 
ment de la dynastie ayyoubite en 1171 J.-C. '". 

Examinons maintenant les raisons qui militent en faveur de l'authenti- 
cité de ce plumier. 

Dès l'abord j'ai cru devoir comparer cette inscription avec les premières 
inscriptions naskhi du même siècle que nous avons au Musée et j'ai été 
ainsi amené à faire la constatation suivante : un certain nombre des mois 
de l'inscription du plumier se retrouvent sur une de nos plaques commé- 
moratives et il y a identité absolue entre la forme des caractères de ces mots 
communs aux deux inscriptions. 

Une comparaison analogue avec les manuscrits de la Bibliothèque khé- 
diviale a abouti au même résultat. 

On m'a objecté que ce plumier a pu être fabricjué deux ou trois siècles 
après la mort d'al-Ghazali et offert à sa bil)liot]ièque. 

A cette objection j'ai répondu qu'à une bibliothè(|ue on offre un livre, un 
globe céleste, mais pas un plumier ni même une écriloire qui sont des ob- 
jets d'usage personnel. De plus on aurait eu soin de faire graver le mot 
[•>a^>i5 qui veut dire ^ feuw, comme nous avons l'occasion de le constater 
souvent sur des objets offerts en mémoire d'un défunt comme la lampe n" '\ô 
du Musée. 

' L'inlroduclion du luisklii .lyvoulùle ou ancien a ou lieu un peu avant le milieu du 
\' siècle par Aboul Hassan Hju iMu(|lali. Aussi trouvons-nous à la Bibliothèque khédiviale 
et ailleurs des manuscrits eu cai'aclères naskhi à partir de cette date. A Ibu al-Ba\v\vàb, 
mort en '«28 de l'hégire (1082), revient riionneur d'avoir perfectionné les formes des 
caractères. 



DEUX BRONZES DU MUSEE ARABE. 59 

Une dernière objection que l'on est en droit de me faire concerne l'em- 
ploi de l'argent dans un plumier destiné à l'usage d'un docteur soufi voué 
en {juel([ue sorte à la vie ascétique. 

A cette objection aussi je réponds que le plumier n'a été fait ni surl'ordre 
de l'imam al-Ghazali. ni à ses frais, mais qu'il lui a été tout simplement 
offert par un de ses nombreux disciples pour obtenir sa bienveillance et 
mériter sa protection. 

Avant de terminer cette étude je crois devoir doimer une courte note sur 
la vie d'al-Ghazali que j'emprunte à un manuscrit de la lîibliotbèque klié- 
diviale, ayant pour titre Tahaquâl acIi-ClinJiycIt et pour autour Taqy ad- 
Din as-Soubki ''. 

Dans cet ouvrage consacré spécialement aux personnes de la secte cba- 
fiile, savants et autres, as-Soubki donne la biograpbie d'al-Gbazali comme 
suit : 

rMohammad, fils de Mohammad , fils de Mohammad. fils de Abmad 
est né à Tous en l'an /i5o de l'bégire (loôS .l.-C). 

- Son père avait pour métier de (iler la laine, de la vendre dans un magasin 
de la ville et de pourvoir avec le produit de la vente aux besoins de sa fa- 
mille peu nombreuse. Quand il lui restait un peu d'argent, il en faisait don 
aux bommcs versés dans la loi divine, ([uil aimait à frécjuenter. et aux 
prédicateurs qu'il écoutait toujours en pleurant. Aussi demandait-il souvent à 
Dieu de lui donner deux fils pour faire de l'un, un jurisconsulte et de l'autre, 
un prédicateur. Allab exauça ses prières, dit l'auteur, et lui donna Abou 
Hamid qui fut le plus capable des jurisconsultes de son temps et Abmad 
dont la prédication faisait trembler les assistants. 

«Sentant sa mort proche, le père fit venir auprès de lui un vieux soufi, 
lionime de bien et lui recommanda ses deux fils Mobammad et Abmad en 
lui disant : r Je regrette infiniment de ne pas avoir appris à écrire et je 
voudrais remédier à cette perte en donnant de l'inslruclion à mes deux fils. 
Instruis-les donc bien et n'aie pas peur d'v consacrer tout ce que je leur ai 
laissé. w 

«Aussitôt après la mort du père, le vieux soufi s'adonna à l'iiisliuclion 

^'^ Ce manuscrit a été iinjirinié ilepuis au Caire dans uuc imprimerie parliculièrc. 



60 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

des deux enfants de son ami jusqu'à ce qu'il eût dépensé leur petit héritage. 
Comme il ne pouvait pas leur venir en aide, il leur dit: r Sachez que j'ai 
épuisé toute votre fortune, je suis un pauvre ascète qui n'a pas de richesses, 
le mieux à faire pour vous est donc de suivre les cours d'un collège, car 
vous êtes déjà à même de le faire pour gagner votre pain, a 

«Ils écoutèrent ce conseil qui fut, dit l'auteur, la cause de leurhonhcur et 
de leur élévation en grade. 

«Aussi al-Ghazali disait souvent en parlant de son frère et de lui-même: 
«C'est dans notre propre intérêt et non pas en vue de servir Dieu que nous 
avons cherché à nous instruire , mais notre savoir a fait de nous des ser- 
viteurs de Dieu, w 

Voici comment, d'après as-Souhki, Ghazali aurait fait ses études. 
«Après avoir commencé l'élude du droit musulman avec un des pro- 
fesseurs de sa ville natale, il partit pour la compléter à Djourdjan avec 
un professeur de grande réputation. Là il assista aux cours de ce profes- 
seur, prit des notes pendant quehjues années et rentra à Tous. Un de 
ses contemporains témoigne avoir entendu al-Ghazali raconter l'aventure 
suivante : 

«Lors de notre retour les hrigands se sont jetés sur notre caravane, nous 
«ont dépouillés , m'ont enlevé tout ce que j'avais et se sont éloignés. Leur 
«chef voyant que je les poursuivais, fait volte face et me dit : ^Retourne, 
Kmalheureu.r, aulrement tu pénrasri. Je lui réplique: Je te conjure par celui à 
^qui tu demandes le salut de me rendre mes notes, car ce sont là des papiers 
^qui ne sont d'aucune utilité pour l'ous. — Qu'est-ce qur ces notesl me 
«demanda-t-il. — Ce sont des feuilles dans u)i sac pour lesquelles fai quitté 
r.ma ville; elles contiennent tout mon savoir. y> Le chef des hrigands se met 
«à rire et me dit : ^Qu'est-ce que ce savoir que tu perds aussitôt qu'on t'en- 
nlève ces feuilles? Ceci dit, il ordonne à ses hommes de me remettre mon 
«sac. Ce hrigand a sans doute tenu ce langage qui lui a été inspiré par Al- 
«lah pour me donner une leçon. En effet dès mon arrivée à Tous je me suis 
«adonné à l'étude pendant trois ans jusqu'à ce que j'eusse appris par cœur 
«toutes mes notes, de sorte (jue si l'on venait maintenant à m'enlcver mon 
«sac, mon savoir resterait avec moi.fl 



DEUX BRONZES DU MUSÉE ARABE. 61 

« Al-Ghazali se rendit ensuite à Nichapour, y fréquenta les cours d'un des 
grands professeurs de cette ville, travailla avec ardeur au point qu'il se lit 
remarquer dans la science de son rite et excella dans la dialecticjue et la 
logique. 11 suivit «;galement des cours de philosophie et atteignit un haut 
degré de perfection dans cette matière. Aussi eut-il soin de réfuter les 
opinions des faux philosophes. 11 écrivit des ouvrages excellents sur toutes 
ces matières. Il se distingua par une sagacité et une perspicacité appuyées 
d'une mémoire remarquahle et se montra très fort en dialectique. Son profes- 
seur de Nichapour, parlant de lui, le traitait d'océan et se vantait de lui en 
public bien qu'il conçut pour lui une secrète jalousie. 

«A la mort de ce professeur, al-Ghazali partit pour Al-Askar auprès du 
vizir Nizâm al-Moulk dont le palais était ouvert aux savants de tous les 
pays, car il s'était constitué protecteur de la science. 11 discuta en la 
présence du vizir avec des grands docteurs et l'emporta sur eux, ce qui 
lui valut l'estime du vizir et le poste de professeur dans son collège à 
Baglidad. 11 s'y rendit alors en l'an liSh de l'hégire (1091 après J.-C), 
prit possession de ses fonctions et se fit admirer et applaudir pour la 
douceur de sa parole, son élo([uence, ses vertus et la vivacité de ses 
réparties. 

«Il se consacra pendant longtemps, à Baghdad, à la propagation de la 
science, en publiant des ouvrages et en prodiguant ses consultations juri- 
diques, entouré de l'estime générale. 

«Loin de se laisser enivrer par son succès, il renonça aux honneurs de 
ce monde, quitta Baghdad pour se rendre à la Mecque en l'an /188 de 1 hé- 
gire (1090 après J.-C), confiant à son frère ses fonctions au collège de 
Nizam. 

«En /iSg de l'hégire il alla à Damas, y demeura quelques jours dénué 
de toute ressource, se transporta à Jérusalem où il professa pendant 
quelque temps. Il retourna de nouveau à Damas et se mit en retraite dans 
un coin de la mosquée qui prit, depuis, son nom. 

«On rapporte sur son compte qu'un jour, étant assis dans la cour de la 
mosquée, il vit arriver un villageois qui s'adressa à des jurisconsultes afin 
de leur demander une consultation. Pour toute réponse, ces jurisconsultes 
gardèrent le silence. 

«Al-Ghazali, témoin de celte scène, appela le consultant pour lui résoudre 



62 BULLETJN DE L'INSTITUT ÉGYPTIEN. 



sa question. Mais le villageois n'ayant pas voulu ajouter foi à sa sentence, 
les docteurs l'appelèrent et lui demandèrent comment al-Ghazali s'y était 
pris pour répondre à la consultation. 

"Ayant entendu une solution savante , les ulémas se pressèrent autour de 
lui pour lui demander de leur faire un cours. Il leur promit de les satisfaire 
le lendemain, mais il partit le soir même. 

'- D'autres attribuent son départ de Damas à sa crainte de s'enivrer d'orgueil 
à la suite d'une visite faite à la mosquée pendant la([uelle il aurait entendu 
un professeur commentant un ouvrage d'al-Ghazali dire : ^Le grand imam 
dit ceciw. Il voyagea ensuite au hasard, se rendit au Caire, puis à Alexan- 
drie où il séjourna quelque temps. D'Alexandrie il voulut partir pour le 
Maghrib (le Maroc) afin de voir le sultan Yousof ibn Tâchifîn dont on lui 
avait vanté la justice , mais il renonça à ce voyage lorscju'il eut appris la 
nouvelle de la mort du sultan. 

« Il continua dès lors ses voyages , consacrant ses visites aux mausolées , aux 
tombeaux, aux mos(juées et aux endroits retirés. Il se mortifia et s'imposa 
des exercices religieux tellement durs qu'il devint, dit notre auteur, la 
lumière de l'univers et le sentier conduisant à Dieu. Il se rendit à Baghdad 
où il tint des séances d'exhortation. 

"De Baghdad il partit pour Nicliapour, fit des cours au collège de Ni- 
zâm pendant quelque temps, et de là rentra à Tous. Dans sa ville natale, 
il construisit près de sa maison un collège pour enseigner la jurisprudence 
musulmane et un couvent pour les soufis. Il fit un programme pour l'em- 
ploi de son temps en consacrant des heures pour la récitation du Coran, 
d'autres pour la prédication, d'autres pour l'enseignement et enfin d'autres 
pour la prière et continua ainsi jusqu'à sa mort qui survint à Tous le lundi 
\k Gamad II 5o5 de l'hégire (19 décembre 1111). 

«Son mausolée, dans le cimetière de cette ville, est un lieu de véné- 
ration. 

c Sa mort est décrite de la façon suivante par son frère Ahmad : -r Après 
«avoir fait ses ablutions et sa prière, il lui demanda le linceul qu'il plaça sur 
«sa figure en disant: «Maître, j'entends et j'obéis v. Ceci dit, il se plaça dans 
«la direction de la qiblah, étendit les pieds et mourut un peu avant le point 
«du jour. 

«Ibn Khallikân, parlant des ouvrages d'al-Ghazuli. dll qu'ils sont très 



DEUX BRONZES DU MUSEE ARABE. 63 

nombreux, tous utiies et qu'ils traitent de sujets variés : la dialectique, le 
droit musulman, la philosophie, la pédagogie, etc.w 

En terminant, je tiens à exprimer de nouveau les remerciements du 
Musée aux généreux donateurs en formulant le vœu que d'autres personnes 
s'iniéressant à l'histoire de l'art arabe s'inspirent de leur exemple. 

Aly bey Bahgat. 



PI. I. 




Fig. I. — Plumier d'Al-Ghazàli vu de face, fermé. 




2. — l'iuniier d'Al-Gluizali vu de dos, ouvert. 



BULLETIN DE L'INSTITUT ÉGYPTIEN. 



SKANCE I)[J 7 MAI lOOG. 



Présidence de S. E. Hussein Fakhrv pacha, pnÉslDE^T. 



La séance est ouverte à 5 heures. 
Sont présents : 

LL. EE. Hussein Fakury pacha, président, 

LE D' AbBATE pacha ) . , . , 

\ ince-presiaenls , 
Yacoub Artin pacha ) 

MM. Barois, trésorier-bibliolliécairc , 

LE D"" W. Innés bey, secréUtirc adjoint, 

Giorgiadis, Mosseri, Bonola bey, Parodi, Fourlau, Legrain, ie doc- 
teur Bay, Piot bey, Vidal et Aly bey Bahgat, membres de Vlnslitul. 

Assistent à la séance : M M. Denkler, Ducros , Bianchi , RR. PP. Lapierre , etc. 

Le procès-verbal de la séance du 9 avril est lu et adopté. 

M. Legrain fait observer à propos de l'observation de S. E. Abbate pacha 
sur le témoignage d'Hérodote : «Les découvertes scienlihques modernes 
ont permis de constater que les charmanles histoires d'Hérodote ne doivent 
pas toujours être prises au pied de la lettre. Elles sont le récit d'un voya- 
geur qui a, en somme, visité rapidement l'Egypte et (|ui enseigne soigneu- 
sement ce <[u'il a pu observer ou entendre, sans grand souci criti(|ue. De 
là résultent de fréquentes erreurs qu'il serait long et facile de signaler. Les 
monuments sont là , ce sont des témoins sérieux et irrécusables que nous ne 
devons pas toujours regarder avec les lunettes d'Hérodote. Ce sont eu\ (jue 
nous devons croire |)lulot (|ue le grand historien grec, aujourd'hui que nous 
savons mieux que lui les voir el les comprendre, r) 

Bulletin de l'Institut égyptien. 5 



66 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

M. N. GiORGiADis fait sa communication sur La pharmacie en Kgifpte''^\ 

M. Parodi fait observer, à propos des barbiers dont parle M. Giorgiadis, 
que même actuellement ces derniers jouent un grand rôle et qu'il a pu 
constater le fuit à iMatarieh môme. 

M. FoLRTAU fait remarquer à propos de l'historique de la pharmacie en 
Egypte, (|ue le docteur Shaw en 172G, dans sa relation de voyage dans le 
Levant, donne un tableau des crues du Nil à cette époque, d'après les notes 
d'un apothicaire vénitien établi au Caire, qui lui donna une liste des jours 
où la crue avait atteint son maximum, durant une période de quinze à 
vmgt années, et indiquait que chaque année où la crue avait été basse et 
en retard, il y avait eu une épidémie de peste. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à y heures. 

Le Secrétaire adjoint, 
D' W. LN.NES. 

''* Cette coramiinicalioa ayant été publiée in extenso en dehors du Bulletin de 
V Institut égyptien, on a inséré, à ta suite du présent procès-verbal, ilntroduclion qui 
en relate sommairement les données. 



LA PHARMACIE EN EGYPTE. 



INTRODUCTION. 

^Le travail que nous présentons aujourd'hui à i'appréciation du public 
est le résultat de deux années d'investigations et de recherches parmi les 
documents olFiciels ou autres. 

frDans un pays comme l'Egypte, qui compte lo millions d'habitants et 
3 00 pharmacies, sans compter les drogueries et les pharmacies-cliniques, 
aucun ouvrage n'a encore paru sur cette matière, si bien (jue le pharmacien 
récemment sorti de l'flcole, ou nouvellement arrivé de l'étranger, ne trouve 
aucun recueil pouvant lui servir de guide. La profession elle-même n'a 
commencé à être réglementée que depuis i()o/i. les règlements antérieurs 
ne méritant pas ce nom. Encore conslate-t-on dans celui de 190/1 beau- 
coup d'omissions et d'imperfections. 

«C'est celte lacune que nous avons voulu combler. 

rr Après une esquisse rapide de la pharmacie chez les anciens Egyptiens , 
chez les Ptolémées et les Arabes, nous avons abordé directement le 
.\i\* siècle, époque de la renaissance en Egypte. Ace moment, toutes les pro- 
fessions libérales et toutes les branches des sciences, importées d'Europe 
ou réorganisées sur le pied de celles existant en Occident, commençaient à 
lleurir. Les vice-rois s'adressaient aux Européens pour opérer les réformes. 
Ceux-ci s'efTorçaient d'appliquer les lois en vigueur dans leurs pays, sans se 
soucier des besoins effectifs de l'Egypte. De là un amalgame de décrets et 
rèjjlenients. (jui forma un tout obscur et impropre aux besoins de la con- 
trée. Le régime des Capitulations soumettant les étrangers aux lois de leur 
propre pays paralvsail l'action du gouvernement en matière législative. 

«Nous ne nous sommes pas beaucoup étendu sur cepremierchapilre. De 
nombreux chercheurs, archéologues ou professionnels, ont étudié la ques- 
tion, soit subsidiairement dans leurs découvertes, soit directement par des 
études spéciales, et ils ont consigné les résultats dans des traductions ou 



68 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

des commentaires d'auteurs anciens. Il nous a semblé que nous aurions fait 
œuvre de compilation sans utilité aucune. 

«Nous avons préféré concentrer nos recherches sur l'époque moderne 
et surtout sur l'époque contemporaine: d'abord, parce qu'elles nous inté- 
ressent de plus près, comme marquant les étapes successives suivies par la 
profession de pharmacien avant d'arriver au règlement de 190/1. En second 
lieu, parce que les divers documents qui s'y rapportent n'ont jamais été 
recueillis dans leur ensemble, la plupart sont même inédits et semblaient 
destinés à disparaître. 

«Nous avons rencontré beaucoup de difficultés pour puiser les renseigne- 
ments aux sources officielles. A la liibliothèque khédiviale, la collection du 
Journal officiel n^ date que de 18 -y 8, et encore à cette époque, c'est une 
feuille quotidienne, le Phare iV Alexandrie , qui était chargé de publier les 
décisions, lois et décrets promulgués par le gouvernement. Les notes, 
mémoires ou règlements sur l'exercice de la pharmacie élaborés par le 
Service de santé, l'Intendance sanitaire, le Ministère de l'Intérieur ne sont 
classés nulle pari. Il faut avoir recours aux archives de chacune de ces 
administrations, et encore n'est-il pas très aisé de les retrouver. 

''Profilant de notre passage à l'Administration des Services sanitaires 
comme Inspecteur des pharmacies, nous avons étudié d'une manière toute 
spéciale le règlement de 190/1. Nous avons fait ressortir les difficultés 
rencontrées dans l'application de ce règlement, ses imperfections, les omis- 
sions dans sa rédaction, sans nous préoccuper de ceux qui l'ont composé; 
puis nous y avons ajouté les observations qui nous paraissaient de nature à 
remédier à ces défectuosités et qui pourraient être prises en considération 
au moment de la revision de ce décret. 

ce Après un coup d'oeil général sur les rouages administratifs des Services 
sanitaires quant à l'organisation et au fonctionnement des inspections, nous 
donnons les divers règlements d'ordre administratif qui, concurremment 
avec la loi, régissent à l'heure actuelle la pharmacie. Nous avons exposé en 
dernier lieu les conditions requises d'un pharmacien ou d'un marchand de 
substances vénéneuses, pour avoir la licence d'ouvrir une pharmacie ou une 
droguerie. 

« Un chapitre spécial est consacré aux principaux diplômes de pharmaciens 
existant à l'heure actuelle en Egypte et dont les titulaires ont été autorisés 



LA PHARMACIE EN EGYPTE. 69 

par les Services sanitaires. Ouel([ues-uns sont très curieux par leur forme, 
leur ancienneté ou le libellé de leur texte. Toutes les fois que nous 1 avons 
cru nécessaire pour leur intellijjence, nous les avons accompagnés du texte 
original, de la traduction ou de quelques commentaires. C'est la plus com- 
plète collection de ce genre , notre fonction d'Inspecteur dans les provinces 
et la capitale nous a beaucoup facilité ce travail; nous y avons ajouté 
quelques spécimens rares de diplômes de médecins et de sages-femmes 
ayant attiré plus spécialement l'attention des Services sanitaires, ainsi que 
les permis qui sont considérés actuellement comme insufïisants. 

«Nous n'avons pas la prétention d'avoir fait un travail complet ni d'avoir 
épuisé le sujet, nous avons cru faire œuvre utile en groupant dans un même 
volume des documents épars et en les faisant suivre d'une crili([ue avec 
l'exposé de l'état actuel de la pharmacie en Egypte. Aux chercheurs qui 
viendront après nous à compléter le travail. 

«En terminant, nous tenons à remercier d'une façon toute spéciale 
M. le D"" Abadie, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Bordeaux, 
dont les conseils et le concours nous ont été d'une grande utilité pendant 
l'impression de cet ouvrage, -n 

JN. GlORGIADIS. 



BULLETIN DE LTNSTITUT ÉGYPTIEN. 



SEANCE DU 5 NOVEMBRE 1906. 



Présidence de S. E. Hussein Fakhry pacha, président. 



La séance est ouverte à 3 heures. 
Sont présents : 

LL. EE. Hussein Fakhry pacha, président, 

LE D"" AbBATE pacha ) . ^ 

V i t vice-présidents, 

lACOUB ArTIN pacha ) ^ 

MM. Maspero, président honoraire, 

LE D' W. Innés bey, secrétaire adjoint, 

M^"" Kyrillos Macairri, Herz bey, le docteur Kealinge, Aly bey Bahgat, 
S. E. Issa pacha Hamdy, Ahmed bey Karaal, Bonohi bey, Mosseri, 
Piot bey, Fourtau, Legrain, Parodi, Giorgiadis, le docteur Bav, Vidal 
et Vaast, membres de l'Institut. 

Assistent à cette séance: MM. le docteur Apostolidès, membre honoraire 
et Hume , membre correspondant. 

En ouvrant cette séance de rentrée, le Président se félicite de n'avoir, 
cette année, aucune mauvaise nouvelle à communiquer concernant les 
membres de l'Institut. Il invite le secrétaire à donner lecture du procès- 
verbal de la dernière séance. 

Le procès-verbal du 7 mai 190 G est lu et adopté sans observations. 

Durant les vacances, l'Institut a reçu de M. Giorgiadis un volume (ju'il 



72 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

vient de publier sur la Pharmacie en Egypte et dont il avait donné un extrait 
à la séance du 7 mai. 

Le Président félicite et remercie l'auteur de cet intéressant travail qui , par 
la quantité de documents réunis, est une large contribution à l'iiistoire de 
la Médecine en Egypte. 

S. E. Abbate pacha fait hommage à l'Institut de sa communication à la 
Société Khédiviale de Géographie sur Kliarlonm revu après cinquante ans. 
Nous avons également reçu de M. James Dracomides un travail intitulé 
Statistical Report on vanous Railways. La Bevista de archivos, hibliotccas y 
Museos de Madrid a envoyé un numéro de ses publications et demande 
l'échange avec les bulletins de l'Institut. Sur avis favorable de M. Maspero, 
cette demande est acceptée par le Bureau. 

S. E. Yacoub Artin pacha demande la parole pour communiquer qu'au 
mois de mai dernier il a été invité à prendre part aux fêtes qui ont eu lieu 
à l'occasion du /jog" anniversaire de la fondation de l'Université d'Aber- 
deen. Le Sénat de cette université a bien voulu lui offrir, en sa qualité de 
président de l'Institut égyptien, le titre honorifique de docteur en droit. 
S. E. Yacoub pacha n'a pas cru devoir refuser cet honneur qui, dit-il, 
s'adressait plus à l'Institut qu'à lui-même. 

Le 26 septembre il a donc reçu un diplôme de docteur en droit en même 
temps que cet honneur était adressé aux délégués de toutes les universités 
d'Allemagne, delà Grande-Bretagne, delà France, de l'Autriche-Hongrie, 
de l'Espagne, de la Hollande, d'Austrasie , de New-Zeland , du Japon , etc. , 
qui étaient au nombre de cent cinquante environ. 

S. E. Yacoub pacha ajoute que cet honneur, fait à notre Société, est un 
liommage rendu aux travaux de ses membres et cela ne pourra ([u'encou- 
rager ces derniers à continuer leurs intéressantes recherches qui, depuis 
quelque temps , sont remarquées et suivies par beaucoup de sociétés savantes. 
11 termine en proposant de reconnaître l'honneur qui a été fait à l'Institut 
en nommant membres honoraires deux des principaux membres du Sénat 
de l'Université d'Aberdeen: Lord Strathcoma and Mont Royal et M. J. Mar- 
shal Lang , chancelier et préfet de cette Université. 

Abordant l'ordre du jour, la parole est donnée par le Président à 



PROCKS-VEHBAL DU 5 NOVEMBRE. 73 



M. Legrain qui communique ses recherches sur Les débuts de l'arl ihébain, des 
nvigincs à la fit de la YUl dijnasùe, et présente à l'.'ippui de sa thèse la repro- 
duction des principaux monuments qu'il a mis à jour à Karnak. 

L'ordre du jour étant épuisé, le Président lève la séance en priant les 
membres de rester pour se réunir en comité secret. 

Le Secrétaire adjoint, 
D^ W. INNES. 



INTRODUCTION 
À L'ÉTUDE DE LA SCULPTURE ÉGYPTIENNE. 

(FRAGMENT.) 



LES DÉBUTS DE L'ART THEBAIN. 

Si, par un procédé quelconque, nous pouvions nous élever à quelques 
centaines de mètres au-dessus du désert libyque, nous verrions sa surface 
rugueuse et noirâtre traversée, par endroits, de longs traits blancs qui s'en 
vont à l'inlini vers les oasis de l'ouest où ils convergent. A l'est, ils 
aboutissent à quelque fente de la montagne, car celle-ci, depuis Siout, 
s'élève de plus en plus, s'escarpe, devient falaise, et son accès est alors 
difficile . 

Ces longs traits blancs sont les cbemins de caravanes que, depuis un 
nombre incalculé de siècles, ont frayés les pas des bommes migrateurs et 
des animaux qu'ils menaient après eux. Suivez ces grands sillons également 
espacés pendant de longues heures et de longs jours, et vous remarquerez 
que, assez régulièrement, vous atteindrez, toutes les deux ou trois étapes, 
un endroit moins aride que les espaces désolés que vous venez de parcourir. 
Parfois, quelque tamarix échevelé met sa note glau({ue sur le sable doré et 
les cailloux que le soleil a noircis depuis des milliers d'années. Plus souvent 
ce sont de pauvres plantes rabougries qui ont eu le courage de fleurir et de 
devenir fécondes alors que tout seml)le être mort autour d'elles. De temps 
en temps, une ou deux fois par an, une pluie tombe et explique ce phéno- 
mène. L'eau (pie le sol aride n'a pas absorbée vient peu à peu se réunir 
dans la dépression du sol où poussent plantes et tamarix et leur apporte 
l'humidité (jui leur est nécessaire pour vivre, fleurir, concevoir et propager 
l'espèce. 

Ainsi, autour de cette sorte de citerne iiatiiiolle. grâce à l'eau qu'elle 
gardera pendant quel([ue temps, nous retrouverons, au milieu de l'immen- 
sité inféconde, des témoins qui nous indiqueront ([uo. même là, la vie est 



7fi BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

possible encore. Les cas ne sont pas rares où vous trouverez, tout à côté, 
des silex rudement travaillés, des ateliers et des débris (jui vous apprendront 
(jue Tbomme vécut ici jadis. H s'installa quelque temps comme un nomade 
autour de la mare fortuite, au milieu de l'immense steppe qu'était alors le 
plateau libyque, et, trouvant du silex à sa convenance, il en façonna ses 
lourdes haches et ses instruments primitifs. Puis il partit soudain, abandon- 
nant son atelier improvisé, et j'ai retrouvé de ceux-ci où il semblait 
que noire sauvage ancêtre était passé la veille. 

En parlant de l'oasis de Karghieh où, selon une croyance que nous a 
gardée Hérodote, vivaient les « Bienheureux?!, celui qui s'en va droit devant 
lui de l'aqabah"' d'Abou Suroil vers le soleil levant arrivera, après une 
longue et pénible marche, jusqu'au haut de la falaise d'Abydos. Grâce à 
deux aqabahs, il pourra descendre jusqu'à la ville sainte où se réunissaient 
les âmes des morts qui, à la suite d'Osiris, suivaient, à rebours, la même 
route que celle que nous venons de parcourir, avant d'aller reposer dans 
le Doit (séjour des morts d'Egypte). 

D'autres routes mènent à Siout, à Sohag, à Farshout, à Ballas, à 
Negaddeh, à Rizagat, etc.; une, aussi, aboutit au haut de la montagne de 
Thèbes. De cet endroit, le panorama qui se déroule devant vous est d'une 
l)eauté sans pareille. A midi, tout au fond, sous un ciel bleu très pâle, 
presque gris perle, les trois pics de la chaîne arabique s'argentent; plus 
bas, quelques traits d'un blanc à peine teinté de jaune indiquent le sable et 
le désert; puis voici les longues bandes qui, d'abord tendrement bleutées, 
passent peu à peu au vert éclatant, déceleur des riches moissons qui blondi- 
ront quand viendra l'avril. Au-dessous de vous, presque au pied de la 
falaise, le sable et le désert reprennent peu fi peu leurs droits; les collines 
apparaissent, puis, voici les croupes affaissées de la montagne, et, peu à 
peu, vous reviendrez jusqu'au point d'où vous avez contemple une si rare 
merveille de désolation et de fécondité. 

Au milieu de la grande teinte verle passe un long ruban argenté 
venant de l'iniini du sud et se perdant dans celui du nord : c'est le i\il 
père des dieux, celui (|ui donna l'Egypte à ses habitants, le fécondateur 
qui, plus constant que les pluies, assura à ceux ([ui vinrent s'établir sur 

'"' Cf. Legrain, Étude sur les Aqabahs, Bulletin de i Institut égyptien, i8()8. 



LES DÉBUTS DE L'ART THKBAIN. 77 

ses bords une vie plus heureuse et plus certaine que celle menée par les 
nomades du plateau libyque. 

Et si, maintenant, vous regardez le sol tout dénudé, vous trouverez 
encore aujourd'hui quelque silex paléolithique, dernier vestige de la civili- 
sation qui lleurit là jadis; descendez plus bas et vous en trouverez que les 
pluies ont fait tomber sur les croupes et vous en trouverez encore dans le 
diluvium que créèrent les torrents. 

Les hommes primitifs suivirent la même route et, abandonnant l im- 
mense plateau libyque et la vie nomade, vinrent s'établir sur les bords du 
Nil et V adoptèrent la vie agricole et sédentaire, probablement ;i la lin de 
la période paléolithique qui semble coïncider avec l'époque de la création 
de la vallée du Nil. Vinrent ensuite les grandes migrations. 

Depuis quehjues années, ici même, on vous a exposé les graves problèmes 
que les récentes découvertes étaient venues poser. Quelles furent les origines 
de la civilisation néolithique qui succède à la période paléolithique? Quelle 
est la race ([ui réduisit les habitants autochtones? D'où venait-elle? Autant 
de questions que beaucoup d'entre nous ont tenté d'élucider sans, croyons- 
nous, y être parvenus avec une certitude absolue encore'^'. 

La ([uestion, d'ailleurs (de parle hasard ([ui a de ces malices), fut mal 
posée dès le début. On trouva des monuments d'un style tout nouveau, des 
tombeaux, des vases et des silex taillés dans des endroits comme Ballas, 
Toukh, Negaddeh, qui, jusqu'alors, n'avaient produit aucun monument 
historique. Si bien (pi'on les plaça quehjue peu au hasard, d'aucuns trop tôt, 
d'aucuns trop tard. Peu à peu les textes parurent sur ces monuments et 
les découvertes d'Abydos et de Negaddeh vinrent indiquer que cette série 
de monuments d'un style spécial appartenaient très probablement aux 
toutes premières dynasties. Mais, de même qu'en géologie un objet n'est 
daté (pi'après qu'il a été trouvé «en place '^ sous une couche intacte d'épocpie 
postérieure, de même, en archt^ologie , la superposition des débris de 
civilisation montre leur succession chronologiipie. Les travaux entrepris, 
voici (piel([ues années, sous les ordres de M. Maspcro à Sa([(|arah. vinrent 
fournira la science un lait indéniable: une des pyramides de Sacjqarah. 

''' La qucsiion a été récemment reprise avec éclat \nw M. .Naville [La religion des 
anciens E<fijpltens, -— Si.r conférences faites au Collège de France en iffoô [p. 5 cl 
suiv.]), dans les Annales du Musée Guiinet, XXlll, Leroux, éditeur. 



78 BULLETIN DE LINSTITUÏ EGYPTIEN. 

appartenant à Ounas delà V* dynastie, était bâtie sur des restes de monu- 
ments antérieurs où se retrouvaient les mêmes textes et les mêmes objets 
que ceux d'Abvdos. de Negaddeh et de tous les autres lieux où avaient été 
trouvées des nécropoles dites tout d'abord de la «New -Race 75, puis pré- 
historiques, puis enfin archaïques. M. Maspero vous a déjà dit lui-même, 
ici, ce qu'il fallait penser de cette découverte capitale^'' dont il est résulté la 
certitude absolue de la haute antiquité de ces monuments au tvpe spécial, 
facile à reconnaître, et, quand nous retrouvons fjroupés enseml)le tous les 
tvpes de cette série dans un terrain non fouillé encore, nous sommes en 
droit de dire, en bonne criti([ue, que ce terrain renferme des monuments 
ou est contemporain de monuments de cette époque archaïque, c'est-à-dire 
celle pendant laquelle régnèrent l'antique Menés et les pharaons des 
P% II* et lll'dvnasties, avant que le siège de la rovauté pharaonique eût été 
transporté à Memphis où, après Djeser, les pharaons bâtirent tour à tour 
leurs gigantesques pyramides. Nous constatons ailleurs le même processus. 

Il y a quelques années à peine, dix ans au plus, que l'histoire de Thèbes 
ne remontait pas plus haut que la W dynastie, c'est-à-dire environ vers 
2600 avant Jésus-Christ, bien que les légendes tant égyptiennes (|ue 
grecques indi({uassent la Ville par excellence comme le lieu où était né Osiris. 

D'un autre côté, un astronome anglais. Sir -\ormann Lockyer-, avait 
avancé que le temple d'Amon avait été orienté à l'origine sur le coucher du 
soleil au solstice d'été et que. actuellement, le soleil, au 22 juin, ne se 
couchant pas exactement au point indiqué par la ligne d'axe du temple, on 
devait en chercher la raison dans le déplacement millénaire de l'écliptique. 
Ses calculs établissaient ([ue le soleil se couchait au solstice d'été à l'endroit 
indiqué parla direction de l'axe du temple au moins 8700 ans avant l'ère 
chrétienne. Je liens à mentionner que cet ouvrage parut voici près de 
vingt ans, c'est-à-dire avant la découverte de l'archaïsme égyptien. 

En résumé, où le calcul astronomique annonçait près de quatre mille ans 
avant J.-C, les monuments ne donnaient que trois mille ans au plus, 
ceci avec la plus grande réserve. 

''^ Maspero. .Sur (fueh/ucs monuiuenls de Vépoiuo lltinite découverts à Saqqarah , dans 
le Bulletin de l'Institut égi/plien (la 7 avril 1902, U' s<M-ie, u" '^ , p. 107 et suiv. 
'"' J. iNoRMANN LocKVER. The Daivii of Aslronomtj, \\. 1 19. 



LES DEBUTS DE L'ART TIIEBALN. 79 

De cela, partant d'une méthode absolument fausse, d'aucuns disaient : 
«Nous ne connaissons pas de monuments antérieurs à la XI" dvnaslie à 
Thèbes, donc Thèbes n'existait pas avant l'an 3ooo avant Jésus-Christ^. 
Mais non! il aurait été peut-être plus juste de dire : rrNous ne connaissons 
pas encore de monuments antérieurs à la XP dynasties, ce qui, à mon 
avis, eût été plus exact; et la meilleure preuve ([ue je puisse donner, c'est 
qu'aujourd'hui nous possédons des objets qui, quoi(|ue peu nombreux 
encore, sullisent à nous indiquer une chose qui, en somme, est peu banale : 
nous ignorons actuellement plus de deux mille ans de l'histoire de Thèbes, 
peut-être plus, peut-être moins, cela ne fait pas grand'chose à l'affaire, 
mais enfin, ceci laisse un joli champ de recherches à ceux (jui voudront 
rechercher les origines de Thèbes. 

Thèbes, je le répéterai une fois de plus, est tout aussi vieille que toutes 
les autres villes saintes d'Egypte. C'est, je crois, il y a ({uatre ou cincj ans 
que j'émis cette opinion , ici même : chaque année j'ai cru vous apporter 
de nouveaux éléments, de nouvelles preuves, au moins à mon avis, de ce 
que j'avais avancé. L'an passé, encore, j'émettais devant l'Institut égyptien 
l'hypothèse ([ue, en fouillant dans l'angle sud-est de la grande enceinte 
d'Amon, nous pourrions peut-être y retrouver les ruines d'un temple de 
Khonsou, antérieur à celui (|ue nous connaissons aujourd'hui. La théorie 
était, je crois, assez hardie, si l'on suppose ([ue les temples d'.Apet et 
d'Osiris étaient dans la même situation que celui de Khonsou , c'est-à-dire 
étaient des temples succursales des primitifs, et que les temples d'Osiris 
sont presque tous (s'ils ne l'ont pas tous été) d'origine archaïque. 

J'avais bien, depuis quehjues années, trouvé dans les remblais des silex 
taillés d'époque néolithique qui permettaient de croire que telle hypothèse 
était possible, mais j'avouerai ([ue sa réalisation me send)lail trop intéres- 
sante pour qu'elle se pût facilement opérer. Grâce à M. Maspero. qui 
voulut bien m'y autoriser, je fis faire des sondages dans l'endos du sud-est 
que j'avais, le jour même où je devais repartir pour Karnak, signalé l'an 
passé à l'Institut égyptien. 

Quelques jours de recherches sullirenl pour décourager nos ouvriers 
habitués à trouver des statues depuis nombre d'années. Nous ne trouvions 
que des silex taillés néolithicjues, que des fragments de vases en pierre 
dure multicolore et que des morceaux de poteries archaïques. C'était 



80 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

précisément ce que je n'avais pas osé espérer encore. Nous trouvâmes aussi 
un morceau de lame d'obsidienne, des plaques de schiste et des blocs 
d'oxyde de fer et des charbons; bref, toute une petite collection d'objets 
archaïques de l'époque de Negaddeh qui, en bloc, ne vaudrait pas 
1 francs pour un marchand d'antiquités, mais qui, pour nous, a l'avantage 
de nous indiquer que, quand nous voudrons trouver quelques-uns des 
monuments archaïques de Thèbes, c'est là, tout au moins, que nous pour- 
rons les rechercher. J'aurai, peut-être, bientôt l'occasion de signaler encore 
quelques endroits où des recherches suivies pourraient fournir des résultats 
semblables. Je le répète une fois de plus : nous ignorons encore plus de 
mille ans de l'histoire de laThébaïdc. Restent à trouver les monuments qui 
nous l'apprendront. Nous avons, quant à nous, posé le jalon le plus 
éloigné qu'il soit possible de poser actuellement : jusqu'à l'épotjue de 
Menés. 

Thèbes, autant que Rome et qu'Athènes, fut une des grandes capitales 
du monde civilisé, et je crois que des recherches dans le sens que j'indique 
mériteraient d'être poussées plus loin que je n'ai pu le faire encore. 

Le peuple qui vécut là jadis y développa sa civilisation et les coutumes 
qu'il introduisit sont, pour la plupart, observées encore de nos jours. 

Dès le début de l'Egypte, nous y trouvons un culte fondamental que les 
religions qui se sont succédé en même temps que les siècles ont à peine 
amoindri : c'est celui des ancêtres. 

De nos jours encore, les morts sont l'objet de soins particuliers, et si, à 
certains jours de l'année, vous pénétrez dans un cimetière copte, vous 
pourrez assister à la cérémonie du Haljma. Les femmes sont accroupies sur 
les tombes et attendent le passage du prêtre qui vient et bénit tour à tour 
le nom de chacun des membres défunts de la famille ; les femmes indiquant 
tout d'abord le dernier trépassé pour remonter de génération en génération 
jusqu'au plus ancien aïeul connu. Et à chaque nom l'olliciant brûle de 
l'encens et bénit celui (jui fut jadis. 

Cette coutume est vieille comme l'Egypte et les chambres des ancêtres 
d'Abydos et de Karnak ne sont que des retraits où, à certains jours de 
l'année. Pharaon commémorait les noms des rois qui l'avaient précédé et 
([u'il reconnaissait comme légitimes ou dignes d'être comptés au nombre de 
ses ancêtres. 



LES DÉBUTS DE LART THKBAIN. 81 

Ces rois ancêtres étaient lijjurés en statues ou en bas-reliefs, mais ceux-ci 
n'étaient que la copie des statues "'. 

Quand, environ quinze siècles avant notre ère, Thoutmôsis III. dans 
son monument funéraire de karnak, v comprit la salle de ses ancêtres, il 
grava le long des murs de cette salle l'image et le nom de ceux (jui rece- 
vaient un culte à Tlièbes depuis de longs siècles. Leurs statues existaient 
bien auparavant : Tboutmôsis III en réunit là b" plus grand nombre possible 
pour les y vénih'er aux jours prescrits. Les bas-reliefs nous les présentent 
dans un beau désordre comme si le scribe qui classa les statues était, déjà, 
aussi ignorant (jue nous le sommes encore aujourd'liui de la place de 
certains pbaraons. Il les rangea autour de la salle sur trois rangs, tout 
comme nous faisons nous-mêmes encore aujourd'hui pour certaines classifi- 
cations. Et ceci fait, le graveur de bas-reliefs a, le long du inur. dressé 
l'inventaire des statues qui se trouvaient là, s'inquiétant peu d'une erreur 
de succession quelconque entre ces rois défunts et parfois même de redites 
que deux images du même souverain pouvaient apporter dans son œuvre. 
Ceci importait peu, pourvu que la statue du mort reçut son culte ordinaire. 

Car. en Egypte, la statue joue un rôle capital que bien d'autres ont 
signalé avant moi. La statue est support de doul)le et c'est comme telle 
qu'elle reçoit un culte. En tant que matière, elle n'est rien : le double (jui 
y logeait avait seul droit à l'hommage des vivants. 

Les Egyptiens ne vénéraient pas les statues, mais le double, le Ka\\ 
de leurs ancêtres qui y était déposé au moven des formules ellicaces : leur 
culte pour elles n'était pas de l'idolâtrie, mais de la prugonolàtrie (de 
-zspoyovos ^ ancêtre Ti et de Xarpe/a t cultes). 

Faute de statue, l'âme du mort n'avait d'autre support que sa momie 
auprès de la([uelle elle devait demeurer confinée justpi'au jour où, celle-ci 
étant détruite, le dnnbli', devenu sans support, allait vagabonder au milieu 
des humains. H devenait alors un nfrUv plus ou moins dangereux. Aussi la 
statue s'impose-t-elle autant pour la Irancpiillité du mort cpic pour celle des 
vivants qui auncnt peu h's revenants, et chaque iiKHt ditit avoir dans son 
tombeau une sliiliic dans hupu-lle \i('ri(b-ii habiter >on âme. (iràce à la 

'*' Cf. Maspero, Suv qudiinex monuments lie Vèpo(ine lliinile. dans le Bulletin de l'Institut 
éffiffjtien , igos», p. ii3, note i>. 

Bulletin de l'Iitstilut égyptien. 6 



82 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

cérémonie de ïap- ro, ia bouche de ia statue ou. plus exactement, la 
bouche que l'âme emprunte à la statue pourra se nourrir des offrandes qui 
seront déposées à certains jours de fête dans la chapelle funéraire. Mais 
laissez passer les ans et les générations se succéder. Peu à peu les offrandes 
diminueront, le tombeau sera oublié ou pillé, la famille s'éteindra et l'âme 
qui loge dans la statue ne mourra pas de faim parce qu'elle ne peut mourir, 
mais pâlira, perdra patience et, un beau jour, deviendra afrile à son tour, 
ce qui. ainsi que chacun sait, est fort ennuyeux pour les humains d'humeur 
craintive. 

On remédia à ces inconvénients en consacrant, dans les temples des 
dieux, des stèles ou des statues comme, aujourd'hui encore, on fonde des 
messes pour le repos de l'âme des trépassés. Une des plus grandes faveurs 
royales consistait à autoriser un de ses fidèles à consacrer une statue dans 
le temple local où elle devait demeurer à tout jamais. D'autres, moins 
favorisés, semblent avoir payé une redevance au clergé pour pouvoir 
déposer leurs images dans le temple. Ceci obtenu, l'âme du défunt pouvait 
se rassurer sur l'avenir : les statues déposées chez le dieu recevaient un 
culte journalier, perpétuel, et les doubles qui y étaient déposés jouissaient 
de multiples et incessants avantages que les statues gardées dans le tombeau 
n'avaient pas. Au lieu de la maigre chère et du jeune prédécesseurs de la 
famine pour celle-ci, c'était la ripaille journalière pour celle qui avait la 
bonne fortune d'habiter le temple. Leur formule de consécration est courte 
mais bonne : «Tout ce qui apparaîtra sur la table d'offrandes d'Amon sera 
pour le double d'un tel. fils d'un telr. disent les statues ihébaines. Ailleurs, 
c'est Osiris; ailleurs, c'est Plah ou toute autre divinité locale qui remphtle 
même rôle nourricier. 

Ainsi les morts vivaient à la table du dieu. Celle de Karnak était com- 
posée de deux grands blocs de grès jaune très dur où quarante grandes 
assiettes étaient figurées. Celle-ci était chaque jour chargée et le dieu 
et les morts s'y repaissaient avant que les prêtres ne s'emparassent de la 
desserte. 

La coutume dura de longs siècles, et Strabon, en nous parlant de la 
«Table du Soleil» chez les Ethiopiens, nous indique que le culte d'Amon 
et de ses clients était toujours en honneur chez ces peuples. 

Le mort n'avait pas (|u'un double : il pouvait en avoir plusieurs, et ceci 



LES DEBUTS DE L'ART THEBAIN. 83 

lui était agréable; en envoyant une statue munie d'un double à Abydos 
auprès d'Osiris, une autre à Mompbis auprès de Plab. une autre à Bubasle 
près de Bastit, par exemple, un bon Tbébain pouvait probal)lenient, en 
pavant une juste redevance au clergé du dieu, avoir quatre cbances de dîner 
par jour au lien d'une seule (jue lui assurait sa statue déposée dans le 
temple d'Amon, et ceci était une sécurité au moins pour le présent et très 
prol)ablement pour l'avenir, puisque les temples devaient demeurer éter- 
nellement. 

Tout l)ien considéré, ce que la cachette de Karnak renfermait, ce n'était 
autre que tous les commensaux d'Amon, et pour un bon Egyptien de jadis, 
j'ai ramené au Musée non pas des milliers de bronzes et des centaines de 
statues, mais près de dix-huit mille doubles ou à'afrites affamés depuis 
près de deux mille ans que la table d'Amon est desservie. 

j'ai insisté peut-être un peu longuement sur ces détails, pensant qu'ils 
feront mieux comprendre le rôle de la Statue jadis : ce n'est pas une image, 
une ressemblance quelconque, c'est un succédané du mort dans lequel il 
habite et attend la nourriture, les offrandes, les louanges, les fleurs, les 
effusions d'eau. Ce sont là petits soins qu'un défunt habitant une image a 
le droit d'exiger de ceux qui s'agitent encore sur terre et vivent normale- 
ment, ne se repaissant pas d'ombres d'aliments, mais de mets plus solides, 
mouvant leurs jambes et suivant leurs destinées jusqu'au jour du trépas 
inéluctable qui les amènera peut-être voisiner à leur tour près de la statue 
gravement accroupie du défunt. 

Grâce à cette croyance, la statuaire égvplienne fut toujours empreinte 
d'une gravité qui nous étonne si nous ne réfléchissons pas à toutes les 
considérations religieuses auxquelles elle fut toujours soumise. Il ne s'agit 
pas, connue chez les Grecs, d'éterniser la beauté d'un athlète (jui trionqjha 
aux jeux : il est nécessaire de loger l'âme d'un défunt dans une image solide, 
tenant le moins de place possible. Les dieux eux-mêmes sont morts, et le 
seul d'entre eux qui soit vivant, c'est Pharaon lui-même; mais celui-ci est 
si persuadé qu'il est dieu qu'il se tient aussi gravement que s'il était déjà 
trépassé. Aussi, la joie est-elle exprimée rarement dans la sculpture 
égyptienne, et khonsou de Thèbes. le ?c seigneur de toute réjouissance t», 
est triste comme s'il ressentait la maladie cjui le mine. 

Ceci nous explicpie resthéli(pic ipii créa h^s statues dont je vous présente 

6. 



8 A BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

les photographies, souhaitant que vous les alliez voir quelque jour au 
Musée. Toutes proviennent de Karnak, et la meilleure preuve de leur 
identité est que je les ai trouvées toutes les unes après les autres. Nous en 
publions aujourd'hui cent trente-huit ''l II nous en reste encore sept cents 
au moins que nous vous présenterons peu à peu, à mesure que leur publi- 
cation sera terminée. Grâce à elles, nous pourrons étudier les œuvres de 
l'école thébaine depuis ses origines archaïques jusqu'à la période romaine, 
soit pendant près de quatre mille ans. 

G. Legrain. 

''* Catalogue général des Antiquités égyptiennes du Musée du Caire. Statues et statuettes 
de rois et de particuliers , par Georges Legrain. 



BULLETIN DE L'INSTITUT ÉGYPTIEN. 



SÉANCE DU 3 DÉCEMBRE 1906. 



Présidence de S. E. Hussein Fakhry pacha, président. 



La séance est ouverte à 3 heures. 
Sont présents : 

LL. EE. Hussein Fakhry pacha, président, 

LE D*" AbBATE PACUA ) ^ 

,, . > vice-présidenls , 

lACOUB ArTIN pacha j ^ 

MM. Maspero, président honoraire, 
Barois , trésorier-bihliolliécaire , 
Gavillot , secrétaire général, 
LE D' Innés bey, secrétaire adjoint, 

MM. Ahmed bey Kamal, Aly bey Bahgat, le docteur Bay, Bonola bey, 
Chassinat, le docteur Da Corogna bey, G. Daressy, le professeur Elliot 
Smith, R. Fourtau, Ch. Gaillardot bey, N. Giorgladis, Herz bev, le docteur 
Keatinge, D. H. Parodi, L. Vidal, Vaast. membres titulaires, et le professeur 
Lortet, membre honoraire. 

Le procès-verbal de la séance du 5 novembre dernier, lu par le Secré- 
taire adjoint, est adopté sans observations. 

La correspondance communiquée par le Secrétaire général ne comprend 
qu'une circulaire invitant l'Institut au c)*" Congrès international de Géo- 
graphie qui se tiendra à Genève du 37 juillet au 6 août 1908 et donnant 
des renseignements et le programme préliminaires de ce congrès. 

Les ouvrages reçus depuis la dernière séance consistent dans: trois exem- 
plaires d'une brochure en langue grecque moderne, intitulée : Evolutions de la 



86 PROCES-VERBAL DU 3 DECEMBRE. 

langue grecque et altéralions qu'elle a subies à travers les siècles jusqu à nos jours, 
dont l'auteur, M. le docteur B. Apostolidès, membre honoraire, fait hom- 
mage à l'Institut ; un exemplaire d'une revue en lanfjue arabe, publiée au Caire 
sous le titre (ï Al-Moldabas , avec note jointe sollicitant l'échange de cette 
publication contre nos bulletins, et le numéro de septembre 1906 de la 
Revue Tuntsienne, rendant compte d'une fête célébrée le 97 mai dernier au 
Théâtre romain de Carthage, et exposant l'état des ruines de cette antique 
cité, pour appuver une demande jointe, de concours moral à l'fpuvre pour- 
suivie de l'Institut de Carthage aux (ins d'arrêter la dévastation dont ces 
ruines sont l'objet. 

Prenant en considération des précédents invoqués par le Secrétaire 
général, le Bureau décide de refuser l'échange demandé par la revue 
Al-Moktahas. 

Abordant l'ordre du jour, M. le Président donne la parole au premier 
orateur inscrit. 

S. E. Artin pacha fait sa communication sur les Armoiries de l'Egypte au 
xv' siècle (voir p. 87). 

M. LE Président félicite l'orateur et le remercie au nom de l'Institut . 
puis invite M. le professeur Lortet à prendre la parole sur le sujet par lui 
indiqué : Syphilis et Spirochœtes (voir p. 91). 

La communication de l'éminent professeur est suivie de diverses projec- 
tions faisant voir les microzoaires qu'il a voulu faire connaître à ses auditeurs. 

S. E. Abbate pacha questionne le conférencier sur le mode de pénétra- 
lion des infusoires signalés dans l'économie humaine. 

M. le professeur Lortet répond que ce mode n'a pas encore été déterminé. 

M. G. Daressy est appelé à la tribune pour traiter sa question : Qu^l est 
l'âge du Sphinx? (voir p. 93). 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance ordinaire est levée à G lieures. 

En comité secret, ont été élus membres de l'Institut : M. le docteur 
Arthur Looss en remplacement de feu le docteur Hassan pacha Mahmoud 
et M. W. B\ Hume, en remplacement de feu Morgos Kabis bey. 

Le Secrétaire général, 
J. C. AwsTiDE GAVILLOT. 



LES 

ARMES DE L'EGYPTE AUX XV" ET XVF SIÈCLES. 



Dans mon ouvrage Contrihulion à l'étude du blason en Orient ( B. Qua- 
rltch, Londres, 1901?) j'ai publié (fig. 1 V) la pliotograpliie d'un tableau 
du Musée du Louvre, attribué à Bellini et portant le n° i 107 (Ecole ita- 
lienne n" Go). 

Cette photographie que je reproduis ici (pi. 1) est connue sous le titre : 
Une réception d'un ambassadeur vénitien au Caire; elle montre, sur les murs 
d'un château qui forme le fond du tableau et plusieurs fois répétées, les 
armes de l'Egvpte au xv" siècle et jusqu'à la conquête ottomane de ce pays 
en 1617; elles sont blasonnées comme suit (pi. II, grandeur naturelle et 
timbrées comme sur le tableau): 

En chef, un cachet '^'. 
En pointe, une coupe. 

Sur fasce, une coupe portant les signes dits hiéroglyphiques et flanquée 
de deux cornes. 

Tous ces meubles n'apparaissent dans les armoiries orientales que vers 
le xv^ siècle; d'abord on voit apparaître la coupe, puis le cachet, puis les 
signes dits hiéroglyphi([ues; puis tous ces meubles se combinent ensemble, 
se mêlent et finissent par former une armoirie très compli(juéc à laquelle 
viennent s'ajouter les cornes. 

Ce n'est que sous le règne du sultan Khosh-Kadem (i '161-1 'i68) que 
l'armoirie se constitue et parait devenir d'un usage général dar>s sa forme 
définitive, telle que nous la voyons sur différents monuments et meubles, 
ou ustensiles de ménage, sous tous les successeurs jusqu'à la conquête de 
l'Egypte par les Turcs au commencement du xvi* siècle. 

Cette armoirie s'était, pour ainsi dire, identifiée à tel point avec l'Egypte 

''^ Voir mon mémoire : Nouvelles preuves concernant la signification du meuble cachet 
dans les armoiries orientales. Bulletin de V Institut cgijptien , séance dii 26 décembre 1906. 



88 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

de celte époque que Bellini, peignant la réception d'un ambassadeur véni- 
tien par le sultan Kansu-el-Ghoury en i 5 1 s , blasonnait les murs du châ- 
teau où avait lieu la réception avec ces armoiries, pour indiquer sans doute 
que le tableau représentait une scène qui se passait dans l'empire 
Egyptien. 

Il n'est pas, d'ailleurs, le seul peintre qui ait blasonné l'Egypte avec ces 
mêmes armoiries. G. Mansuetti (i65o-i5oo) a aussi peint un tableau ex- 
posé à la Brera à Milan, qui représente Le Baptême de sawl Aveiro, par 
saint Marc à Alexandrie. Le monument (jue représente ce tableau dont je 
donne une photographie (pi. III) est une éghse dans le goût de la renais- 
sance italienne de l'époque, très belle, avec ses escahers, ses galeries, ses 
colonnes et ses arcs en plein cintre. 

Au centre on voit le saint à genoux et saint Marc le baptisant. Les esca- 
liers, les galeries et les parvis de l'église sont remplis de monde et de mou- 
vement, le tout est d'un très heureux effet. 

Ses personnages sont des Egyptiens et des Vénitiens, habillés selon les 
modes du xv" siècle de leur pays respectif. Les premiers portent des tur- 
bans et les seconds des calottes, aucun n'est nu-tête sauf les deux saints 
qui sont représentés costumés comme on concevait alors les Romains de 
l'antiquité, ou, comme on disait à cette époque en Italie: Alla Apostohca 
(c'est-à-dire à la mode des apôtres). 

G. Mansuetti, peintre vénitien né en i^ioo et mort en i5oo, fut élève 
de Vitlore Carpoccio; lorsqu'il composa et peignit ce tableau, Bellini n'a- 
vait pas encore peint le sien dont nous avons parlé plus haut (pi. I) et qui 
ne fut exécuté qu'en i5i9. Quant à Bellini qui paraît avoir accompagné 
l'ambassade vénitienne à la Cour d'El-Ghoury, on ne peut croire qu'il se 
soit inspiré du tableau de G. Mansuetti pour blasonner le sien. Il est plus 
que probable qu'il a copié sur place ces armoiries, telles qu'il les a vues 
peintes sur le mur qu'il avait devant lui. 

Je donne, pi. IV, l'armoirie peinte dans l'église par Mansuetti. dont 
plusieurs copies se trouvent entre les cintres sur les colonnes, avec les 
couleurs de l'original ainsi (|ue sa grandeur. 

Vous observerez en la comparant aves l'armoirie de Bellini (pi. II) que 
si les deux armoiries sont semblables quant à la disposition des meubles 
et au dessin, elles sont différentes comme couleurs ou timbre, ce qui serait, 




^ 



PL II. 




Armoirit; du tableau de Bellini (grandeur naturelle). 



PI. m. 




G. MANSLl'l ri. — Le Ixiptcinc de sain: Avciro par viiiit Marc, à Alexandrie. 



PI. IV. 




Armoirie du tableau de G. Mansuetti (grandeur naturelle). 



LES ARMES DE L'EGYPTE ALX XV ET XM' SIÈCLES. 89 

je pense, une preuve suffisante pour appuyer notre thèse que ces deux 
peintres ne se sont pas copiés l'un l'autre ' . 

En Italie, à cette époque, on connaissait l'Orient, sinon mieux, au moins 
peut-être aussi bien que de nos jours. 

Les relations commerciales entre Venise et tout l'Orient de la Méditer- 
ranée étaient très actives, et les relations diplomatiques ne l'étaient guère 
moins. 

En effet, pour ne prendre qu'un exemple pendant la captivité à Korae 
du sultan Djem (le Zizime des Européens), frère du sultan ottoman Bayé- 
zide II, les allées et venues entre (^onstantinople, Venise et Rome, et entre 
Le Caire, Venise et Rome, étaient très actives, au point qu'à un moment 
donné, à Rome, trois ambassades égyptiennes et une ambassade turque 
s'y trouvèrent en même temps'-'. 

Il ne faut donc pas s'étonner que (i. Mansuelti, pour indiquer que le 
baptême de saint Aveiro avait lieu en Egypte, ait blasonné son église ima- 
ginaire où se passait une cérémonie du i" siècle de notre ère, avec les 
armoiries (|ui, au xv" siècle, représentaient pour tous les armes de 
l'Egypte. 

BelHni lui-même, pour la représentation d'une scène qui se passait au 
xvf siècle, a eu recours aux mêmes armoiries pour indiquer (|ue cette scène 
qu'il représentait se passait en Egypte. 

Si donc ces étrangers croyaient cpie cette armoirie représentait l'Egypte 
et si d'un autre côté, en Egypte, même à partir du milieu du xv^ siècle et 
jusqu'à la fm de l'empire Egyptien, cette armoirie est employée couram- 
ment pour blasonner partout les monuments, les meubles et ustensiles 



''^ Je vous \n-u\ en outre, do vous souvenir que vers le commeuceuient du xvi' siècle 
même les règles d'après lesquelles la rigidité des couleurs se sont établies n'existaient 
pas encore en Kurope. Ces règles ne furent délinilivenient éljddies que vers le wii* siècle. 

''' Dji'ni Sultan, etc. Elude sur la question d'Orient à In fn du xv' siècle, par 
f.. Tluiasne, tHt)^. Paris. E. Leroux. Voir chapiU'es vu et viii spécialement. 

Ludovico di \ .iiIIumiiso (jui voyagea en Oricnl de i5o3 à i5o8 dit. en arrivant à 
Alexandrie : 

" Lorsque nous arrivâmes à Alexandrie, une ville d'Kgypte. moi qui 

cherchais du nouveau connue un lionirnc qui a soil cherche leau. j'en suis reparti 
de suite, car C(!S pays sont hien connus de lous.i 



90 BULLETIN DE LINSTITUT EGYPTIEN. 

de ménage, il me sera permis d'en déduire que les armoiries égyptiennes 
s'étaient constituées sous celte forme-''. 

Avec les règles de la science du blason ([ui s'établissaient partout en 
Europe à partir du xiii" siècle, la mode de blasonner tout, individu, terre, 
cbâteau, ville ou pays, devenait de plus en plus générale. 

De l'Europe cette mode s'est même étendue en Orient et a eu pour effet 
sans doute de constituer et de fixer à partir du milieu du xv* siècle les armes 
des sultans Mamelouks d'Egypte. 

J'ai essayé de démontrer cette influence en retour dans l'appendice ii, 
p. Q27. de mon ouvrage Contribution à l'étude du blason en Orient. 

Ce tableau de G. Mansuetti que je ne connaissais pas alors me confirme 
dans ma thèse et j'ai essayé ici de vous communiquer les raisons qui m'ont 
confirmé dans mes idées. 

En terminant, je dois remercier M. Nubar bey Innés, (jui, en 190/1 , a 
attiré mon attention sur le tableau de G. Mansuetti qu'il venait de voir à 
Milan; à M. Zeppa qui a obtenu pour moi du Ministère des beau.v-arts à 
Rome l'autorisation de faire prendre une reproduction photograpbi([ue de 
ce tableau; enfin à M. Jacopowitz, de Milan, qui avec sa grâce habituelle, 
m'a procuré ces photographies et l'aquarelle en grandeur naturelle des ar- 
moiries du tableau. 

Y. Artln pacha. 



''^ Ce fait se répèle de nos joui's où lorsqu'on veut blasonner l'Égyple on le fail en 
peignant ou sculptant le croissant et l'étoile à cinq branches. 



SYPHILIS ET SPÏKOCH/EÏES. 



Depuis longtemps, on sait que lu syphilis est une maladie essenliellf- 
ment contagieuse, héréditaire et infectieuse. Les travaux de MetschnikolT 
ont montré dernièrement qu'elle était inoculable aux singes supérieurs. On 
sait aussi que le contage est du à des éléments figurés puisque les liquides 
filtrés au filtre Berkfield ne sont plus contagieux. 

Depuis peu de temps, un observateur allemand des plus distingués, 
Schaundinn, a montré que dans toutes les lésions aussi bien que dans le 
sang des syphilitiques, on rencontrait un infusoire cilié, le Spirocliœtc ou 
Tapponema pallida qui devait probablement être la cause de la maladie et 
l'agent de la contagion. C'est un infusoire de 6 à i /i millièmes de mm. 
de longueur, formant de 6 à i -i tours de spirale et portant des cils vibratiles 
en avant et en arrière. Il progresse par rotation et par mouvement flexueux. 
Il parait se multiplier par scissiparité longitudinale. On peut le colorer par 
le bleu de Giemsa et le nitrate d'argent ([ui lui donnent une couleur noir 
foncé. On le trouve, chez les syphilitiques, dans tous les organes, dans la 
peau, dans le sang et cela en quantités innombrables. On le trouve tou- 
jours chez les fœtus et les enfants syphiliti(|ues. On le trouve chez les singes 
infectés, et MM. Levaditi et Sauvages l'ont rencontré dans les ovocystes 
même d'une petite fille syphilitique. C'est aussi ce que j'ai pu constater 
chez une fillette de (piinze jours, syphilitique, morte brûlée. Ces obser- 
vations montrent donc la possibilité matérielle et la transmission de la 
syphilis de la mère à l'enfant, en admettant la possibilité du développement 
d'un œuf chez une fille svphilili({ue arrivée à l'âge pubère, ce qui n'est point 
encore démontn''. 

La possibilité d'infecter l'espèce simienne est chose inqiortanle. car 
elle permettra une foule de recherches expérimentales interdites sur l'espèce 
humaine. Elle permettra peut-être de trouver un vaccin ou un sérum qui 
pourra servira combattre cette maladie si grave, qui. avec la tuberculose, 
est une des grandes faucheuses de l'humanité. 

Prof. D' LORTET. 



QUEL EST L'ÂGE DU SPHINX? 



S'il est un monument caractéristique de l'antique Egypte, c'est Lien le 
Sphinx dont l'image colossale se dresse à la limite du désert libyque, à 
proximité des grandes pyramides de Gizeh. De tout temps il a intrigué les 
visiteurs, et si, malgré son nom actuel d'Abou l'iiol (Père de la terreur) il 
est moins terrible que le sphinx grec rencontré par Œdipe, son rôle d'inter- 
rogateur n'est pas encore fini. Depuis près d'un siècle, la question qu'il 
pose est celle de fixer son âge, et personne encore n'a pu répondre d'une 
façon certaine. 

Pendant tout le moyen âge il était enfoui jusqu'au cou, etMakrizi croyait 
que cette léte émergeant du sable appartenait à une statue d'bomme, non 
à un lion androcéphale. En 1816, le capitaine Gaviglia qui, le premier, 
tenta de le déblayer, découvrit entre les pattes trois stèles formant une sorte 
de réduit. Les deux stèles latérales qui sont en calcaire, datent de Ramsès 11; 
elles ont été emportées en Europe; la troisième, appliquée contre la poitrine, 
est en granit rose et fut gravée par ordre de Thotmès IV. Elle rapporte que 
ce roi vint faire la sieste à l'ombre du Sphinx, un jour qu'il était à la 
chasse dans ces parages; pendant son sommeil il entendit en songe le dieu 
Harmakhis, dont le Sphinx est l'image, qui lui demandait défaire déblayer 
sa statue envahie par les sables. Comme c'était la plus ancienne mention 
connue du colosse, on admit que ce pharaon ou un de ses proches prédé- 
cesseurs était l'auteur du monument et pendant un demi-siècle celte figure 
fabuleuse passa pour une œuvre de la XVIII'' dynastie. 

En 1862 , les fouilles du duc de Luynes démontraient (jue le Sphinx n'est 
qu'un rocher en place, taillé en forme de lion à tète humaine, et non une 
statue amenée d'autre part. En 1 858 , Mariette dérouvrit dans les ruines d'un 
petit temple voisin de la grande pyramide une stèle portant en tète les noms 
de Chéops, dont les inscriptions mentionnent la pvramide de ce roi, celle 
de sa fille, le Sphinx et divers temples du voisinage. L'aspect de celte 
tablette était tel qu'il était impossible de la prendre pour une œuvre de la 
VI' dynastie, mais on admit que c'était une copie de l'inscription primitive, 
ou même qu'on n'avait fait que regraver sous la Wl' dynastie ou à l'époque 



f)à BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

saïte le texte original devenu difTicile à lire par suite d'usure de la pierre. 
On considéra donc comme acquis les renseignements suivants fournis par 
cette stèle : et klioufou ... a restauré le temple d'Isis rectrice de la pvra- 
mide, situé à l'endroit où est le Sphinx, à la face nord-ouest du temple 
d'Osiris, seigneur de Ro-sulou. Il a bâti sa pyramide là où est le temple de 
cette déesse et il a bâti la pyramide de la princesse Henlsen là où est ce 

temple, etc n Et Mariette ajoutait dans son catalogue du Musée de 

Boulaq : - Il résulte de ce texte que le Sphinx existait au temps de Khoufou 
(Chéops) et même lui était antérieure, puisqu'il figure parmi les monuments 
que ce prince aurait restaurés; on voit par là combien son antiquité est 
reculée?'. Du coup, le Sphinx passait pour le plus ancien monument du 
monde. 

Acceptée d'abord sans conteste, cette opinion trouva plus tard des oppo- 
sants, car la critique des inscriptions avait fait reconnaître des faux oflficiels : 
la stèle de Bakhtan qui créait un Ramsès XII bienfaiteur du temple de 
Khonsou à Karnak, la stèle des sept années de famine, dans l'île de Sehel, 
attribuée à un roi de la III^ dvnastie, étaient reconnues comme l'œuvre de 
prêtres de la dernière période pharaonique. Des doutes s'élevèrent donc 
sur l'authenticité des textes de la stèle dite de la fdle de Chéops, et en 
i883, M. Flinders Pétrie déclarait cjue le document avait été forgé de 
toutes pièces sous la XXP dynastie; tout point de repère pour fixer l'âge 
du Sphinx nous échappait. 

En i8()7, M. Borchardt émit une nouvelle hypothèse basée sur la dis- 
position de la coiffure du colosse. Le nemes ou capuchon qui couvre la tète 
du Sphinx, au lieu d'être orné, comme en général, de bandes de largeur 
égale, porte en arrière des rayures disposées par groupes de trois, une large 
entre deux étroites. On ne connaissait une telle disposition que sur des 
statues d'Amen-m-hât III et autres portraits de souverains du moyen empire 
que Ramsès II s'était appropriés; M. Borchardt en déduisit que le colosse 
avait été sculpté entre la VP dynastie et l'époque des Pasteurs. 

Depuis lors la cjuestion restait en suspens, certains savants continuant 
à tenir pour Pauthenticité du texte de la stèle de la fille de Chéops, et par 
suite pour la haute antiquité du Sphinx. Aussi est-ce ce monument qu'il faut 
étudier avec le plus grand soin. 

En dehors des inscriptions très nettes gravées sur le fond de cette stèle. 



QUKL EST L'AGE DU SPHINX? 95 

il existe sur le socle un texte de quatre li(jfnes malheureusement dans le 
plus triste état de conservation: le frottement du sable a usé la surface de 
la pierre, on ne voit plus des signes qui y étaient très légèrement incisés que 
des traits interrompus ou des silhouettes vagues. Un secret espoir que ces 
quatre lignes contiendraient quelques données précises sur le Sphinx avail 
poussé plusieurs égyptologues à tenter ce déchiffrement, mais aucun n'était 
parvenu à rétablir le texte; à mon tour j'ai abordé cette étude difficile et à 
la longue je suis arrivé à transcrire la majeure partie en toute sûreté, quel- 
ques passages avec une certaine hésitation. En lui-même, ce dernier texte 
n'apporte aucun fait nouveau, mais il m'a permis de voir comment s'en- 
chaînent les inscriptions dispersées sur le monument, ce ([ui conduit à une 
toute autre interprétation que celle donnée tout d'aljord. 

La stèle a l'aspect d'une niche rectangulaire et porte six inscriptions : 
la première au sommet, la seconde sur le montant gauche, la troisième 
sur le montant droit, la quatrième et la sixième au milieu des représenta- 
tions de statues de divinités qui couvrent le fond, et cnlin la cinquième 
sur le socle. 

La première donne le protocole royal deChéops, deu\ fois répété symé- 
triquement: -Vive l'Horus massacreur, le roi du midi et du nord, Ivhoufou, 
donnant la vie! •>•> 

Selon la mode égyptienne, la gauche est plus honorable que la droite, 
nous prendrons donc à la suite le texte du montant gauche: «Il a fait pour 
sa mère Isis, la mère divine, Hathor, reine de l'Occident, une ordonnance 
consignée sur une stèle, et lui a donné à nouveau des offrandes sacrées. H 
a construit en pierre son temple, renouvelant ce ([u'il avait trouvé; — que 
l'approbation des dieux soit sur sa demeure! d 

Il se peut que ce passage soit la copie d'une inscription du temps de 
Chéops, ou seulement le résumé d'un autre tex.te énumérant les bienfaits du 
Pharaon envers Isis-Hathor; mais le point important à noter c'est (ju'il ny 
est question d'aucun autre monument (pie dul<Miq)lè(risis; queni le Spliinx, 
ni la Pyramide n'y sont mentionnés; on ne pourra donc plus s'appuyer sur 
celte stèle pour témoigner de l'anlicpiité de ces monuments, car les autres 
inscriptions de la tablette sont certainement de basse époque, de la 
XXVP dynastie ou de l'époque perse. 

L'erreur dans lacpielle les précédents traducteurs sont tombés semble 



96 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

avoir été préparée intentionnellement par le scribe. Il a commencé la troi- 
sième inscription par les mots - il a trouvé r , laissant croire que c'est Khoufou 
qui a découvert le temple d'Isis à côté du Sphinx, alors que ces mots ne sont 
qu'un renvoi au passage de la seconde t renouvelant ce qu'il a trouvé r? et qui 
fait que tous les développements des textes suivants ne forment qu'une inci- 
dente, une addition subséquente. Deux fois encore le scribe emploiera ce 
procédé de répétition d'un mot pour marquer le raccord de deux phrases , 
pour passer de la quatrième inscription à la sixième et de la sixième à la 
cinquième. L'auteur de la stèle voulant expliquer aux gens de son époque de 
quel temple d'Isis il était question dans le décret de Chéops, cite les divers 
édifices voisins existant de son temps. Le troisième texte se traduira donc 
ainsi : -La demeure d'Isis, régente de la Pyramide est voisine du Sphinx 
de. . . lequel est au nord-ouest de la demeure d'Osiris, seigneur de Ro- 
satou. Il (Chéops) a bâti sa pyramide près du temple de cette déesse et a 
bâti la pyramide de la fdle royale Hent-sen à côté de ce temple 75, 

Mais le scribe s'est aperçu qu'il avait sauté un mot, celui à'Harmahhis, 
dans la désignation du Sphinx ; il reprend donc en la modifiant cette expli- 
cation topographique dont il fait le préambule de la seconde partie des 
textes : rLa place du Sphinx d'Harmakhis est au sud de la demeure d'Isis, 
régente de la Pvramide, et au nord de la demeure d'Osiris, seigneur de 
Ro-satou. Les dessins de l'image d'Harmakhis furent apportés pour la 
remise en état de ce colosse, portrait du très redoutable. II a restauré la 
statue, toute couverte de peintures, du gardien de l'atmosphère qui guide les 
vents du regard. Il a fait tailler l'arrière de la coiffure qui manquait, dans 
une pierre dorée qui a y coudées (3 m. 70 cent.) de longueur. 11 vint faire un 
tour pour voir -1 orage sur la place du sycomores, lieu ainsi nommé à 
cause d'un grand sycomore au ])ranchage foudroyé quand le maître du ciel 
descendit sur la place d'Harmakhis, et aussi cette image retraçant l'embrase- 
ment [des arbres. Il se rendit au lieu de dépôt] de tous les animaux tués à 
Ro-sat , oii est une table pour les vases pleins des restes des animaux qui , sauf 
la cuisse, sont mangés près de ces sept dieux, demandant. . . (lacune). . . 
les rayons de sa face sur la stèle tracée près de ce colosse, à l'heure des 
ténèbres. La figure de ce dieu est taillée en pierre, elle est solide et sub- 
sistera éternellement, à toujours, la face regardant l'Orient.- 

Il est vraisemblable que le temple d'Isis-Hathor. réparé par kboufou. est 



QUEL EST L'ÂGE DU SPHINX? 97 



celui dans lequel la stèle a été li'ouvée; il (ut reconstruit sous la XXI' dynastie 
et orné à nouveau à répo(jue saïte. A cause du voisinage de la grande 
pyramide, Isis désignée priinilivenienl comme reine de l'Occident avait 
pris le titre de «régente de la Pyramide t»; cette chapelle est distante du 
Sphinx de 3oo mètres. La demeure d'Osiris n'est pas encore retrouvée; il 
est peu prohahle que ce soit le temple de granit qui est une dépendance de 
la chapelle funéraire de GhélVen. Enfm le sycomore foudroyé est sans doute 
un ancêtre du groupe d'arbres situé un peu au sud du Sphinx, ce qui leur 
assure une antériorité d'au moins ooo ans sur l'arbre de la Vierge de 
Matarieh. 

Comprise ainsi, la stèle nous apprend seulement qu'à l'époque saïte on 
a réparé le Sphinx, remis en place l'arrière de la coiffure, rafraîchi les pein- 
tures endommagées par un orage, mais elle ne mentionne nullement Chéops 
à propos du Sphinx; il ne subsiste donc plus aucun document sur let[uel 
on puisse s'appuyer pour faire remonter le Sphinx aux premiers âges de 
l'Egypte. On sait d'ailleurs que les représentations de divinités sont peu 
fréquentes sous l'Ancien empire et les statues sacrées excessivement rares , 
tandis que sous la Xll' dynastie elles deviennent plus communes et que 
le goût des colosses se développe. Puisque le Sphinx est une image 
d'Harmakhis, un des dieux d'iléliopolis dont le temple grandiose fut rebâti 
à cette époque, et (ju'il porte la coiffure distinctive des derniers rois de cette 
famille, toutes les présomptions sont donc pour que le colosse de Gizeh soit 
l'œuvre d'Usurlesen 111, ou mieux d'Amen-m-hât III, car ce qui subsiste de 
la face rappelle davantage le tvpe étrange de ce dernier. 

Le Sphinx perd donc le prestige d'une anti([uilé fabuleuse el doit passer 
après les pyramides sous le rapport de l'ancienneté. Selon Maqrizi, Abou 
l'hol était un talisman préservant les champs de Gizoh de lenvahissement 
des sables; il a bien perdu de son pouvoir, car il ne parvient pas à se 
protéger lui-même; mais comme interrogateur son rôle n'est pas encore 
terminé, puis([ue nous ne pouvons encore répondre en toute assurance a 
la ([uestion qu'il nous adresse. 

G. Dahessv. 



Bulletin de ilmlitut l'ij^yplieu. 



BULLETIN DE L'INSTITUT ÉGYPTIEN. 



SÉANCE DL 24 DÉCEMBRE 190C. 



Présidence de S. E. Hussein Eakhry i'Agua, président. 



La séance est ouverle à 5 heures. 

Sont présents: 

LL. EE. Hussein Fakhry v km k, président, 
Yacoub Artin pacha, vice-président: 
MM. iJAROis, trésorier-bibliothécaire, 
Gavillot, secrétaire général, 
LE D"" W. Innés bey, secrétaire adjoint, 

Ahmed bey Kamal, Aly bey Bahgal, le docteur Bav, Bonola bev, Brugsch 
pacha, le docteur Da Corogna bey, H. Fourtau, Ch. Gaillardot bev, 
N. Giorgiadis, le docteur Keatinge, G. Legraln, le professeur Looss, 
V. Mosseri, D. H. Parodl, S. E, Saber pacha Sabri, MM. Souter, J. Vaast 
et L. Vidal, membres titulaires. 

Assiste à la séance : M. le docteur Auckland. 

M. GvviLLOT donne lecture du procès-verbal de la séance du 3 de ce 
mois, (|ui est adopté sans observations. 

La correspondance communi(|uée comprend les excuses de S. E. Abbale 
pacha de ne pouvoir assister à la séance à cause de son départ pour Wadi- 
Hali'ah, et les remerciements de M\L le professeur Looss et W. V. Hume 
pour leur élection au titre de membres de l'Institut. 

M. Fourtau présente l'énoncé des fascicules reçus antérieurement par 
riiislilut, des (puvres de M. Cossmann, dont S. E. Boghos pacha Nubar 
fait hommage pour la bibliutbèi[ue de notre Société. 

7- 



100 BULLETIN DE LINSTITUT EGYPTIEN. 

M. LE Président adresse les remerciements de l'Institut au généreux 
donateur. 

Passant à l'ordre du jour, la parole est donnée à l'orateur qui y est in- 
scrit. 

S. E, Artin pacha lit son nouveau travail sur le blason, intitulé: Losange, 
dé ou cachet, qui donne de ISouvelles preuves concernant la signification du 
meuble cachet dans les armoiries orientales. 

S. E. Fakhry pacha remercie l'auteur de sa très intéressante communi- 
cation et donne la parole à M. le Trésorier-bibliothécaire. 

M. Barois présente son rapport sur les Comptes de l'Institut [année 1906). 
Il en résulte que ces comptes se balancent par un excédent de L. E. 
io3,9o8 m/m. 

M. Barois annonce en outre que le nombre des ouvrages inscrits à ce 
jour au catalogue de la bibliothèque est de 1 9,9 5 6. 

M. LE Président remercie M. le Trésorier-bibliothécaire de sa bonne ges- 
tion des finances de notre société et se félicite de l'excédent constaté. 

11 est rappelé que la prochaine séance sera tenue le deuxième lundi du 
mois prochain, soit le i/i janvier 1907. 

La séance ordinaire est levée à 5 heures 45 minutes. 

En comité secret, le bureau et le comité des publications pour l'année 
1907 ont été constitués ainsi qu'il suit: 

Président: S. E. Yacoub Arti.n pacha. 

Vice-présidents: S. E. le docteur Abbate pacha, S. E. Hussein Fakhry 
pacha. 

Trésorier-bibliothécaire : M. J. Vaast. 
Secrétaire adjoint: M. le docteur W. Innés bey. 

Membres du Comité des publications : M.M. le docteur Bay, J.-B. Piot bey, 

R. FOURTAU, AlY bey BaUGAT. 

Le Secrétaire général, élu pour cinq ans le q6 décembre 1909, n'était 

pas soumis à la réélection. 

Le Secrétaire général, 
J. C. Aristide GAVILLOT. 



NOUVELLES PREUVES 

CONCERNANT LA SIGNIFICATION DU MELBLE -CACHET 
DANS LES ARMOIRIES ORIEMALES. 



Je vous prie, Messieurs, de vouioir bien m'accorder votre indulgence si 
dans les études ([ue je fais sur les armoiries orientales, quelques points vous 
paraîtraient contradictoires. 

Mon excuse sera que depuis plus de quatre siècles environ, l'usage des 
armoiries s'étant perdu en Orient, leur compréhension ou leur signification 
devient, par là-méme, fort difficile et quelque peu problémati(jue, de nos 
jours. 

Depuis la pui)lication de mon ouvrage Contribution à l'étude du Blason 
en Onent'^^', j'ai recueilli, dans le cours de mes lectures, diverses obser- 
vations propres à jeter un nouveau jour sur la signification d'un meuble 
cpi'on retrouve très souvent dans les armoiries orientales du w' et du 
xvi* siècle. Je prends donc cette occasion pour corriger mes erreurs d'appré- 
ciations premières. 

Je suis certain que celte manière d'agir me vaudra votre approbation, 
plutôt que celle qui consisterait à maintenir des théories qui pourraient 
être fausses, mais que je laisserais subsister parce que je les aurais une fois 
énoncées. 

Le meuble dont je vais vous parler est celui que E. T. Rogers hey a 
appelé losange, el que j'ai appelé dé, pour les raisons (jue j'ai données dans 
mon susdit ouvrage (p. lo/i) et que, pour les raisons ([ui vont suivre, 
j'appellerai dans la suite cnrlirt. 

Il paraît souvent seul sur l'écu, mais souvent aussi il surmonte une coupe 
comme dans Tarmoirie del'Egvpte de la fin du w' siècle et du commenre- 
meiil du \vr siècle. (Voir ma communicaliou à l'Institut égyptien: Arwoiries 

''' Londres, Bernard Ouarilrh. 1902. Chap. ix, p. io5. 



102 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

fie l'Egypte nu xv' siècle, lue le 3 décembre ic)o6, et appendice \\. p. îîaS. 
Contribulion à l'élude du lihtaon en Orient.) 

Permettez-moi de vous rappeler que cette armoirie est blasonnée ainsi 
qu'il suit: 

En chef : un cachet, 

En pointe: une coupe, 

Surfasce: une coupe surchargée de l'inscription dite hiéroglyphique, 
flanquée de deux cornes, les pointes en bas et tournées vers la coupe à 
dextre et à sénestre. 

Après avoir donné mes raisons tirées du poème, Shah Nameh. de Fir- 
doussi pour expliquer et adopter la signification de dé je disais: 

«Le f/e jeté dans la coupe indiquerait bien d'ailleurs que le sort en est 
jeté, que le chevalier qui porte ce meuble dans ses armes aie sort des com- 
bats entre ses mains , ou qu'il peut faire mouvoir l'armée à sa guise. -^ 

Depuis que j'ai écrit ces lignes, j'ai eu l'occasion de me contirmer dans 
cette opinion. 

En effet, dans l'adaptation en anglais des (juatrains de Omar El-Kha- 
yame (édition de B. Quaritch. 1809), le premier quatrain est ainsi 
rendu : 

Awake! for morning in the bowl of night 
Has llung the Stone that puts the stars lo fliglil 
And loi the hunier of the east has caught 
The Sultans turret in a noose of light. 

Voici la traduction de cette version anglaise : 

Réveille-toi! car Fauroro a dans la coupe de la nuit 

Jeté la pierre qui met on fuite les étoiles. 

Eh làl le chasseur de Test a pris 

La tour du Sultan, dans une gloire de lumière. 

Fitz Gorald lui-même, dans une note explicative concernant ce premier 
quatrain de ses adaptations disait : 

«Jeter une pierre dans une coupe était, au désert, le signal du boule- 
selle. « 



SIGNIFICATION DU MEUBLE -CACHET'^ DANS LES ARMOIRIES ORIENTALES. 103 

Comme vous le voyez, le sens de ce vers ressemble au sens des vers que 
j'ai lires du [)oème, Shah Nameh, de Firdoussi '". 

La note explicative de Fitz Gerald venait corroborer les déductions 
que j'avais tirées des vers de Firdoussi concernant le sens des mots ^j^ et 
«^ que M. J. Mohl avait traduits par boule, Fitz Gerald ^ar pierre et que 
j'avais préféré traduire par clé ou même cachet. 

Quant à la signification attachée à l'action de jeter dans une coupe une 
boule, une pierre, un dé, un cachet, il me semble (ju'il n'y a plus de doute 
à avoir: c'était le signal magique pour faire mouvoir une armée. 

En effet, M. Héron Allen, le commentateur des œuvres de Omar el- 
Khayame dit avec raison que cette adaptation de Fitz Gerald lui a été inspi- 
rée parle ([uatrain n' i3/i du manuscrit persan de Calcutta des quatrains 
([ui se lit comme suit: 

kX-».->— »! *U ^i l_^L.4i»! Sjl^) \3î (jl"w-*-à. <0>-^ i^iUjo sS\y^ ^^ 

Voici la traduction de cet original persan : 

Le soleil prépara l'arc du matin. 

Lorsque le roi rognaut jeta le cachet dans la coupe. 

Bois du vin, celui qui réveille, ceu.x qui veulent se réveiller avec l'aurore " . 

A lancé le mol d'ordre de Buvez , de par les temps '^', 

Dans le savant ouvrage Edivard Fitz Geralds Ronbaijate of Omar Khaijyam, 
with their original Persiau sources, iSgc), M. fleron Allen, dont nous avons 
cité un passage plus haut, dit: 

Traduction : «Il n'est pas surprenant que M. Aldis Wright, en éditant 

''' Vol. 111, p. 6i8. vers 90, ot voi. IV, p. l'i. vers io5. Grande édition du Liirc 
des Rois de Firdoussi, trad. de J. Mohl. 

<*' On sait que les prières du malin sont les plus agréables à la divinité; aussi les 
dévols n<? se fonl-ils pas faute de se faire rc'veilter avec l'jiuroie pour prier Dieu. 

''^' D'après les conunenlaires de mon savant ami Maliincuid Cluikry parba , ce quatrain 
d'Omar el-Khayyaiii voudrait dire: "Travaillez pendant le jour et reposez-vous la nuit!*! 

Quel (pie soil le sens apparent ou caché ([u"a voulu lui douncr Omar el-Khavvara, 
ce qui nous intéresse, c'est l'action du roi (jui jette dans la coupe la boule, la pierre, le dé 
ou le cachet, poiu* combattre les ténèbres par la lumière. 

Me serait-il permis de faire observer ici la ressemblance de ce soleil persan avec 
l'Apollon des Grecs, tous les deux armés de l'arc pom* chasser les ténèbres? 



104 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

les notes à ia fin de l'édition de MM. Macmillan en 1890, dise que ce 
premier quatrain est entièrement de ia composition de Fitz Gerald, car 
ce quatrain ne se trouve, sous cette forme précise, que dans le ma- 
nuscrit de Calcuta et dans un autre manuscrit récemment découvert, 
copié en grande partie sur le précédent, et qui appartient au iVowab de 
Touk. 

rr Toute la question repose sur le mot ^^^ qui se trouve dans le second 
vers du quatrain ck^^S^Î -U.ri> a^^, dont la traduction est: Jeter une pierre 
dans une coupe ou un vase quelconque, geste qui serait le signal pour lever 
le camp parmi les tribus arabes nomades. 

«Tous les autres textes que j'ai vus donnent la version «^y 'rvin-o à la 
place de i^j^, ce qui a induit, sans doute, les traducteurs Whinfield et 
Payne à rendre ce passage par : verser du vin dans la coupe.» 

M. Héron Allen a bien raison de dire que toute la question repose sur le 
mot *;-^. 

En effet, nous avons vu que Firdoussi emploie »^4* ou ^j^ indifférem- 
ment. Nous venons de voir que Omar el-Khayyam emploie »>^ dans le 
même sens. 

Tous les deux écrivant au xi' siècle, ont dû employer ces mots dans le 
sens de «une partie, portion, quote-part, part, lot, profit, gain, avantage, 
prospérité, fortune, faveur ^^ etc., et l'action de jeter la boule, la pierre, le 
dé ou le cachet dans la coupe , dans le sens magique d'indiquer un mouve- 
ment de troupes. 

La version si'j -'viu'i me parait l'erreur d'un copiste qui, n'ayant pas 
compris le sens magique de »^^ dans cette circonstance, s'est rabattu sur 
le s:>L, qui s'accorde bien avec la coupe où il est versé pour être bu, mais 
qui ne me paraît pas s'accorder avec le sens général du quatrain. D'ailleurs 
cet usage, comme nous le verrons dans la suite, étant un usage arabe, le 
copiste persan est excusable dans son erreur. 

Etant parvenu à ce point de mes recbercbes et pour dissiper mes 
doutes, j'ai eu recours à mon ami (Iheikb Hamza Feth-Allah, le savant 
linguiste arabisant, cpii a fait une étude spéciale des us et coutumes des 
Arabes. 

A ma question: «L'action de jeter la pierre dans une coupe était-elle, 



SIGNIFICATION DU MEUBLE rr CACHET^ D\NS LES ARMOIRIES ORIENTALES. 105 

chez les Arabes, un signal pour monter à cheval, lever le camp, ou partir 
en guerre??^, il me lit l'Iiouneur (le répondre le 9.H novembre 190/1: 

irll est dans les coutumes arabes ([ue, quand on est en vovage et (nie la 
provision d'eau commence à tirer à sa fin, le chef de la troupe met dans 
un vase un caillou autjuel on donne le nom de Al-Marjlala , iyjiX]. 

T Dans le cas où cet objet est en métal (or, argent, plomb, etc.), il prend 

\e nom de Al- Balad, OsXjI, ouencore Al-Bulcl, ôJJi}\ . 

frOn remplit le vase d'eau, avec cet objet dedans, et on le passe ainsi à 
tout le monde dans le camp. 

"On peut admettre qu'il s'agit là d'un signal pour recommander à tous 
de hâter la marche alin d'atteindre au plus Itjt la prochaine aiguadc, vu que 
la provision d'eau menace de manquer. 

T Voici un vers de Farazdoc où celte idée se retrouve: 

A_*i?i>— 4» ^^wx-otJI ^_^*â_c ^i /jj o^>^.g.->i i^!:>siJ! LàjLoJ l^ 

En voici la traduction: 

Lorsque nous nous sommes partage' l'eau du vaso, parmi los (buies de sable, le gros 
bédouin de la trihu Anhari est accouru, apportant une pierre de la grosseur de sa tète, 
comme s'il voulait avaler l'eau des vovag.'iws. 

Dans ce (pii pr('C(''de, on voit d(''jà (ju'un point est établi: c'est qu'en cas 
de man(pie d'eau, le signal de lever le camp à la hâte se donne en jetant 
un caillou ou un objet en métal, pièce de monnaie en or. argent, plomi) 
ou cuivre, etc., peut-être une bague ou un cachet: en un mot un objet 
(pii. suivant qu'il est en pierre ou en ni('tal. est désigm'' par les mots 

Ayjiil nu »nA1J1 ou »xXJI. 

(Juant à l'origine de cet usage (pii est une action svmbolicpie. je n'ai pas 
pu en connaître les raisons. Il faudrait les rechercher peut-i'tre dans les 
religions (jui nul précédé le mnnolhi'isuic dans les di-scrts d'Arabie. 

Encouragé par les explications du Cheikh llauiza Keth-Allali (pii corro- 
boraient les commentaires de Kilz derald sur le mot »;^, je me permis de 
demander au Cheikh si le caillou ou l'objet en métal jeté dans un vase d'eau 
n'indiquait que le manque d'eau en cours de route, ou s'il v avait dans les 



106 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

traditions une indication quelconque pour lui donner la signification de 
faire campagne ou partir en guerre, et si dans ce cas le caillou ou les 
objets en métal n'étaient pas remplacés par le cachet. 

Le G décembre 190/1 j'ai reçu cette réponse du savant Cheikh: 

r-En réponse à la question de savoir si le cachetage d'une coupe était 
suivi de la mise en marche des troupes pour commencer une campagne, je 
puis dire que le commandeur des croyants, El Mou'tacem (833-8/i2), 
ayant formé le projet de conquérir Angora (Ancyre) et Amourieh (Brousse), 
fit sceller sa coupe et se mit en marche à la télé de son armée, jurant, 
après avoir apposé son cachet sur les scellés, que ceux-ci ne seraient brisés 
qu'après la prise de ces villes, et il remporta la victoire. 

K C'était là une coutume arabe qui était déjà en usage avant l'établissement 
de l'Islam et qui s'est continuée dans la suite. 

'•Lorsque les Arabes se décidaient à faire campagne, ils renonçaient au 
commerce des femmes, à l'usage des boissons et des parfums, comme on 
le voit dans les biographies de Imr el Keis . de Abdul-Mélik Ibn Merasvan , etc. 

K Les poésies arabes rapportent de nombreux exemples de cette pratique 
et l'histoire enregistre beaucoup de faits analogues, t» 

Voici la traduction de la note que m'a remise Cheikh Hamza à l'appui 
de sa seconde lettre. 

Ce sont (juelques vers des poésies arabes et les indications des ouvrages 
où l'on peut trouver cet usage indiqué. Je les donne telles quelles ici pour 
les personnes que ces usages pourraient intéresser. 

La conquête d'El Amourieh par El Mou'lacem est citée dans plusieurs 
ouvrages, parmi lesquels il signale les suivants: 

Tome. Pajje. Nom île l'ouvrage. 

^>J;;il aUi g;b 11 36 Taiikh d"El Malek el Moayad. 

^U j,l (ji^i I 6 Diwan Abi Tammam '''. 

''^ Pour féliciter El Mou'tacem à Toccasion do celle conquête, Abou Tamniam a com- 
posé un poème dans lequel il a dit : 

clonl voici la Iraduclion : 

rrAu jour de la bataille d'Amourieh lous les vœux les plus favorables ont été pleine- 
ment réalisés t. 



SFGMFIGATION DU MEUBLE -CACHET- DANS LES ARMOIRIES ORIENTALES. I(i7 

Tome. PaîfP. Noiii ilc l'ouvr.igp. 

^^i^jt>i<*il II 27G Kl MassoiirJi. 

<>uçj^) (O-^Ji A>y«^ J^ (_^iXJUaJl ^ v^ I Q(|o Cluiili el Safadi. 

^*>JI ^^^ cdLvoLw*/) I ItH Mossaiiiaral Moyi <'l l)iii. 

^jiU^i ci>U^_jj;j I i<"»6 Foloiihal Daliiai). 

vxii)! /oi \ 1 .33() Ebn cl Ass'r. 

*Axx* (o!!J (._;>L)ti! I lo'i El Maait'f, par Ebn kotaiha. 

i^y^^ "^y*^ yltXLJ! z*^^ ^l 780 Moa{jani fl l)iil(laii. par^a- 

cout ftl Ilamaoïii. 

cil^JUm I .'] 1 7 El Mochiarak , par Yacoul el 

Hamaoui. 

La défense des boissons alcooliques et du commerce des femmes, etc., 
est citée dans plusieurs ouvrages parmi lesquels il signale les suivants: 

Tome. Page. N'om de l'ouvrajje. 

j^:>lkNjt45 t_>ii)i ililyà. I lOt Khazanel el Adab, par El 

Boglidadi. 
jUtili \j|i r,8 El Afrhani. 

<îo rcS^^ (^iiJ vXiviJ! OoixJl 111 y-'4 El Ekd ol Farid. par Ebii 

Abd Rabboh. 

Les poésies arabes défendant au\ guerriers l'usage des boissons alcooli- 
ques, etc., jus([u'à ce qu'ils aient triomphé, sont nombreuses. On peut citer 
celle ([u'a écrite Imii el Keis nprès avoir vaincu les assassins de son père, 
où il (lit : 

dont VOICI la Iradurlion: 

Maintonaiil laicDol niV-si peiniis: avant j'étais nn liinnino pn'occupé de questions plus 
imporlanles ''^. 

(•> Tome m, p. 53 Q. 



108 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

El Chanfari a dit : 

'' ^ y -y ''y 

dont voici la traduction: 

Nous avons pu nous venger d'eux, et un petit nombre des survivants s'est sauvé: 
alors les boissons alcooliques nous ont été permises aussitôt, tandis quelles nous 
avaient été défendues ^'^. 

Un des parents de Hossain Ebn Asram ayant été tué, celui-ci s'interdit 
les boissons alcooliques et les viandes fraîches jusqu'à ce qu'il eût tiré ven- 
geance de l'assassin. Après qu'il l'eût tué, il lui fut permis de boire et de 
manger. 

El Farazdak a dit à ce sujet: 

>^ i y ■' î ^ ^'i^ y y y 

y -^ ï^' y \'^ y y 

dont voici la traduction: 

Quand Ebn Asram , Hossain , eut porté le coup mortel et qu'il lui fut permis de 
manger la viande fraîche de la bosse du chameau et de boire de l'alcool . . . '^^ 

El Akhtal a dit: 

i y ^ ■^ j -«-^ i y ^ y 

y y ^ '' ' 

dont voici la traduction: 

Ce sont des bommes qui, lorsqu'ils combattent lient leurs ceintures pour s'éloigner 
de leurs femmes , même quand celles-ci sont saines '''. 

U me semble qu'après ces explications il ne peut plus y avoir aucun 
doute sur la signification de ce meuble surmontant une coupe. 

La houle de M. .Mohl, la pierre de Fitz Geraid, le losange de E. T. Rogers 
bev et mon dé ne devraient donc plus être appelés que le cachet, comme je 
l'ai dit plus haut. 

L'usage de mettre un caillou ou une pièce de métal dans une coupe rem- 
plie d'eau, pour indiquer à la caravane ou aux guerriers en marche qu'on 

(') Tome U, p. iG3. — «' Pages 209 el 33a, t. 1. — '' Page i55. 



SIGNIFICATION DU MEUBLE - CACHET -, DANS LES APiMOlRIES ORIENT \LES. lO'J 

est à court d'eau et pour les engager à aller de l'avant à marclie forcée pour 
arriver au plus tôt à la procluiine aiguade, doit être un usage arabe ([ui 
s'est confiné aux déserts d'Arabie. 

Cet usage, sans doute, était connu par ceu\ cpii ont informé Fitz Gerald 
qui n'a pas hésité à traduire »>^ pur pierre. Tandis que la traduction pur 
boule du même mot, et de son équivalent s^, pur J. Mohl dans le Shah 
Nameh prouve surabondamment (|ue J. Mohl ne coiuiaissait pas cet usage. 

En admettant (jue l'usage de sceller lu coupe avec son cachet, pour in- 
diquer qu'on fait vo'U de s'abstenir de tous les plaisirs avant que le vœu ne 
soit accompli, était un usage arabe, il paraîtrait qu'il u pusse dans les 
usages des peuples voisins tels que les Perses, puisque nous voyons Firdoussi 
faire agir le Roi des rois selon cet usage dans son Shah\amehet que Omar 
Khavyam fait de même. Cependant, je croirais plutôt que cet usage vient 
de la Perse et qu'il a été adopté par les Arabes bien avant l'islamisme, car 
il est à présumer (jue si cet usage avait une origine arabe, le chauvinisme 
de Firdoussi l'aurait empoché de l'indicjuer comme un usage persan, et il 
ne l'aurait pas fait employer, surtout par le Roi des rois des Perses. 

Pour nous résumer, nous dirons donc: 

Lorsque le cachet paraît seul sur une armoirie, on doit en déduire que 
le chevalier ([ui en est blasonné est un ;i:>>^ ~ porte-seing -^ ou - porte- 
cachet 77 qui était le nom d'une grande fonction de confiance, dans les cours 
orientales autrefois et même encore de nos jours. 

C'est là une armoirie parlante comme toutes les armoiries orientales, 
comme je l'ai dit dans mes Contribulwns à l'étude du Blason ni Orient, 
p. 1 oG , dernier alinéa. 

Mais lorsque le cachet surmonte une coupe, on doit en inférer ([ue celui 
qui en est blasonné est un chef qui a fait campagne, qu'il a le sort des com- 
bats entre ses mains, qu'il peut fuire mouvoir l'armée à sa guise, comme 
nous l'avons également dit dans le même ouvrage, même page. 

Cependant, il me semble qu'on pourrait aussi en inférer qu'il s'agit là 
d'un signe concrcl pour indiquer que la personne qui porte une telle armoi- 
rie, a été victorieuse, comme de nos jours mêmes, le titre de Gha:i (victo- 
rieux) est accolé au nom d'un général victorieux, dans l'empire Ottoman, 
usage qui remonte aux Byzantins et aux Romains. 



110 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

Plus tard, comme j'ai essayé de l'établir dans mon mémoire sur l'ar- 
moirie égyptienne au xv'' siècle (séance de l'Institut égyptien du 3 décembre 
1906) ces symboles du commandement et de la victoire deviennent les 
attributs exclusifs des chefs de l'oligarchie des Mamelouks d'Egypte et de 
Syrie et partant les armes de leur empire victorieux. 

Ce sont là des idées qui ne peuvent être saisies et comprises que quand 
on se rappelle la grande influence que la magie et l'astrologie avaient sur 
toutes les idées, les institutions politiques et sociales, et sur les actions 
humaines petites et grandes, à ces époques du moyen âge et jusque vers la 
fin du xviii* siècle en Orient et même en Occident, comme nous avons 
essayé de l'indiquer au commencement de nos Contributions à îétude du 
Blason en Orient. 

On pourrait nous objecter que cette forme carrée placée toujours sur une 
pointe (ce qui a fait nommer ce meuble par E. T. Rogers bey Losange '') 
n'est pas la forme des cachets usuels. Je ferai observer qu'au moment où 
l'usage des armoiries s'est introduit en Egypte, c'est-à-dire au xf siècle 
environ, vers la fin des Fatimites et le commencement des Ayyoubites, la 
forme carrée des monnaies d'or, d'argent et du cuivre était assez commune, 
que les chatons des bagues portant des noms ou des inscriptions magiques 
étaient aussi souvent de forme carrée. Je ne sais pas si le chaton des bagues 
des chevaliers romains comportaient la forme carrée , mais j'ai souvent vu 
en Europe des chatons de la bague chevalière en forme carrée tout aussi 
bien que ronde, ovale ou en forme d'écu. 

Jusqu'à preuve contraire, donc, je pense, pour toutes les raisons que j'ai 
données plus haut, que ce meuble représente le cacbet. 

Y. Artin pacha. 



*'' On sait que i'écii en losange est attribué aux demoiselles dans le blason. Ne 
serait-ce pas là un symbole indiquant leur état de virginilé, par la représentation de 
leurs armoiries sur un écu en forme de cachet oriental de l'époque des croisades et (pii 
plus tard s'est transformé eu losange véritable? 



COMPTES DE I/INSTIÏLT EGYPTIEN 

POLK 1;Ai>NÉE 19()G. 



Recettes. 

Solde au 3i décembre igoS L.E. 63 586'" 

Subvention du Gouvernement éjjyptien " 898 000'" 

Vente de bulletins et de mémoires 1 9 s'iS ' 

Vente de médailles " o igo"' 

Total des recettes L.E. 466 Soi"" 

Dépenses. 

Chap. I. — Personnel el frais divers : 

1° Aide-bibliothécaire L.E. 180 000°' 

a" Farrache '■ 'ik 000" 

3° Frais divers (poste et transports, 
abonnement à l'eau , fournitures 
de bureau, etc.) - q5 899'" 

h" Travaux divers d'aménagement et 

d'entretien ■« a qoo" 



Total L.E. 281 599"' \..Y.. •381 599' 

Chap. II. — Frais de publication : 

1° Impression du bulletin L.E. Q2 096"' 



2° Reproduction de planches. . . 



!.. --.', 



Total L.E. 63 eS;"' « 63 637' 



CiLAP. III. — Bibliothèque : 

i" Achat de livres L.E. 1 720° 

0" Frais de reliure " 63 3 10" 

3*' Matériel el travaux divers.. . - 0. S5o° 



ToTAi L.E. 67 880"" - 67 880- 



ToTAL des dépenses L.E. 363 1 16" 



112 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

RÉCAPITULATION. 

Recetles L.E. 666 Ss^" 

Dépenses " 363 1 1 6" 



Excédent de recetles L.E. io3 208" 

Cette somme se trouve répartie comme suit : 

Dépôt au Crédit Lyonnais L.E. 86 877° 

Solde chez le dépositaire en licjuidation à Pai'is 1 9 83o° 

Avance au biljlioliiécaire -^ i3 5oi" 



ToTAF L.E. io3 9.08" 



Nombre d'ouvrag'es inscrits au catalogue de la bibliothèque : 19906. 

Le Caire, le 93 décembre 1906. 

Le Trésorier, 
BAROIS. 



ANNEXES. 



BuUvlin de l'Institut v^ryplien. 



BUREAU DE L'INSTITUT EGYPTIEN 

EN 1906. 



ÉLECTIONS DU 26 DECEMBRE 1905. 



Président honoraire : 
M. G. MASPERO. 

Président : 
S. E. HUSSEIN FAKHRY PACHA. 



Vice-présidents. 



S. E. LE DOCTEUR AbBATE PACHA 

S. E. Yacodb Artin pacha 

M. J. Barois, Trésorier-bibliothécaire. 

M. J. C. Aristide Gavillot, Secrétaire général. 

M. LE DOCTEUR W. Innes bey, Secrétaire annuel. 



COMITE DES PUBLICATIONS 

(outre les MEMBIIES DL BLIIEAL gll EN FONT PARTIE DE DROIt). 

MM. le docteur Bay. 
R. Fourtau. 
J.-B. Piot bey. 



116 BULLETIN DE L'INSTITUT ÉGYPTIEN. 

LISTE DES MEMBRES DE L'INSTITUT ÉGYPTIEN 

AU 31 DÉCEMBRE 1906. 



ABBATE PACHA (D'), i8 novembre iSSg. 

RIAZ PACHA, 1 4 juin iSyi. 

DACOROGiNA BEY (D'), 19 novembre 1877, démissionnaire 1892, réintégré le 

28 décembre 1896. 
BOXOLABEY, û janvier 1878. 
HUSSEIN FAKHRY PACHA, 12 mai-s 1880. 
OSMAN BEY GHALEB, 12 mars 1880. 
YACOUB ARTIN PACHA, 11 février 1881. (De Noydans.) 
BRUGSCH PACHA, 17 février 1882. (Letourneux.) 
BAROIS, 8 janvier 1886. (Linant pacha.) 
GAY-LUSSAC, 6 février i885. (Balestra.) 
PIOT BEY (J.-B.), 6 février i885. (Rogers bey.) 
BOINET BEY, 18 décembre i885. (Bernard.) 
FRANZ PACHA, 18 décembre i885. (Collcci bey, Sonsino.) 
GAVILLOT, 2 mars 1888. (Pereyra.) 
IBRAHIM BEY MUSTAPHA, 2 mars 1888. (Pirona.) 
ISSA PACHA HAMDI (D^), 9 novembre 1888. (Rev. Davis.) 
WALTER INNES BEY (D^), 3 mai 1889. (Damnos pacha.) 
FOUQUET (D'), 27 décembre 1889. (Vidal pacha.) 
SABER PACHA SABRI, 7 mars 1890. (Lefebure, Kadri pacha.) 
DEFLERS (A.), 5 décembre 1890. (Chausson, Baddry, Matuey.) 
HERZ BEY, 6 novembre 1891. ( Guigox bey, de Kremer.; 
UGO LUSENA BEY, 2 décembre 1892. (Amici bey.) 
GARSTIN (W. E.), 00 décembre 1892. (Ara bey. Scott Moncrieff.) 
DARESSY (G.), i3 avril 189/1. (Hélolis.) 

LEGRAIN (G.), 5 novembre 1897. (Warenhorst pacha. Salem pacha.) 
GAILLARDOT BEI (Cb.), 3i décembi-e 1897. (Abbate bey, Nkroutzos bey.) 
SANDWITH (D^), 3i décembre 1897. (Tito Figari.) 
FOURTAU (R.), 4 mars 1898. (Grand paciu.) 
BOGHOS PACHA NUBAR, 5 mai 1899. (Nibar pacha.) 

VIDAL (Com' L.), 12 janvier 1900. (Chafik bey Mansoir. Gilly. Chaillé Long bey.) 
ALI BEY BAHGAT, 12 janvier 1900. (Aly pacha Ibrahim.) 
CIIASSINAT, 19 janvier 1900. (Larmée pacha, Prompt.) 
BAY (D'), 12 janvier 1900. (Stone pacha, Molgel bey, Peltier bey.) 
WINGATE PACHA. 12 janvier 1900. (J. de Morgan, Générai Grenfell.) 



ANNEXES. 117 



PRU.MÈRES (Prés.). lO fëvri.T 1900. (A.-M. Pif.tri.) 

SOUÏEU (A.). 11 janvier 1901. (Dor bey, Kossi bey. W. Grofk.) 

LVONS (Gaj).). 1" février 1901. (Salem paciia, Dutilh.) 

HUSSEIN RUCIIDV BEY, 3 mai 1901. (Gaillardot bey, Rorelu bey.) 

ARVAMTAKIS (Prof. G.). 7 avril 190a. (Ismaïl pacha H!l-Falaki.) 

VAAST (J.), G avril 1908. (Mariette pacha, Maspero, .Nicolr bey.) 

GIORGIADIS (N.). 6 avril 1908. (Vassali bey. de Rochemonteix, Testoxd.) 

KEATINGE (D'), 6 avril 1908. (R. P. Jillikn, Gallois bey.) 

M«' KYRILLOS MAGAIUK. G avril 1908. (De Vecchi bey, Rolriant, G. Louis.) 

AHMED REY KAMAL, 6 avril 1908. (Mistapma bey Magdali.) 

MOSSERI (V.), 1" février 190^. (Aly pacha Molbarek, Floyer.) 

VOI\ MOHL (0.), G février 190.5. (Tigrane pacha.) 

PARODI (D. H.), g février 1905. (Mahmoud paciia el-Falaki. \ entre pacha.) 

ELLIOT S^^TH (D'). g février 1906. (Rimrestein. D' Cogmard, major Rrown.) 

LOOSS (Prof. .4.), 3 décembiv 1906. (Léo.n Cavallo bey, Hassan pacha Mahmoud.) 

HUME (W. F.), 3 décembre 1906. (Kabis bey.) 

Les noms des prédécesseurs des derniers membres élus sont indiqués entre parenthèses. 



MEMBRES HONORAIRES. 



MM. AUNAY (Comte d*), 5 novembre 1886. 

BEAUGAIRE ( Vicomto Hoirie de), 5 novembre 1886. 
KARABAGEk, 3 décembre 1886. 
MASPERO (G.), 3 décembre 1886. 
MOUKHTAR PACHA GHAZI, 3 décembre 1886. 
BRULL, 18 janvier 1888. 
JULLIEN(R.P.),3 février 1888. 
SCHWEINFLRÏH (D'), 3 mai 1889. 
CARTAILLAC (E.), 8 mars 1898. 
AURUSSON (Louis d'), 5 janvier 1894. 
HÉLOUIS, 1 3 avril 189^. 
GREBAUT, 10 janvier 1896. 
HAMH>TON LAlNG, 5 novembre 1897. 
CHANTRE (E.), 6 février 1898. 
GRAND PACHA, /.mars 1898. 
STANISLAS MEUNIER, '• novembre 1898. 
GRENFELL (Général». 11 janvier 1900. 
CHAILLÉ-LONG BEY (Coionen. 19 janvier 1900. 
FiORET (\iclor). iti janvier 1900. 



118 BULLETIN DE LINSTITI T EGYPTIEN. 

MM. PELTIEP. BEV. 19 janvier 1900. 
DEPERET (Ch.), 6 mai 1900. 
MORGAN (J. de), 9 novembre 1900. 
COGMIARD (D'), 1" février 1901. 
COSSMAN-N (Maurice), 1" mars 1901. 
THOMAS (Ph.), 19 avril 1901. 
APOSTOLIDÈS {Jy R.), 19 avril 1901. 
GAUTHIER i\ictor), 19 avril 1901. 
LEMM (D' 0. voni. 19 avril 1901. 
PRIEM (Fernand), 19 avril 1901. 
PALLARY (P.). 8 novembre 1901. 
CAPART (Jean), 8 novembi-e 1901. 
HARTWTG DERENROURG, 7 février 1903. 
LORTET (Prof. D'j, 7 février 1909. 
BRL.MIES (Prof. Jean), 3 mars 1909. 
ARACHE\ ALETA (Prof.), 3 mars 1909. 
MGOURBEV. 3 mars 1909. 
THÉDENAT (Abbé H.), 7 avril 1909. 
LUIGI BEY (T.-U.), 1" février 190/1. 
PERON (Alphonse), 96 décembre 190^. 
CHOISY (Auguste). 96 décembre 190/1. 
VENTRE PACHA. 6 mars igoS. 
MAJOR BROWN, 6 mars 190.5. 
ACHERSOX, 6 mars 1905. 
CLERMOiNT-GANNEAU, 6 mars 1906. 
ERNEST SGHIAPARELLI, 6 mars 1905. 
1\IA\ VON BERGHEM. mars 1905. 
FERAUD-GIRAUD, 6 mars 1906. 
BARON DE ROSEN. (i mars 1906. 
H. PELLET. 6 mars 190.5. 
GOLDZIHER, 6 mars 1906. 
ZOGHEB (Alex. Max. de), 6 mars 190.5. 
GAFFAREL, 6 mars 1905. 
A.MÉLINEAU. 6 mars 1905. 
PERRIER (Ed.), 8 mai 1905. 



MEMBRES CORRESPONDANTS 

ÉLUS EN 1906. 
( NÉANT, j 



LISTE 



DES SOCIETES ET ADMINISTRATIONS 

DONT L'INSTITUT EGYPTIEN REÇOIT LES PUBLICATIONS 

EN ÉCHANGE DES SIENNES. 



ALGKRIE . . . . 
ALLEMAGNE. 



ANGLETERRE . 



AUSTRALIE. 



AUTRICHE- 
HONGRIE. 



BAVIERE. 



BELGIQUE. 



BRESIL 



Société archéologique Constantine. 

Deutschcii meteorolojjisciics Rremen. 

Senkenbergischen naturforschenden gesselschaft. . FrankfDrt 
Academia Cesarea Leopoldino Carolina nature am Main. 

curiosoruni Hai.le. 

Pliilosophical Society Cambridge. 

Royal Irisii Acadcniy Dublin. 

Brilisii ^Iiiseuin Londo.v. 

Impérial Institute Ibid. 

Royal Colonial Inslilule Jbid. 

Society of Biblical Archœology Ibid. 

Auslralasiaii Association for the advancement of 

science Sidney. 

Geological survey Ibid. 

Meteorologische Observatorium Ar.RAM. 

Osssrvatorio marillimo Trieste. 

Bureau cential météorologique Riuapesth. 

Société hongroise d.'s Carpalhes Iglh. 

I. R. Académie des sciences Vienne. 

Ceniral an>lall n'ir météorologie and geodinamik.. Ibid. 

Nalurhistoiischi'u hof-museum Ibid. 

Zool. bot. gesellschaft Ibid. 

Naturwisscnschaflichen vereins Handshlt. 

Akademie der wriscnschaflen Munich. 

Naturhistorischen gesellschafl Nuremberg. 

Académie royale des sciences, k'Ilres l'I arts Bruxelles. 

Musée des aris décoratifs et industriels Ibid. 

Etat indépendant et Musée du Congo Ibid. 

Société d'archéologie Ibid. 

Société des Bollandisti's liml. 

Musée national Rio-de-Janeiro. 



120 BULLETIN DE L'INSTITUT E(iYPTIEN. 



CANADA Doparlment of interior Ottava. 

Geological survey Ibid. 

Ganadian Instilute Toronto. 

Meteorological Service of Dominion Ibtd. 

CHILI Société scientifique du Chili Santugo. 

COSTA-RICA. . Société d'instruction publique San-Jose. 

DANEMARK . . . Académie royale des sciences et des lettres Copenhague. 

EGYPTE Bibliothèque municipale Alexandrie. 

Caméra italiana di Comercio Ibid. 

Société archéologique Ibid. 

Musée gréco-romain Ibid. 

Société des amis des arts Ibid. 

Bibliothèque khédiviale Le Caire. 

Bibliothèque du Ministère de la Justice Ibid. 

Bibliothèque du Ministère des Finances Ibid. 

Comité de conservation des monuments de l'art 

arabe Ibid. 

Ecole khédiviale d'agriculture Ibid. 

École khédiviale de di'oit Ibid. 

Ecole khédiviale de médecine Ibid. 

Institut français d'archéologie orientale Ibid. 

Meteorological survey Ibid. 

Musée des antiquités Ibid. 

Services sanitaires Ibtd. 

Société khédiviale de géographie Ibid. 

Société khédiviale d'agricidture Ibid. 

Société khédiviale de médecine Ibid. 

Survey department Ibid. 

Geological service Ibid. 

Meteorological service Ibid. 

ESPAGNE Academia reale de la historia Madrid. 

Academia reale de ciencias Ibid. 

La Revista di archivos , bibliothecas y museos. . . . Ibid. 

Académie des sciences et des arts Barcelone. 

Association artistico-archeologique Ibid. 

Inslitucio catalano d'historia nalural Ibid. 

Société archéologique Luliiana Palma. 

ÉTATS-UNIS Muséum of comparative zoology Cambridge. 

D'AMÉRIQUE. Elisha Mitchell scientific society Chapel-Hill. 

Lloyd library Cincinnati. 

Muséum association Ibid. 



ANNEXES. 121 



ÉTATS-UNIS Acad(;my of nalmal scinncos Davenport. 

D'AMKIUQUE. Denison univorsity. Scientide lahoratories C!ranvim-e. 

University of Kansas Lawrence. 

Agricullural oxperimont station Lincoln. 

Lnivfîrsity of Montana Missolla. 

American geographical socifty New- York. 

Anieriran muséum of natural history Ibid. 

Public lihrary Ibid. 

Academy of natural sciences Philadelphie. 

Frer^ muséum of sciences and art Ibid. 

Numismatic and antiquarian socicty Ibid. 

American pliilosophical soriety Ibid. 

University of Pcnnsylvania Ibid. 

University of California Berdrelev. 

Missouri botanical garden Saint-Loms. 

Illinois State laboralory Urbana. 

Department of agriculture \\ ashington. 

Biological survey Ibid. 

Bui'cau of Elhnology Ibid. 

(îeological survey Ibid. 

Library of Congress Ibid. 

National muséum Ibid. 

Smithsonian institution Ibid. 

Wisconsin Acad(.'my of sciences, art and lettres. . Vowa. 

FRANGE Faculté' de droit et des letti-es Aix. 

Société des sciences historiques et natm-elles de 

l'Yonne Aixerre. 

Société des lettres, sciences et arts Bar-le-Dic. 

Académie Besançon. 

Société des sciences physiques et naturelles Bordeaix. 

Faculté des lettres Ibid. 

Académie Caen. 

Société savoisienne (riiisloin» cl d'archéologie. . . . Chambérv. 

Société des sciences naturelles et mathématiques. . Ciierboi rg. 

Société bourguignonne de géographie et d'histoire. Dijon. 

Société d'émulation des Vosges Epinal. 

Université Lille. 

Académie des sciences et belles-lettres Lyon. 

Muséum d'histoire naturelle Ibid. 

Société d'anthropologie Ibid. 

Université Ibid. 



122 BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 

FRANCE Académie , Mâcon. 

Commission de méte'orologie des Bouches-du- 

Rhône Marseille. 

Académie des sciences et lellres Montpellier. 

Académie Stanislas Nancy. 

Société académique Nantes. 

Bibliothèque nationale Paris. 

Ecole des hautes études Ibid. 

Ecole des langues orientales vivantes Ibid. 

Feuille des jeunes naturalistes Ibid. 

Institut de France Ibid. 

Ministère de l'Instruction publique Ibid. 

Musée Guimet Ibid. 

Pharmacie centrale de France Ibid. 

Société d'aullu'opologie Ibid. 

Société asiatique Ibid. 

Société pour l'encouragement de l'industrie natio- 
nale Ibid. 

Société de géographie Ibid. 

Société des ingénieurs civils Ibid. 

Université Rennes. 

Société des amis des sciences et des arts Rochechodart. 

Société normande de géographie Roi en. 

Académie de législation Toilolse. 

Académie des sciences, inscriptions el belles- 

letlres Ibid. 

Société archéologique du Midi de la France Ibid. 

Université Ibid. 

GREGE Ecole française d'Athènes Athènes. 

Journal d'archéologie numismatique-svoronos. . . . Ibid. 

HAVANE Secrelaria de Agricoltora Clba. 

HOLLANDE. . . Botanischen ceniralblall Levde. 

ITALIE Academia di scienze , ietlere o\ arli Modene. 

Société royale Naples. 

Société africaine d'Italie Ibid. 

Collège des ingénieurs et des architectes Palerme. 

Musée g('i)logique Ibid. 

Academia dei Lincei Rome. 

Academia medica Ibid. 

Archivio di farmacologia sperimentale Ibid. 

Bessarione Ibid. 



ANNEXES. 123 

ITALIE Corailalo geolo{jico Rome. 

Société de géojjrapliie Ihid. 

Arademia dei fisiocritici Sienne. 

JAPON Iiilcrnational latitude observatory Mizisawa. 

Oljservaloire inipt-rial Tokio. 

LA PLATA.. . . Facidtad de agroimmia y veter'naria Blenos-Avres. 

ïnslitiito geogralico argenlino Ihid. 

Musée national Ibid. 

Stalislique (Direction de la) Ibid. 

MADAriASdAR. Académie malgache Tananarive. 

PHILIPPINES 

(ILES). DeparlmtMil of intciior. Ellinologicjd survoy. . . . Mamlle. 

MAROC Mission française Tanger. 

MEXIQUE Observatoir*^ Léon. 

Inslitut géologique Mexico. 

Ministerio de Fomento Ibid. 

Observatoire rentrai Ibid. 

Sociélé scienlili(fue Antonio Alzale Ibid. 

Museo Michoacano Morelia. 

Observatoire Pi ebla. 

Statistique (Dirrclion de la) Ibid. 

PEROl" Sociélé de géographie Lima. 

PORTUGAL. . . Société de géographie Lisbonne. 

Portugalia Porto. 

RUSSIE Sociélé de médecine scieulifiqueet d'hygiène. . . . Kiiarkow. 

Société des naturalisles Ibid. 

Sociélé des naturalisles Kiew. 

Société des naluralisles de la Nouvelle Russie . . . . Ohessa. 

Acad('mie impériale des sciences St.-Pétersboirc. 

Sociélé impériale d'archéologie Ibid. 

Sociéli' iiiqx'i'iale de géographie Ibid. 

Univorsilé impériale Ibid. 

Kaukasischen muséum Tifi.is. 

SUEDE Vcadémie des belles-lellres. Iiisloire l'I aiitiipiilés. Stockholm. 

Tranos Upsal. 

Société des lettres Ibid. 

lîniversilé Ibid. 

SUISSE Naturforschendon gesellsoliall Bu.e. 

Société de géographie IÎerne. 

Sociélé de géographie Genève. 

Sociélé vaudoiso des sciences nalurellos Laisanne. 



124 



BULLETIN DE L'INSTITUT EGYPTIEN. 



SUISSE Soci(^lé de géographie Neichâtel, 

TUNISIE Société archéologique Socsse. 

Institut de Carthage Tunis. 

TURQUIE Université catholique Bevrolth. 

URUGUAY .... Institution puhlique Momevideo. 

Museo nacional Ibid. 

Observatorio de! Prado Ibid. 

Société météorologique Ibid. 

PÉRIODIQUES REÇUS PAR L'INSTITUT EGYPTIEN. 



EGYPTE. 



FRANCE. 



Journal officiel Le Caire. 

Télégraphos Alexandrie. 

Bibliographie de la France Paris. 

Moniteur industriel Ibid. 



TABLE DES MATIERES. 



PROCES-VERBAUX. 

Pages. 

Séance du 1 5 janvier 1906 1 

— 12 février 1 906 7 

— 5 mars 1906 89 

— 9 avril 1 906 5 1 

— 7 mai 1 906 65 

— 5 novembre 190G 7^ 

— 3 décembre 1 906 85 

— ai décembre 1 90G 9^ 

MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS. 

D' Apostolidès. — Les Péiasfjes, les Hellènes et les Albanais, dans leurs rap- 

porls ethnologiques et linguistiques 11 

D' BaV. — Note sur les phénomènes électriques qui accompagnent le khamsîn . A 3 
Aly bey Bahgat. — Note sur deux bronzes du Musée arabe : Une lampe à 

deux becs et le plumier du grand philosophe Al-Ghazali (avec 1 pi.). 07 

N. GioRGUDis. — La Pharmacie en Egypte 67 

G. Legrain. — Introduction à l'étude de la sculpture égypli-'nne : Les débuts 

de l'art ihébain 7^ 

Yacoub Artin pacha. — Les Armes de l'Egypte aux xv' et xvi" siècles (avec 4 pi.). 87 

Prof. D' LoRTET. — Syphilis et Spirochœtes 91 

G. Daressy. — Quel est l'âge du Sphinx? 9^ 

Yacoib Artin pacha. — Nouvelles preuves concernant la signification du 

meuble cachet dans les armoiries orientales 100 

J. Barois. — Comptes de l'Institut égyptien \m\v l'année 1906 1 1 1 

ANNEXES. 

Bureau de l'Institut égyptien en 190G * 1^ 

Liste des membres de l'Institut au 3i décembre 1 906 1 »^» 

Liste des membres honoraires au 3i décembre 1906 117 

Liste des sociétés faisant l'échange avec l'Institut égyptien 119 



DT Institut égyptien, Cairo 
4-3 Bulletin 

1612 

ser,4- 
no 7 



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